Le foot français en conclave

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Tirant les leçons du scandale de la Coupe du monde, les représentants du ballon rond se réunissent à Paris à l'occasion des états généraux du football. Leur défi : mettre de côté les intérêts particuliers pour changer un système obsolète.

Après deux matchs médiocres contre l'Uruguay et le Mexique, les joueurs de l'équipe de France de football ont stupéfié la planète en refusant en pleine Coupe du monde de football en Afrique du Sud d'aller à l'entraînement. Un cataclysme national révélateur des problèmes qui empoisonnent depuis longtemps le ballon rond : mauvaise réputation de joueurs surpayés et capricieux, guerre fratricide entre le monde amateur et professionnel au sein d'une Fédération française de football (FFF) paralysée, clubs de foot aux finances exsangues. Pour résoudre ce qui est devenu pendant quelques jours une affaire d'État, Nicolas Sarkozy s'est immiscé dans le débat en annonçant fin juin la tenue d'états généraux du football. « Des questions se posent depuis longtemps », dénonçait alors l'Élysée, prêt à en découdre.

Les politiques sont absents du débat

Réunis dans les locaux de l'Insep à Paris, entre 120 et 150 représentants du ballon rond - du président de la Ligue de football professionnel, Frédéric Thiriez, aux patrons des clubs comme Jean-Michel Aulas, en passant par les joueurs, les arbitres, les entraîneurs - planchent donc ces jeudi et vendredi sur des remèdes. L'occasion d'un « big bang du foot français », comme l'a souhaité la secrétaire d'État aux Sports, Rama Yade ? Contrairement à leur volonté de départ, les pouvoirs publics n'ont pas réussi à s'imposer. Roselyne Bachelot souhaitait ouvrir les états généraux à des personnalités extérieures au football. Le président de la Fondation du football et député socialiste Patrick Braouezec, les députés UMP Jean-François Lamour, David Douillet ou Bernard Depierre étaient pressentis pour participer aux travaux. La participation des parlementaires dans les débats s'inscrivait dans la perspective d'une réforme de la gouvernance de la FFF. Mais, après les grandes sorties médiatiques de la Coupe du monde, le gouvernement a vite été remis à sa place par la Fédération internationale (Fifa), qui a rappelé que l'interférence de l'État pouvait être sanctionnée. La FFF et son nouveau président, Fernand Duchaussoy, pourront donc mener, comme ils le souhaitaient, les débats sans intervention politique. Il est vrai que, depuis l'arrivée de Laurent Blanc au poste de sélectionneur, la pression de l'opinion s'est allégée.

Le grand chantier de la gouvernance

Le plus gros chantier de ces deux journées sera le sort réservé à la gouvernance de la FFF. Le problème est le suivant : aux côtés d'un président d'âge mûr, un conseil fédéral composé de 21 élus a les pleins pouvoirs sur toutes les décisions opérationnelles de la fédération. Ses membres, des bénévoles désignés par une assemblée fédérale (l'actionnariat de la fédération) composée à 75 % par le monde associatif, n'y travaillent pas à plein-temps et n'ont pas forcément les compétences nécessaires. « Nous butons sur un problème commun à quelques grosses fédérations. 75 % des revenus sont commerciaux. Il faut donc gérer ces fédérations avec les règles et les exigences de la gestion d'entreprise », explique le directeur général de la FFF, Jacques Lambert.

Les pro et les amateurs négocient

À couteaux tirés ces derniers mois, amateurs et professionnels ont trouvé un premier compromis. « Nous allons proposer la création d'un haut conseil de 20 à 25 membres, qui aura un rôle de proposition, et un comité exécutif de 7 à 12 élus choisis sur leurs compétences », indique le président de l'Union des clubs professionnels de football (UCPF) Jean-Pierre Louvel, le patron du Havre. Les amateurs, tout puissants au sein de la FFF avec 75 % de l'assemblée fédérale, sont même prêts à octroyer entre 35 % et 40 % des voix aux professionnels. Cette concession n'est évidemment pas gratuite. « Nous voulons un pourcentage sur les droits télé », explique le trésorier de la FFF, Bernard Desumer. Cette mesure donnerait une garantie sur les reversements faits par les clubs professionnels, premiers pourvoyeurs de fonds du monde amateur. Actuellement, la contribution est négociée tous les deux ans sans règles précises et donne lieu à des discussions houleuses. Elle était de 22 millions d'euros sur la dernière saison et tombera à 15 millions dans deux ans. La pérennisation des sommes est de nature à protéger le monde associatif. Sinon, en difficultés financières, les clubs professionnels pourraient être tentés de leur couper les vivres.

Si elle est adoptée, cette nouvelle organisation ne bouleversera pas la FFF. « Si on met à sa tête un directoire d'élus, le problème restera le même. Et puis, un directoire, c'est deux ou trois personnes maximum », juge le président de Saint-Étienne, Bernard Caïazzo. Pour qu'une fédération sportive soit dirigée par des mandataires sociaux rémunérés et révocables par un conseil d'administration, il faudrait changer la loi. Actuellement, le législateur permet simplement de rémunérer trois dirigeants bénévoles au maximum de 8.655 euros par mois. « On souhaiterait à terme avoir des salariés. Mais changer la loi, cela prend du temps », justifie Jean-Pierre Louvel, président du club du Havre.

L'enjeu de l'Equipe de France

En toile de fond de la gouvernance de la FFF, il y a surtout la gestion de l'équipe de France, principale vitrine du foot français. « Quand elle va mal, les clubs vont mal, il y a une désaffection du public », se désole Michel Seydoux à la tête du club de Lille. « Il faut un patron au-dessus du sélectionneur », plaide Philippe Diallo de l'UCPF. La rentrée a été morose sur Canal Plus, qui a subi en début de saison des baisses d'audience de 10 % à 20 % des matchs de Ligue 1. Les Bleus sont aussi une machine à cash pour le foot. Ils génèrent 80 des 152 millions d'euros de recettes commerciales de la FFF et 40 millions d'euros de résultat brut.

Le problème Thiriez

Mais un autre dossier lourd pourrait s'inviter dans les discussions : la Ligue de football professionnel. Curieusement silencieux ces dernières semaines, Frédéric Thiriez fait l'objet de lourdes critiques au sein des clubs. Ces derniers lui reprochent de ne pas les consulter sur les chantiers lourds, comme celui de l'éventuelle création d'une chaîne de télévision pour pallier le retrait d'Orange du football. « Il y a des décisions qui appartiennent aux présidents », juge Gervais Martel, le président de Lens, tout en reconnaissant le travail effectué ces dernières années.

Évidemment, d'autres problématiques, comme l'éthique du football, objet de toutes les critiques en juin, seront abordées. Jacques Bungert, vice-président de la Fondation du football, constate « une crise des vocations dans le bénévolat », au moment où « la société a évolué et où les gamins des zones urbaines ne sont plus les mêmes ». Et Jacques Lambert de s'interroger : « N'a-t-on pas besoin de former autant des hommes que des sportifs ? Si, probablement, sans pouvoir tout attendre de la FFF »...

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