Quand les managers se mettent au diapason du web 2.0

 |   |  690  mots
(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Télétravail, Intranet mais aussi Facebook et Twitter ont obligé les entreprises à adapter leur organisation et les relations entre les salariés. Une vraie révolution pour leur gouvernance.

"On est à un point de basculement du modèle de l'activité humaine", c'est avec ces mots que Richard Collin, directeur de l'institut 2.0 et professeur à l'ESC Grenoble, introduit le concept très tendance de l'entreprise 2.0 qu'il considère comme "le nouveau modèle d'entreprise ou la next enterprise".

Ce néologisme dérivé du Web 2.0 peut être compris comme l'arrivée des nouveaux outils de communication et d'information au sein de l'entreprise. Mais attention, cette tendance ne se limite pas à une simple utilisation de nouveaux gadgets technologiques mais bien à une réinvention complète de l'organisation de l'entreprise.

En effet, à l'opposé de l'ancienne société capitaliste à la structure pyramidale et très hiérarchisée, la société 2.0 propose une organisation collaborative, en réseau avec le développement de compétences transversales. L'information ne circule plus de haut en bas, des cadres supérieurs vers les simples salariés, mais de manière horizontale entre les différents collaborateurs qui participent à des projets collectifs.

Ces outils technologiques poussent même les entreprises à repenser leur contrat social. Si autrefois, l'individu se complaisait dans un système rigide et hiérarchisé à la limite du patriarcat, il veut maintenant avoir des responsabilités et prendre part à la vie de l'entreprise quel que soit son échelon. La société passe du statut de "personne morale" à celui de "communauté de destin" où chacun tire sa satisfaction de la réciprocité avec autrui, comme c'est le cas dans un réseau social.

A l'occasion des débats d'Imagine 2015 qui se sont déroulés voici quelques semaines, des intervenants de tous bords (sociologue, dirigeant d'entreprise, économiste etc.) ont cherché à analyser l'ampleur du phénomène.

Si l'archétype de l'entreprise 2.0 reste Google, Jacques Cottereau, économiste et chercheur, préfère insister sur le développement des coopératives. Ces sociétés répondent, selon lui, au désir des salariés de devenir associés. Et contrairement aux idées reçues, ces formes de gouvernance sont adaptées aux grandes structures comme le prouve la coopérative espagnole Mandragon qui regroupe 80.000 salariés.

L'entreprenariat est également une façon de s'extirper du système salarial classique des entreprises explique Richard Collin.
"On ne comprend rien au système n+1, n+2 ..." renchérit un étudiant en design qui venait témoigner comme représentant de la génération Y (désigne les jeunes adultes nés entre la fin des années des 1970 et le milieu des années 1990).

Eviter néanmoins une généralisation trop simple

La gouvernance 2.0 est donc un défi majeur pour les grandes entreprises qui doivent offrir plus de souplesse et de flexibilité pour satisfaire leurs salariés les plus compétents. "Il faut savoir sortir des cadres et des procédures pour dynamiser les flux créatifs" explique Alain Giguere, consultant et expert en recherche marketing sur l'opinion publique. Mais doit-on pour autant partir tous azimuts vers le modèle de l'entreprise 2 .0 ? Adaptation ne doit pas pour autant rimer avec déstructuration.

La gouvernance 2.0 reste l'apanage de l'économie de la connaissance et de la création et ne peut être appliquée partout au même rythme. Christian Couilleau, dirigeant de la coopérative agroalimentaire Even parle d'un "bon tempo" qui est "la vitesse maximale à laquelle une entreprise peut se déformer en étant performante économiquement et en étant socialement vivable".

Selon ce dirigeant, "dans toute entreprise, la difficulté est de gérer le hiatus entre trois temps : l'innovation technologique très rapide, le temps plus long de l'appropriation et de l'usage, et l'acceptation de l'innovation encore plus long". Cette perception de la rapidité du changement est d'ailleurs très variable suivant les cultures ou les personnes.

De même, si l'entreprise en réseau permet une meilleure organisation dans des secteurs comme la Recherche et Développement ou les systèmes d'information, elle est inadaptée à certains domaines très procéduriers comme la production industrielle ou encore la comptabilité.

Et Christian Couilleau de conclure, "il faut dans l'organisation de l'entreprise, un peu de pyramidal, un peu de matriciel et un peu de réseau".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :