CES 2020 : IA, 5G, véhicules autonomes, toucher haptique et réalité virtuelle au menu

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Olivier Ezratty.
Olivier Ezratty. (Crédits : DR)
Observateur attentif des innovations présentées au CES de Las Vegas et auteur, tous les ans, d'un rapport-bilan de référence sur le salon, le consultant Olivier Ezratty revient pour La Tribune sur les évolutions de la plus grande fête mondiale de la technologie et sur les thématiques phares de l'édition 2020, qui se tient du 7 du 10 janvier.

LA TRIBUNE - Depuis plusieurs années, le CES met l'intelligence artificielle à l'honneur. Mais cette année Gary Shapiro, le directeur du salon, en fait le thème central de l'édition 2020. Que peut-on attendre de nouveau dans ce domaine ?

OLIVIER EZRATTY - Le CES est un salon où on découvre des inventeurs astucieux qui s'appuient sur une technologie banalisée. Et effectivement, l'intelligence artificielle est en train de se banaliser. Elle se diffuse dans la plupart des objets connectés, de la maison intelligente aux solutions de la « smart city », en passant par tous les véhicules autonomes de demain. L'intelligence artificielle devient une composante des logiciels qui se fait de plus en plus invisible et « normale » pour l'utilisateur.

Donc le plus intéressant n'est plus l'IA en tant que telle, mais la combinaison de l'IA avec d'autres technologies, pour créer de nouveaux produits et services. La 5G par exemple, qui va être enfin déployée massivement en 2020 dans le monde, va ouvrir des perspectives formidables et inédites pour l'Internet des objets (IoT). La combinaison « IA + 5G » va déclencher une nouvelle vague d'innovations. Certaines seront présentées au CES 2020, puisque le salon reste l'endroit où émergent les nouvelles tendances. Je serai également très attentif aux innovations dans les composants électroniques, qui améliorent sans cesse la puissance de calcul des réseaux de neurones. Les nouveaux processeurs permettent de faire des choses dingues, comme par exemple dans le domaine de la réalité virtuelle. Cela donne une idée de ce qui va arriver dans quelques années.

La 5G sera l'autre tendance forte du CES 2020 ?

Absolument. Les constructeurs automobiles s'emparent de la 5G car elle sera indispensable pour les relations entre les véhicules autonomes et les infrastructures routières et de la ville. La 5G va aussi permettre d'accélérer la « smart city ». Du côté grand-public, les fournisseurs de smartphones misent beaucoup sur la 5G pour déclencher une vague de renouvellement des équipements. La plupart des constructeurs ont récemment annoncé ou vont lancer leur propre smartphone 5G, avec de nouveaux services à la clé pour les consommateurs. Des annonces de smartphones 5G, des partenariats entre opérateurs, sont à attendre.

Depuis quelques années, le CES a supplanté le salon automobile de Detroit. Et tous les ans, des annonces majeures sont réalisées au CES...

Le CES est clairement devenu un salon majeur pour l'innovation dans les mobilités. Régulièrement, un nouveau format de transport personnel apparaît, comme les hoverboard en 2017, ou les motos électriques en 2019. Il y a de plus en plus de véhicules et de modes de déplacement qui deviennent connectés, autonomes ou qui sont réinventés. Comme chaque année, tout l'écosystème des mobilités sera présent au CES, à commencer par la plupart des constructeurs automobiles et les équipementiers. De nombreuses startups vont exposer des drones de transport et de micro-mobilité comme les scooters et les trottinettes électriques.

Les Régions françaises vont envoyer une délégation réduite de startups, faisant baisser la présence française au CES. Le salon devient-il en général moins attractif ou s'agit-il juste d'un phénomène propre à la France ?

En 2019 le CES a battu son record de taille -2,9 millions de mètres carrés- et du nombre d'exposants -4500-. D'après les données disponibles, ces records ne seront pas battus cette année : la superficie annoncée pour 2020 est de 2,5 millions de mètres carrés, et « seulement » 4.000 exposants. C'est une décrue notable, mais cela ne veut pas dire que le salon perd de sa superbe.

Pour la France, la baisse est plutôt un rééquilibrage après les excès des éditions précédentes. Clairement, les délégations françaises ont envoyé au CES des startups qui n'avaient rien à y faire, car au moins 20% des entreprises présentes étaient ce que j'appelle des erreurs de casting. Il y en aura encore cette année, mais moins car l'emballement médiatique et politique autour du CES se dégonfle un peu et ce n'est pas une mauvaise chose. Donc la décrue probable de la présence française ne suffit pas à expliquer la baisse d'attractivité du CES.

Le vrai facteur, c'est la Chine, qui est traditionnellement le deuxième pays le plus représenté au CES après les Etats-Unis. Le nombre de stands alloués à des entreprises chinoises a significativement baissé par rapport à 2019 ! Le CES paye les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine sous l'effet de la politique de Donald Trump. Les « gros » chinois comme Huawei seront là bien sûr, mais le salon semble attirer moins de petites entreprises chinoises à cause de l'impact géopolitique.

Quelles autres choses avez-vous observé en analysant les entreprises annoncées ?

Le CES a créé cette année, dans le Center Hall, une zone nouvelle baptisée Tourisme du futur, avec comme exposant principal la compagnie aérienne Delta Airlines, accompagnée par quelques autres stands. C'est assez insolite car ce n'est pas une thématique traditionnelle, et cela montre bien que le CES est un grand raout de l'innovation dans lequel on peut trouver tout et n'importe quoi.

Au niveau des nouveautés, je m'attends à beaucoup d'innovations dans les contenus, par exemple le toucher haptique dans le jeu vidéo, beaucoup de réalité augmentée et virtuelle. La course à la 8K dans les écrans va continuer, même si l'obsession des constructeurs pour les écrans toujours plus grands et toujours plus performants est un peu déconnectée du marché, qui reste à la 4K. Je m'attends aussi à davantage de solutions utilisant la blockchain, car c'était un des signaux faibles de l'an dernier.

Enfin, comme tous les ans, certaines zones thématiques augmentent de taille et d'autres baissent. Parmi les grands perdants, les espaces alloués à l'impression 3D et aux drones grand public diminuent encore. C'est la conséquence d'une promesse qui n'a pas été tenue : les constructeurs sont forcés de se rendre compte que ces technologies ne rencontrent pas le grand-public, donc les innovations dans ces domaines se tarissent.

Propos recueillis par Sylvain Rolland

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