Droit à l'oubli : Google contraint de "censurer" un article sur Merrill Lynch ?

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La banque d'investissement américaine Merril Lynch fut dirigée par Stanley O'Neil de 2002 à 2007.
La banque d'investissement américaine Merril Lynch fut dirigée par Stanley O'Neil de 2002 à 2007. (Crédits : reuters.com)
En vertu du "droit à l'oubli" européen, Google a supprimé un post de blog publié en 2007 par un journaliste de la BBC sur le départ de Stanley O'Neil, ancien PDG de la banque d'affaires, en pleine crise des subprimes. Son auteur craint une censure.

Décision légitime ou véritable censure? La législation européenne sur le "droit à l'oubli" est décidément un casse-tête pour les juristes. Dernier cas problématique: un article sur la banque d'affaires Merrill Lynch effacé sur le moteur de recherche Google. 

"Le désordre Merril"

Il s'agit plus précisément d'un post de blog,  intitulé fort à propos "le désordre de Merril" et datant de 2007. Il y est question d'un ancien PDG de la banque d'investissement américaine, Stan O'Neal, qui a quitté son poste en octobre 2007 après les fortes pertes enregistrées par l'établissement dans le sillage de la crise des "subprimes".

Dans un  nouvel article publié le 2 juillet, son auteur, le chroniqueur de la BBC Robert Preston, indique avoir reçu de la part de Google un message le prévenant que son article serait supprimé de certaines pages de recherches en application d'une demande européenne.

L'UE croule sous les demandes

Depuis le mois de mai, il est en effet possible pour des particuliers, de faire supprimer des recherches des informations jugées "inappropriées, hors de propos ou obsolètes." Autorisation sur laquelle des milliers de personnes se sont ruée, l'organisme chargé d'appliquer ce droit aurait déjà reçu quelque 50.000 requêtes. 

En l'occurrence, l'auteur de ce fameux post sur Stan O'Neal s'interroge sur l'aspect réellement "inappropriée, hors de propos ou obsolète" de son article publié en 2007. "La plupart des gens argueraient qu'il est très approprié au contraire de pouvoir connaître les antécédents, bons ou mauvais, d'un dirigeant", plaide-t-il. 

Qui a demandé la suppression?

Sur l'origine précise de cette demande de suppression, le mystère demeure. En effet, à l'occasion d'une mise à jour de son article publiée le 2 juillet dans la soirée, Robert Preston indique qu'il est toujours possible de retrouver l'article en recherchant d'autres mots-clés comme "Stan O'Neil". "Je commence à me demander si c'est bien lui qui a demandé à être oublié", s'interroge Robert Preston. [Toutefois après une recherche avec ce mot-clé effectuée ce mercredi par La Tribune, l'article est introuvable dans la page résultats de Google.] 

Quoi qu'il en soit, la presse et la classe politique britannique se sont rapidement emparés du sujet. Dans le Financial Times par exemple, un avocat londonien pointe les "zones grises" induites par ce fameux "droit à l'oubli".

"Attiser l'indignation"

Le quotidien financier cite également un parlementaire conservateur, Dominic Raab, qui estime que "la décision de justice européenne risque de (...) transformer des millions de gens en censeurs arbitraires - et une aubaine pour les crapules et les escrocs qui veulent effacer leur passé embarrassant". Côté travaillistes, l'ancien secrétaire à la Culture Ben Bradshaw soutient quant à lui Robert Preston soutient le journaliste de la BBC:

"Je ne vois pas pourquoi Google fait cela. C'est soit une erreur soit une tentative pour attiser l'indignation contre les autorités de régulation afin d'influencer de plus grandes batailles à venir". 

Des batailles, le géant américain du web en mène déjà sur de nombreux fronts, et en particulier sur celui des très précieuses informations relatives au secteur bancaire... Fin juin, une autre banque américaine, Golman Sachs a ainsi sommé Google de supprimer un message confidentiel envoyé sur une adresse de son service de courriels Gmail. 

>> Goldman Sachs attaque Google... pour un mail envoyé par erreur !

 

 

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Commentaires
a écrit le 04/07/2014 à 8:54 :
Voilà comment étouffer dans l’œuf le droit a l'oublie, allons plus loin dans cette démarche, accordons au grand sanguinaire, dictateur et autre mécréant de l'histoire de ne plus apparaître aux yeux de tous, le droit à l'oublie doit être seulement pour ce qui est de la sphère privé d'un individu, et non d'organisme ou d'aspect publique d'une personnalité , qui ont eu des incidence plus ou moins importante sur le monde, il ne doivent pas avoir ce droit. Imaginer pour Hitler… oui je sais c'est un peu extrême comme exemple.
Réponse de le 04/07/2014 à 10:08 :
Cela existe déjà en France, énormément de familles françaises ont collaboré avec les Nazis, mais leurs noms sont dans les registres mais sont cachés par l'état français.
Et la Bretagne a collaboré en MASSE avec les nazis pour obtenir son indépendance, ça n'a pas marché, mais aujourd'hui elle fait tout pour faire oublier ce passé "gênant" et fait supprimer les infos compromettantes. (renseignez vous par exemple sur l'ancetre le pen en 1940).
Réponse de le 04/07/2014 à 17:26 :
Mon grand père breton est mort en résistant. Merci pour lui. J espère que vous demanderez un jour un droit à l'oubli lorsque vous vous serez un peu renseigné
Réponse de le 05/07/2014 à 15:44 :
Qui a parlé de votre grand père à part vous ? Vous ne manquez pas de toupet ! En plus, vous vous sentez visée pourquoi ? Car vous etes bretonne ? Qui a dit que tous les Bretons étaient collabos ? Pas tous, mais beaucoup oui pour obtenir l'indépendance de la Bretagne ! Meme aujourd'hui, on essaye de nous faire oublier cela ! "La quasi-totalité du mouvement politique s'engage, sous une forme ou sous une autre, dans la collaboration, notamment le Parti national breton, les Bagadou Stourm, ou le Bezen Perrot." "Il était né à St-Nazaire. Yann Goulet est décédé", "Ouest-France rend hommage à la disparition du militant breton le 27 août 1999 avec une bienveillance à faire mentir l'Histoire." Ainsi à Brest, le collège bretonnant Diwan porte depuis la rentrée 1989 le nom de Roparz Hémon, expert en langue bretonne certes, mais aussi animateur de la radio émettant de Rennes en breton en 1941, sous tutelle allemande et pétainiste.
a écrit le 03/07/2014 à 16:53 :
Ce que supprime Google, c'est le résultat sur SON moteur de recherche. Les liens existent toujours, le blog aussi. Evidemment, ça supprime de nombreux lecteurs potentiels malheureusement...

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