La complexité croissante de la chaîne d’approvisionnement rend les infrastructures portuaires particulièrement vulnérables à la menace cyber. Alors que les attaques se multiplient, les ports de la vallée de Seine sonnent le tocsin.Ce matin-là, une centaine d'adhérents de l'Union Portuaire Rouennaise (UPR) sont réunis dans une salle de conférence à l'invitation conjointe de leur interprofession et de Haropa Port : l'établissement public qui chapeaute les trois grands ports de la Seine. Au menu de la demie journée dont on nous précise qu'elle sera suivie d'autres, un seul thème : la cybersécurité portuaire. Avec en guise de mantra, cette formule répétée à l'envi par tous les intervenants : « ne vous demandez pas si vous serez attaqués mais quand ».
Ceux qui en doutent sont invités à regarder les slides qui défilent sur l'écran du fond de la salle. Ils montrent l'ampleur du phénomène en progression spectaculaire depuis la crise Covid. Les chiffres sont édifiants. Selon le panorama de la cybermenace maritime édité par l'association France Cyber Maritime, les attaques sur les opérateurs et les infrastructures ont augmenté de 900% (!) entre 2019 et 2021 au plus fort de la pandémie. La pression n'est pas retombée avec le déclenchement de la guerre en Ukraine. En 2022, la même association a dénombré « 90 incidents majeurs » dans les ports. Un nombre sans doute très éloigné de la réalité puisqu'il ne recouvre que les intrusions rendues publiques.
Des interfaces vulnérables
La racine du mal remonte en réalité au début des années 2000 avec l'automatisation des flux d'entrées et de sorties des marchandises. Depuis, les connexions virtuelles entre les opérateurs n'ont cessé de croître jusqu'à atteindre un niveau d'interdépendance et d'exposition inédit. En témoigne la montée en puissance de concepts tels que la e-navigation ou les smart ports dont « personne ne sait très bien où ils commencent et où ils s'arrêtent », comme l'admet Dominique Ritz, directeur du port de Rouen.