Qui serons-nous dans le monde d’après ?

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La pandémie a fait irruption dans nos vies depuis plus d’un an et frappe désormais la quasi-totalité des sphères de notre société. Les crises se conjuguent maintenant au pluriel. Sanitaire d’abord, économique, culturelle, démocratique ensuite, et intime surtout. Des fissures sont nées, des fractures apparaissent, béantes, des fragilités émergent. Dans ce contexte, nombreuses furent les questions à poser aux deux invités du débat du 31 mars, Nicolas Bouzou, économiste et co-fondateur du Cercle de Bélem, et Charles Pépin, philosophe. Ce débat venait préparer la prochaine édition des Rencontres Capitales de l’Institut de France. Cet échange modéré par Denis Lafay, conseillé éditorial à La Tribune, et accompagné d’un panel de quatre étudiants en quête de nouveaux repères, s’avéra dense et lumineux. La discussion a permis de poser les bases pour un avenir que nous espérons meilleur.

Pour Charles Pépin, le Philosophe, comme pour Nicolas Bouzou, l'économiste, les raisons d'avoir confiance en l'avenir sont bien là et les premiers signes ont émergé. L'économiste, souligne que les vaccins avec un ARN messager sont un immense espoir pour la médecine et que la prise de conscience des conditions d'accueil dans les Epahds comme des dysfonctionnements de l'hôpital vont nous permettre de changer la donne. Pour le philosophe, il y a eu pendant ce confinement une accentuation de la prise de conscience de l'urgence climatique et une adaptation extraordinaire de nos sociétés au télétravail. Ce sont des signes qui peuvent nous rendre meilleurs. Charles Pépin croit aussi à un « désir de vie et de rattrapage » pour la population vaccinée. Peut-être allons-nous revivre la ferveur des années folles ? Le manque de liberté que nous éprouvons, pense de son côté Nicolas Bouzou, fait que nous donnons davantage de valeurs à cette notion. Nous devenons donc « assoiffés de liberté ». Bien que cette liberté soit possible, reste à savoir si nous mettrons toutes les chances de notre côté pour que ce « monde d'après » soit meilleur.

Il est opportun de préparer, dès maintenant, ce monde de demain et de se remettre en action. Alors que le temps passé dans nos foyers s'est démultiplié durant cette année, il est nécessaire de commencer à « sortir de nous-même », et d'aller ainsi à la découverte de l'altérité, de s'ouvrir à d'autres façons de penser. Cela peut prendre des formes très concrètes. À la question de Zoé de Saint-Croix, étudiante en sciences politiques, sur notre capacité, une fois la crise finie, à pouvoir se rencontrer et s'ouvrir de nouveau à l'autre, Charles Pépin a répondu qu'il était possible de s'y préparer en étant curieux de la singularité de chacun au travers de la littérature, de la musique... Il prévient, cependant, qu'il y a un risque d'accoutumance à ce rétrécissement de nos vies. La sécurité pourrait l'emporter sur les libertés et certains seraient tentés de rester dans leur confort, éloignés de toute altérité. Nicolas Bouzou rappelle ainsi l'importance du travail en présentiel comme lieu de socialisation et d'« arrachement à soi ».

Finalement, l'une des vertus de cette crise est de nous avoir interrogé sur ce qui était l'essentiel, individuellement comme collectivement. Charles Pépin rappelle ainsi les caractéristiques du fondement de notre humanité : « la capacité à douter, l'accueil de l'ambiguïté et l'amour de la complexité ». Il s'agit là d'un rappel salvateur. Alice Legrand, étudiante en 2è année  de Supmeca école d'ingénieur et en alternance chez Ariane espace, a témoigné en ce sens puisque la crise à fait naître chez elle l'ennuie qu'elle pensait être un sentiment négatif. Or ce vide a déclenché chez elle une grande créativité et un talent de musicienne.

« Un échange optimiste sur la curiosité et l'acceptation de l'incertitude et de l'inconnu »

Quant à Justine Saint George, étudiante en droit et management, à l'IESEG et à la catho de Lille, elle retient que ce débat a permis « un échange optimiste sur la curiosité, et l'acceptation de l'incertitude et de l'inconnu, la rencontre et l'ouverture au monde et à l'autre ». Pour Côme Chabaille, en 2 ème année de management à Warwick University, « il s'agit certes d'une période très dure mais très intéressante d'un point de vue intellectuel car de nombreuses opportunités se présentent ». A suivre donc...
*Débat à retrouver sur www.rencontrescapitales.com

Marguerite d'Auvigny

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