Une perle rare au Women's Forum
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Audrey Tcherkoff se souvient de deux évènements qui ont scellé son engagement pour la cause des femmes. D'abord, ce refus, de la part d'un homme, de discuter avec elle de la relance de la perle de culture au Moyen-Orient, alors qu'elle travaillait dans ce domaine. Trop jeune - elle avait 27 ans - et peu crédible, puisqu'elle était femme, selon lui... « J'ai pris conscience des inégalités », dit-elle. Ensuite, plus récemment, la réaction de sa fille, Mila, 6 ans, face à un reportage sur Thomas Pesquet : « Je ne pourrais jamais devenir comme lui, je suis une fille »... De quoi, malgré une éducation très égalitaire, se rendre compte que les stéréotypes et le manque de rôle modèles rognent décidément les ailes...
Et entre ces deux moments charnière, une rencontre, avec Jacques Attali. Il lui propose un siège au conseil d'administration de la Fondation Positive Planet, qu'il a créée. Elle y côtoie de grands patrons « prêts à agir, mais qui ne savaient pas comment », dit-elle. Elle utilise sa botte secrète : le terrain, et leur fait visiter des camps de réfugiés. Les fonds affluent, pour un impact décuplé. Devenue présidente exécutive, elle lance l'Institut de l'Économie Positive et pilote des travaux de recherche. « Evidemment, dans l'économie positive, les femmes doivent avoir un rôle prépondérant », enchaîne-t-elle.
Le récent rapprochement avec le Women's Forum for the Economy & Society incarne cette philosophie. C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'Audrey Tcherkoff est devenue Managing Director du Women's Forum, succédant ainsi à Chiara Corazza. « Au-delà de consolider le formidable travail déjà accompli, je veux davantage ouvrir le Forum sur des sujets sociétaux, dit-elle. D'autant qu'en quelques mois seulement, la pandémie a compromis les progrès faits par les femmes depuis 35 ans. » Il est donc essentiel que la relance donne lieu, selon l'expression du Women's Forum, à une « she-covery », une reprise qui fait la part belle aux femmes dans les secteurs porteurs, le top management, la direction des entreprises. Mais pas seulement... « Si l'on ne s'attaque pas à la racine, on ne résoudra rien », tranche Audrey Tcherkoff. Lutte contre les stéréotypes, accès à l'éducation, égalité de droits et de salaire sont donc au programme. Avec, à chaque fois, un constat chiffré. « Sans cela, on ne peut pas agir », martèle-t-elle. D'où, outre le baromètre du Women's Forum, le lancement d'un rapport annuel qui présentera une cartographie complète de la situation des femmes dans le monde - « outil le plus puissant pour ensuite interpeler les dirigeants », assure-t-elle.
En outre, elle s'est rapprochée de grandes écoles et d'ONG. Avec l'association Aide et Action, elle travaillera sur l'accès des filles à l'éducation, en particulier en Afrique subsaharienne. Avec CentraleSupélec, sur celui des étudiantes au monde de la science et la technologie. « Elles seront mentorées par des anciennes de l'école qui ont intégré ces filières, pour montrer que c'est possible d'y faire carrière - jusqu'au sommet », dit-elle. Enfin, avec Procter & Gamble et HEC, elle a lancé un pilote, qui donnera lieu à un appel à projets annuel pour des start-up européennes à impact environnemental dirigées par des femmes. « Nous allons les accompagner puis nous assurer qu'elles seront financées », détaille-t-elle, soulignant que les femmes ont accès à moins de 1% des financements publics et privés dans le monde...
« Sur les 12 mois qui viennent, je veux rencontrer des leaders politiques et des chefs d'entreprises, partout dans le monde, puis lancer, sur la base des données chiffrées, des actions concrètes », conclut-elle.
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