Retour sur le CES 2019 : comment le CEA est devenu une véritable usine à innovations

 |   |  1294  mots
Kalray, le processeur embarqué considéré comme une pépite.
Kalray, le processeur embarqué considéré comme une pépite. (Crédits : D.R)
Présent au CES de Las Vegas pour attirer l'attention sur les technologies de rupture qui sortent de ses laboratoires, le CEA Tech, bras armé du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), nourrit en innovations le monde de l'industrie depuis 1967. Il a engendré plus de 200 startups, de la medtech qui révolutionne le traitement du diabète, Diabeloop, à la pépite des processeurs embarqués Kalray, qui a levé 47,7 millions d'euros lors de son entrée en Bourse, en 2018.

Il n'y avait pas que des gadgets au CES de Las Vegas. Pour la quatrième année consécutive, le centre de recherche CEA Tech s'est aussi installé, en partenariat avec la délégation Aura (Auvergne-Rhône-Alpes) sur le plus grand salon technologique au monde. Son stand, baptisé CEA Tech Village et situé dans l'Eureka Park, la zone consacrée aux startups, est à son image : discret, voire austère, il n'exhibe aucun produit qui attire l'oeil des visiteurs et des médias. Mais ce n'est pas parce qu'il manque de vernis qu'il ne recèle pas d'innovations pour le moins spectaculaires.

Cette année, on pouvait ainsi y trouver Sigma Cells, une nouvelle technologie de cellules intelligentes de batterie qui pourrait révolutionner les transports électriques, ou encore Pixcurve, un procédé de courbure des composants optiques, qui permet de réduire le nombre de lentilles présentes dans les appareils photo numériques, les smartphones, les micro-écrans ou les lunettes de réalité virtuelle, et donc d'apporter une innovation majeure sur le marché de l'optique à la fois grand public et industriel (spatial, automobile, défense...). Sept startups issues du CEA se sont aussi exposées au CES. Notamment la medtech Diabeloop, qui change la vie des diabétiques de type 1 grâce à son pancréas artificiel, dont la commercialisation est enfin autorisée en France depuis octobre dernier, après des années de recherche et développement.

Pas moins de 762 brevets déposés en 2017

C'est tout le paradoxe du CEA : chacun le connaît de nom, peu mesurent réellement son impact sur l'innovation en France. Implanté sur neuf centres répartis dans tout l'Hexagone, disposant d'un budget de 5 milliards d'euros en 2017, le CEA est un organisme de recherche à caractère scientifique, technique et industriel (Epic), dont les15 942 ingénieurs, chercheurs et techniciens travaillent dans quatre domaines : la défense et la sécurité, les énergies bas carbone nucléaire et renouvelables -, la recherche technologique pour l'industrie, et la recherche fondamentale. Véritable usine à innovations, le CEA a déposé rien qu'en2017 pas moins de 762 brevets.

Suffisant pour en faire l'organisme de recherche public le plus important en Europe et le deuxième au monde, d'après une étude de Thomson-Reuters/Clarivate.Dans ce large écosystème, le CEA Tech, bras armé du CEA lancé en 1967 et consacré à la recherche technologique, emploie à lui seul4 500 scientifiques, répartis sur quatre sites à Grenoble, Chambéry et Paris-Saclay : le Leti (dédié à la micro-électronique, à Grenoble), le List (consacré aux systèmes numériques intensifs, notamment l'intelligence artificielle, robotique et cyber, à ParisSaclay) et le Liten (spécialisé dans les énergies nouvelles, à Grenoble et Chambéry).« Notre présence au CES répond à la fois à des enjeux business [40 contrats de recherche partenariale ont été menés au CES l'an dernier, ndlr] et de notoriété, pour faire connaître notre rôle de catalyseur d'innovations pour l'industrie nationale et notre stratégie d'essaimage de startups », explique Jean-Michel Goiran, le directeur de la communication et du marketing du CEA Tech.

