Médias : Bolloré rend la monnaie de sa pièce à Drahi

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Vincent Bolloré, le patron de Vivendi (maison-mère de Canal+).
Vincent Bolloré, le patron de Vivendi (maison-mère de Canal+). (Crédits : reuters.com)
A l’occasion des résultats annuels de Vivendi, le groupe a annoncé un accord de distribution des chaînes de BeIn Sports France en exclusivité sur Canal+. L’initiative sonne comme une réponse cinglante à Patrick Drahi, le patron d’Altice (Numericable-SFR), qui a décroché, à la surprise générale, les droits du foot anglais en France l’an dernier.

C'est la réponse du berger à la bergère. Lors de la présentation de ses résultats annuels, Vivendi a annoncé qu'il s'était entendu avec son ex-ennemi, BeIn Sports, pour distribuer en exclusivité ses chaînes via sa filiale Canal+. Difficile de ne pas voir dans cette opération - qui si elle est validée par l'Autorité de la concurrence, chamboulera le paysage français du sport à la télévision -, un pied-de-nez à Patrick Drahi. A la surprise générale, le patron d'Altice (maison-mère de Numericable-SFR en France) avait soufflé les droits de la Premier League, le championnat de foot anglais, à Canal+, en novembre dernier.

Ces droits, acquis pour la période 2016-2019, l'ont été à grands frais. Le patron d'Altice aurait en effet déboursé quelques 300 millions d'euros (un chiffre évoqué par la presse, mais qu'Altice n'a jamais démenti), largement supérieur aux près de 200 millions lâchés par Canal+ les trois années précédentes. Pour Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi, la manœuvre a tout du camouflet. Non seulement il a perdu un des actifs phares de la chaîne. Lui, qui avait pourtant jugé « indispensable », il y a quelques mois, d'investir dans le sport... Mais en plus, le voici confronté à un nouveau concurrent, puissant, lequel n'hésite pas à signer de gros chèques même si cela alourdit davantage son (énorme) dette. Sylvain Chevallier, associé chez BearingPoint et spécialiste des télécoms résume ainsi la situation : « Sur le football payant, on est désormais passé à un marché à trois acteurs avec Canal+, BeIn Sports, et maintenant Altice. »

Perte d'abonnés en France

Surtout, aux yeux de plusieurs analystes, la perte de ces droits n'est pas sans conséquence sur la base d'abonnés de Canal+... Selon Natixis, celle-ci pourrait pousser quelques 300.000 clients à ne pas renouveler leur abonnement. Lors de la présentation des résultats de Vivendi ce jeudi, le groupe ne cache pas ses inquiétudes concernant Canal+ :

« Les six chaînes Canal+ perdent de l'argent en France depuis 4 ans. Avec une forte érosion de leur base d'abonnés depuis 2012, elles enregistrent une perte opérationnelle ajustée de 264 millions d'euros en 2015, soit 76 millions d'euros de plus qu'en 2014. L'arrivée de nouveaux entrants nationaux et internationaux dans le sport et la fiction a fait s'envoler les prix des droits de diffusion des contenus et a multiplié les offres concurrentes, ce qui a augmenté l'importance des pertes. »

Canal+ « menacé »

Dans son communiqué, Vivendi juge que cette situation « menace l'ensemble du Groupe Canal+ qui emploie 8.200 personnes ». Avant de préciser que « la nouvelle équipe managériale mise en place cet été a pour priorité la mise en œuvre d'un plan de transformation majeur permettant de revenir à l'équilibre ». Ce ton, franchement alarmiste, n'en est pas moins réfléchi. Sans doute vise-t-il à mettre la pression sur l'Autorité de la concurrence, et la convaincre de donner son feu vert à l'accord avec BeIn...

Sous ce prisme, celui-ci apparaît donc comme une manière pour Canal+ de reprendre rapidement la main sur le sport. En distribuant BeIn Sports France, il aura accès non-seulement à de nouveaux matchs de foot français et de League des Champions. Mais aussi au basket américain ou au tournoi de tennis de Wimbledon. Entre les lignes, Vincent Bolloré adresse également un avertissement à Patrick Drahi. Et pour cause : pourquoi ce dernier, qui mise également sur le ballon rond au Portugal, ne s'intéresserait-il pas, à terme, au droits du championnat de France de foot ?

Pas de réduction de la concurrence

Reste que si l'accord avec BeIn Sports constitue une réaction rapide, elle n'est toutefois pas la meilleure pour Canal+, selon plusieurs analystes. Il y a trois semaines, comme l'a révélé Libération, une autre option était sur la table, et constituait en un rachat de BeIn Sports France par Vivendi. Or selon Bruno Hareng, analyste médias chez Oddo Securities, cette dernière aurait notamment permis de réduire la concurrence en France. Ce qui ne sera pas le cas avec l'actuel accord de distribution. « Cela n'empêchera pas BeIn Sports de miser sur de nouveaux droits sportifs », constate Bruno Hareng. Quoi qu'il en soit, le bras de fer entre Vincent Bolloré et Patrick Drahi semble loin d'être terminé.

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Commentaires
a écrit le 18/02/2016 à 21:17 :
Ils n ont rien compris, les match sont tous dispo. gratuitement et en hd
Réponse de le 19/02/2016 à 11:57 :
Comprendre n'est pas leur but, c'est encaisser qui l'est, leur seul et unique.
a écrit le 18/02/2016 à 19:25 :
Reste à Altice à engager un recours contre l'exclusivité, visant à obtenir également ces droits de diffusion, ou racheter BeIng

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