Fabien Bardinet robotise les chariots élévateurs

Patrick Cappelli

Fabien Bardinet, DG de Balyo
François Daburon

Patrick Cappelli

Fabien Bardinet, DG de Balyo
François Daburon
Entreprendre, c'est l'obsession de Fabien Bardinet, 47 ans. « J'appartiens à une famille d'entrepreneurs de l'agroalimentaire [le groupe Bardinet fondé en 1857 autour du rhum Negrita, Ndlr]. C'est une trajectoire naturelle pour moi», explique le deuxième d'une fratrie de cinq.
Au sortir de l'école de commerce, il passe un an et demi à faire de l'audit dans le cabinet S&W Associés-Exco. Puis vient l'appel sous les drapeaux. Peu attiré par la chose militaire, le jeune homme opte pour la coopération en entreprise. Il est accueilli, en septembre 1996, par le groupe de distribution Cora (propriété de ses oncles paternels, les frères Bouriez) en Hongrie, où l'enseigne vient d'ouvrir une filiale :
Mais il ne reste pas chez Cora, car une règle veut que les Bardinet-Bouriez doivent faire leurs classes ailleurs que dans les entreprises familiales. Désireux de rester à Budapest, Fabien Bardinet rejoint Sofinco (groupe Crédit Agricole) qui s'installe en Hongrie. « Je découvre ce monde du crédit à la consommation au début des années 2000, tandis que mes copains d'école créent des startups Internet », se rappelle le passionné d'aviation, qui pilote dès qu'il en a l'occasion.
Après trois ans à faire de la stratégie et de l'informatique, il se voit proposer par Sofinco de prolonger l'expérience dans un autre pays. Mais entre-temps, il s'est marié et a eu deux enfants (quatre aujourd'hui, âgés de 12 à 19 ans) :
Or, son épouse occupe un emploi à la Banque de France et souhaite rentrer à Paris. C'est chose faite en 2002, le trentenaire rejoint la direction internationale de Sofinco.
Il rencontre alors, en Pologne, lors d'une mission, le polytechnicien Bruno Maisonnier, qui lui propose quelques semaines plus tard de le rejoindre sur un projet de robotique. « Je me rappelle notre déjeuner à L'Entrecôte, boulevard Saint-Germain. J'étais alors membre du conseil d'administration de Sofinco, je gagnais très bien ma vie et j'appréciais mes fonctions. J'ai passé l'après-midi sur Internet pour me renseigner sur les robots et je l'ai rappelé le soir pour lui dire : "Je suis ton homme !" », raconte l'amateur de voile.
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Fabien Bardinet rejoint en 2006 Aldebaran Robotics, créateur du fameux robot Nao. S'ensuivent alors six années « extraordinaires », où le duo va présenter son petit robot dans le monde entier.
En 2012, Aldebaran est racheté par le japonais SoftBank, et le chemin des deux amis se sépare. Bien qu'il ait quitté Aldebaran épuisé, Fabien Bardinet, qui n'aime pas l'oisiveté, ouvre avec son frère Gilles sur le domaine familial les Cabanes de la Romaningue, douze cabanes dans les arbres pour faire venir les gens sur la propriété viticole.
Début 2013, les actionnaires de Balyo lui proposent de devenir le nouveau manager de la société. « Enfin une boîte de robotique qui peut avoir un impact sur le monde » , se dit l'entrepreneur, qui accepte rapidement. L'entreprise a mis au point le système Driven by Balyo qui rend autonomes les chariots élévateurs du groupe allemand Fenwick-Linde. « La robotique doit avoir un bénéfice social direct, ce qui est le cas avec Balyo, car cariste est un métier dangereux - 22 morts par an - et abrutissant », explique le CEO, qui assume de sonner la fin de ce métier avec ses chariots robotisés.
Balyo a levé 10 millions d'euros en 2015, puis 40 millions d'euros lors de l'introduction en Bourse en 2017, emploie 170 salariés, est présent aux États-Unis et à Singapour, et la société est cotée sur Euronext. L'entreprise compte doubler son chiffre d'affaires de 15 millions d'euros à 30 millions d'euros cette année. La dépense mondiale pour bouger les palettes dans les entrepôts s'élève, selon Balyo, à 200 milliards d'euros par an. Les chariots robotisés permettant 50% d'économie par rapport à un opérateur humain, les perspectives de croissance sont conséquentes pour la pépite française.
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