En quête d'une application industrielle ou commerciale

Effectivement, le rôle du CEA Tech est aussi de faire en sorte que ses brevets trouvent une application industrielle ou commerciale plutôt que de moisir dans le labo. « Les industriels ont besoin d'innovations. Les plus avancées sont soit transférées directement à des grands groupes pour qu'ils exploitent notre brevet afin qu'il devienne une brique de leur solution, soit essaimées sous forme de startup qui créé un produit et le commercialise », précise le dirigeant. Pixcurve, dont la technologie d'optique peut être appliquée à de nombreux secteurs, entre plutôt dans la première catégorie, tandis que dans le cas de Diabeloop, il était plus pertinent de créer une startup pour exploiter au mieux l'innovation.

Ainsi, plusieurs centaines de technologies ont été cédées à des grands groupes depuis les années 1970, et ont contribué au succès de Thomson et de ST Microelectronics, par exemple. Le concepteur de cartes à puces sécurisées StarChip, qui équipe notamment des smartphones et des cartes bancaires, a intégré une technologie du CEA à son offre pour sécuriser les données. 204 startups sont également sorties des rangs du CEA, contribuant très largement à l'extraordinaire dynamisme économique du bassin grenoblois. Kalray, pépite des processeurs embarqués, a récemment levé 47,7 millions d'euros lors de son entrée en Bourse sur Euronext, en 2018. Le « nez électronique universel » d'Aryballe Technologies, qui combine biotechnologies, objets connectés, nanotechnologies et sciences cognitives, pourrait révolutionner certains usages domestiques - le four ne raterait plus aucune cuisson - et industriels, tandis que la technologie du LabPad d'Avalun permettra bientôt de bénéficier d'un « laboratoire de poche » pour réaliser ses analyses biologiques courantes - taux de cholestérol, coagulation sanguine... - chez soi, en lien avec des professionnels de santé.

Neuf ou dix startups essaimées par an

Ces deep tech, c'est-à-dire des innovations de rupture développées en laboratoire, contribuent à incarner l'excellence technologique française. Leur transfert dans l'économie est à la fois un enjeu stratégique pour le CEA lui-même, qui produit des innovations à la pelle mais n'en exploite qu'une infime partie, mais aussi, plus globalement, pour la France dans sa quête de souveraineté numérique, à l'heure où l'innovation technologique s'accélère partout dans le monde pour répondre aux grands défis du xxie siècle.Le gouvernement va d'ailleurs lancer en 2019, via son bras armé dans le financement, Bpifrance, un vaste « plan deep tech », auquel la Mission French Tech apportera son soutien. Une bonne nouvelle pour le CEA Tech, qui travaille depuis des années à renforcer les passerelles entre le monde de la recherche et celui de l'entrepreneuriat. « Il est très difficile de trouver la bonne équipe, celle qui transformera l'innovation du laboratoire en succès commercial et financier. Souvent, le chercheur à l'origine de l'innovation souhaite participer à l'aventure entrepreneuriale, car il faut adapter la technologie au futur produit. Il faut donc lui associer un profil complémentaire d'entrepreneur, capable d'avoir une vision financière et commerciale car les enjeux des deux premières années de la startup sont le développement technique d'un côté, et financier de l'autre, c'est-à-dire la capacité à aller chercher des partenaires et des fonds », détaille Jean-Michel Goiran.

Ce long et périlleux chemin de croix pour trouver l'équipe adéquate explique que le CEA Tech n'essaime que « neuf ou dix » startups par an. « Et encore, dans les années 1990, on n'en sortait qu'une ou deux par an car il n'y avait pas encore la mode des startups », ajoutet-il. Mais la méthode fonctionne : grâce à des partenariats avec des écoles de management et de commerce, les « matchs » entre des entrepreneurs et les chercheurs sont de plus en plus fréquents. Le CEA Tech revendique ainsi un taux de survie à cinq ans de 70 % de ses startups, contre seulement 20 % en moyenne en France. Le fruit à la fois de cette rigueur dans le processus de sélection, mais aussi des barrières technologiques fortes qu'imposent les deep tech,ces startups à très haute valeur ajoutée technologique, qui, lorsqu'elles sont bien lancées, ont peu, voire pas de concurrence et s'approprient leur marché.Le CEA Tech peut ainsi voir l'avenir avec optimisme. L'appétence nouvelle de la société pour les chercheurs et les ingénieurs, la popularité de l'entrepreneuriat chez les jeunes, dont le rêve n'est plus de travailler dans un grand groupe, la volonté politique de soutenir l'innovation de rupture, positionnent le CEA, et notamment le CEA Tech, comme l'un des acteurs phares de la scène tech française des années à venir.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/01/2019 à 8:25 :
Questions déjà posées, sans réponses à ce jour :
Depuis 5 ans:
Combien d'emplois pérennes créés
Quel C.A. en France et à l'export
Combien de start up encore en vie sur celles créés voilà 5 ans
Merci de vos reponses
a écrit le 20/01/2019 à 9:34 :
Ou sont les GAFAs (industriels, numériques, ...) issus du CEA ?

