« Il faut sauver le soldat événementiel ! », Patrice Bégay (Bpifrance)

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« Beaucoup d'acteurs ont décidé de réinventer leurs métiers et je ne peux que saluer cette attitude » Patrice Bégay, directeur de la communication et directeur exécutif de Bpifrance.
« Beaucoup d'acteurs ont décidé de réinventer leurs métiers et je ne peux que saluer cette attitude » Patrice Bégay, directeur de la communication et directeur exécutif de Bpifrance. (Crédits : Olivier Roller)
L’événementiel, c’est la vie, c’est « Revive » la France pour Patrice Bégay, directeur de la communication et directeur exécutif de Bpifrance. Beaucoup d’entreprises du secteur l’ont appelé depuis le début de la pandémie ; ils plaident tous pour un véritable Plan Marshall pour sauver un secteur durement touché par l’épidémie de Covid 19. Et pour le réinventer.

« Nous vivons une crise sanitaire sans précédent, qui a touché le secteur événementiel de plein fouet avec l'annulation en cascade de tous les événements et l'arrêt total de toute activité du jour au lendemain. L'événementiel s'est retrouvé subitement en arrêt cardiaque » explique Patrice Bégay, directeur exécutif de Bpifrance. Salles de spectacle, théâtres, agences, salons, festivals, prestataires techniques, traiteurs, freelance, intermittents : ce sont plus de 400 000 emplois directement menacés par la pandémie. Pour préserver cette activité, il ne faut rien de moins qu'une union sacrée de tous les intervenants : l'État et les Régions qui font un travail formidable pour tout le pays, collectivités territoriales, réseaux bancaires entre autres. « La filière a un rôle social et économique majeur. Elle permet aux pouvoirs publics, aux entreprises et à tous les Français de s'adresser à leurs audiences et d'engager une relation. Ces métiers, comme ceux du sport, génèrent de l'engagement, un vrai lien social et sociétal. Il faut leur donner un nouvel élan pour reconstruire le monde d'après, une grande et belle nouvelle histoire bienveillante » estime le directeur de la communication de Bpifrance. Le PGE (prêt garanti par l'État) avec les réseaux bancaires, Bpifrance, entre autre, se sont mobilisés et ont déployé un dispositif permettant à l'État de garantir 300 milliards d'euros de prêt ; à ce jour ceux sont déjà plus de 300 000 demandes pré- accordées. Ce « pont de cash » va permettre aux entreprises de faire face en soulageant leur trésorerie, le dispositif de chômage partiel sont là pour aider toutes les entreprises. Pour autant, celles du secteur de l'événement ne doivent pas attendre qu'on leur jette une bouée mais plutôt apprendre à nager, en développant une agilité indispensable pour pouvoir s'en sortir comme se sont pris en charge d'autres secteurs.

Un plan Marshall pour l'événementiel

« Il faut se retrousser les manches comme le font certaines agences qui travaillent quinze heures par jour sans se contenter des aides de l'État. Certains acteurs, malheureusement, ne font que chiffrer leurs pertes potentielles, qui n'ont d'ailleurs pas encore été constatées, sans aucune piste d'adaptation à la situation de crise que nous vivons » regrette Patrice Bégay, qui souhaite, comme la majorité des acteurs du secteur, la création d'un véritable Plan Marshall de l'événementiel. Plusieurs intervenants ont soumis à Bpifrance des suggestions concrètes pour aider les entreprises du secteur à résister à la tempête virale. D'abord, l'exonération des charges patronales jusqu'à la fin de l'année. Ensuite, une prolongation sur 18 mois du dispositif d'activité partielle. Enfin, une mise en place d'un dispositif législatif permettant le maintien des engagements des différentes parties en cas de report d'un événement. Patrice Bégay est également favorable à un crédit d'impôt pour les annonceurs pour soutenir la publicité et la communication dans les médias, sur le modèle de la suggestion de la députée des Yvelines Aurore Bergé. Il propose aussi de travailler avec les pouvoirs publics et les autorités médicales pour mettre en place de nouvelles normes de sécurité. « Beaucoup d'acteurs ont décidé de réinventer leurs métiers et je ne peux que saluer cette attitude » apprécie Patrice Bégay.

Des preuves par l'exemple

À l'instar de Christophe Cousin, fondateur de l'agence de Win-Win qui a créé le premier e-congrès sur la réanimation en multiplexe live ; l'ESICM, la Société Savante Européenne de Réanimation, a rassemblé le 28 mars dernier des médecins et professionnels de santé du monde entier qui se sont réunis en ligne pour 8 heures d'échanges et de partages d'expérience dédiés au Covid 19. Plus de 55 000 participants se sont connectés pour écouter les 24 speakers sur une plateforme live sécurisée. Une initiative collaborative et solidaire à saluer. Le producteur Philippe Delmas propose lui des one-man-shows sur la scène de l'Apollo Théâtre dans le XIème arrondissement de Paris à découvrir en live streaming. « L'artiste est sur scène et les spectateurs sont chez eux mais en interaction. C'est du Phygital ! C'est une première mondiale et c'est français ! » se réjouit Patrice Bégay. L'humoriste et entrepreneur Jérémy Ferrari a, de son côté, fait plusieurs propositions : l'instauration de mesures de précaution à prendre dans les salles de spectacle (obligation de se désinfecter les mains avec du gel hydro-alcoolique, de porter un masque dès l'entrée dans un lieu fermé et durant la représentation, accepter un prélèvement de température avec un thermomètre frontal) et une réouverture des lieux de spectacle en septembre pour éviter des licenciements massifs et des faillites. Elisha Karmitz, directeur des cinémas MK2, souhaite organiser des grands drive in dès le début du déconfinement pour diffuser à proximité des stades les matchs de football et de rugby joués à huis clos. Bpifrance n'est pas en reste avec 200 webinaires depuis le début de l'épidémie qui ont réuni 25.000 personnes. Des solutions créatives qui montrent que les acteurs de l'événementiel sont bien décidés à ne pas rester les bras croisés en attendant la fin de l'épidémie. « Comme pour le tourisme ou la restauration, ce qui est le plus terrible pour ce secteur, c'est l'incertitude sur les conditions et les dates de reprise après le déconfinement, mais les dernières annonces donnent des perspectives et l'espoir renaît. Nous préparons un pont de cash vers l'équilibre retrouvé, de l'accompagnement et du conseil, du cash en equity et en dette avec des dispositifs dédiés qui tiennent compte de cette temporalité. Rien ne sera plus comme avant, il faudra adapter nos entreprises et les préparer à une clientèle qui aura de nouvelles exigences en sécurité, proximité, nature et environnement » conclut Patrice Bégay.

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