« La filière viticole doit s’adapter sinon, on ne boira plus du vin que dans les musées »
Stéphanie Gallo Triouleyre
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Michel Chapoutier, viticulteur et négociant en vins, estime que sa filière doit s'adapter à la demande en allant jusqu'à la désalcoolisation partielle de certains produits, afin de s'adapter aux conséquences du réchauffement climatique.
VINS, LES GRANDES MUTATIONS (3/4). Président de l'Union des maisons et marques de vin et promoteur de la culture en biodynamie qu’il pratique depuis 1991, Michel Chapoutier est à la tête de 489 hectares de vignes, dont 264 dans la Vallée du Rhône. Confronté lui aussi au phénomène du réchauffement climatique qui conduit à une évolution de la qualité des raisins, il estime que sa filière devra modifier ses méthodes de vinification pour en arriver à une désalcoolisation partielle.
La Tribune - Vous êtes l'un des principaux porte-drapeaux des vins de la Vallée du Rhône, notamment de la prestigieuse appellation Ermitage, dont vous êtes le plus gros pourvoyeur avec 489 hectares de vignes, dont 264 dans la Vallée du Rhône. Vous êtes également présent sur des terroirs situés en Alsace, dans le Roussillon, en Provence, dans le Beaujolais et même en Australie et en Espagne. Dans quelle mesure constatez-vous sur vos vignes, aujourd'hui en 2024, l'impact du changement climatique ?
Michel Chapoutier - Déjà, nous avons un climat de plus en plus chaotique. Par exemple, nous avons de plus en plus de gel de printemps, plus de grêle, plus de grosses pluies. Cette année, nous avons par exemple subi une très grosse pression sur nos vignes avec la maladie du mildiou en raison de la météo. Or, nous sommes en bio, les traitements dont on dispose sont peu agressifs. De manière générale, ce climat chaotique, qui évolue par à-coups, devient un casse-tête agronomique.
Et puis, le réchauffement climatique conduit à une évolution de la qualité de nos raisins. Il nous amène à produire des vins de plus en plus alcooleux. Plus il fait chaud, plus le taux de sucre présent dans le raisin est élevé.
Le raisin qui était à 11 degrés potentiels au 15 septembre, il y a encore quelques années, il est maintenant à 11 degrés potentiel fin aout. Mais on ne peut pas pour autant forcément vendanger plus tôt car la maturité des tanins est, elle, plus lente. Là, où avant, on produisait un vin à 11 degrés, désormais, c'est plutôt 13,5 ou 14 degrés.
La Tribune - En quoi est-ce devenu un problème ?
Michel Chapoutier - Oui car cela mène à des vins de plus en plus denses, avec des degrés d'alcool plus élevés, qui risquent de perdre en gourmandise. Le style des vins que nous produisons évolue. Il faut donc se poser la question de notre adaptation, nous professionnels, à ce phénomène. Il va falloir modifier nos méthodes de vinification et peut-être arriver à de la dés alcoolisation partielle. Des discussions sont en cours sur le sujet.
Cela me semble inévitable, nous ne pouvons pas servir des vins à 14,5 degrés d'alcool... La demande n'est pas là aujourd'hui pour ce type de produits. Il ne vous a pas échappé que le monde viticole connait une crise. Or, s'il y a une surproduction, c'est parce qu'en face il y a une consommation insuffisante. Beaucoup de consommateurs préfèrent des alcools plus légers. C'est vrai dans un grand nombre d'endroits de la planète, pas uniquement en France.
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