Encore une fois, on glose sur des données qui ne débouchent sur pas grand de choses de concret.

Si le CEA était aussi merveilleux qu'on le dit alors la France serait dans première dans des domaines importants de l'économie réelle. Je parle du réel là, le nombre de startup est une promesse éventuelle de déboucher sur quelque chose.

A l'heure de l'argent pas cher, et des montagnes de liquidité qui cherchent à s'employer, il n'est pas très difficile de monter sa startup, surtout quand il y a des niches fiscales derrière : pour un investisseur entre donner son argent à l'état et obtenir une baisse de son imposition avec à la clé une plus values potentielle, il n'y a pas photo ...

80% des startups meurent et pour celles qui bougent encore, ce n'est pas pour autant qu'elles vont devenir des entreprises avec un impact.
Réponse de le 20/01/2019 à 10:30 :
comme beaucoup de gens, tu es facilement impressionné par la poudre aux yeux et propagande anglo-saxonne, asiatique, allemande, etc...
c'est ce que tu veux dire, non ?
Réponse de le 21/01/2019 à 10:52 :
Il n'y aura jamais de GAFA français pour 3 raisons intrinsèquement liées à la situation économique et politique de la France:

Le marché français est petit 60M d'habitants alors que les US en comptent 340M.

La législation et l'administration française empêchent le développement rapide des jeunes pousses de "deep tech" par sa lourdeur: le temps et de l'argent que l'on perd pour se mettre en conformité dès que l'on franchit 50, puis 100 puis 1000 employés. Et son zèle à empêcher toute expérimentation: il est extrêmement difficile de conduire des tests cliniques en France. Les nouvelles thérapies qui ne sont pas encore reconnues par l'Assurance Maladie ont très peu de débouchés, il faut beaucoup de temps pour qu'un traitement soit remboursé par l'AM.

Les français, sociétés ou particuliers, sont très prudents devant la nouveauté. On préfère toujours se fier aux fournisseurs historiques parce que l'on a toutes les chances d'être critiqué très sévèrement pour avoir choisi une innovation qui aurait mal tourné. Ce n'est pas pour rien que la France a pu garder de très beaux patrimoines du passé.
a écrit le 19/01/2019 à 10:32 :
le CEA est classé 2e des organismes de recherche les plus innovants au monde par Reuters. la France a 4 organismes dans le Top 15 de ce classement avec CNRS/Inserm/Institut Pasteur.
a écrit le 19/01/2019 à 9:27 :
Le fleuron de la France en matière de technologie.
Bien la preuve qu'une entreprise publique n'a pas à rougir des entreprises privées.

Il faut absolument la garder française et ne jamais la vendre.
Réponse de le 19/01/2019 à 10:58 :
Le CEA est un fleuron de la recherche française ave ses grandes découvertes, a ses orientations scientifiques et ave l'avenir. La recherche privée peut se conjuguer avec la recherche publique mais le CEA c'est le goût de l'excellence et du travail de long terme. La technologie est au coeur du reacteur et de l'avenir des sciences.
Réponse de le 19/01/2019 à 13:25 :
Difficile à vendre : c'est un établissement public !
Réponse de le 19/01/2019 à 16:11 :
La partie recherche technologique du CEA fonctionne presque comme une entreprise privée avec une part de financement extérieur (hors subvention d'état) extrêmement important qui approche dans certain domaine près de 100%.
Réponse de le 20/01/2019 à 21:39 :
Je n'ai pas parlé de modèle mais de nature ;) tu as tout à fait raison mais ca n'invalide en rien ce que je dis^^

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :