Quand les médias changent de main : 15 opérations emblématiques

Les actionnaires du quotidien Le Monde négocient le rachat du Nouvel Observateur. Une opération emblématique qui s'inscrit dans la consolidation d'un secteur en crise dans de nombreux pays comme l'illustre la liste des rachats de ces dernières années.
Xavier Niel pourrait s'offrir le Nouvel Observateur.
Xavier Niel pourrait s'offrir le Nouvel Observateur. (Crédits : reuters.com)

Le probable rachat du Nouvel observateur par un des actionnaires du Monde est un épisode de plus dans la mutation en cours du secteur de la presse liée à la place prise par internet conjuguée à l'effondrement des ressources publicitaires, en passant par l'émergence des supports mobiles.

Les opérations emblématiques de 2010 à aujourd'hui

- La presse écrite en plein bouleversement en France...

En juin 2010, Pierre Bergé, homme d'affaires français cofondateur du Sidaction, Xavier Niel, patron de Free et Matthieu Pigasse, banquier d'affaires et déjà propriétaire des Inrockuptibles, s'unissent pour prendre le contrôle du quotidien français dit "de référence", Le Monde, pour un montant de 110 millions d'euros.

C'est le dernier quotidien national français en date à s'offrir à un actionnaire fortuné, à l'instar du Figaro, propriété du groupe Dassault, de Libération, propriété d'Edouard de Rotshchild, ou encore des Echos, qui appartient au PDG de LVMH Bernard Arnault.

La tendance s'observe aussi dans la presse régionale : depuis 2010, la concentration des titres de PQR s'est accélérée. Le groupe belge Rossel, qui possédait déjà la Voix du Nord, a acquis en janvier 2013 le groupe L'Union presse auprès de Hersant médias, en plein démantèlement. C'est également auprès de Hersant médias que l'homme d'affaires Bernard Tapie s'est fourni en médias : en juillet 2013, il est officiellement devenu seul propriétaire du quotidien de Marseille La Provence.

Six mois plus tôt, l'ancien président de l'OM s'était porté acquéreur du groupe Hersant Media, holding de La Provence et Nice-Matin, aux côtés de la famille Hersant. Les deux parties s'étaient accordées sur un prix de 51 millions d'euros chacun, avant que les relations ne se tendent, précipitant la scission de la holding.

- … et à l'étranger

En plein cœur de l'été 2013, l'annonce du rachat de l'emblématique Washington Post - le quotidien par lequel le scandale du Watergate était arrivé - par le patron d'Amazon Jeff Bezos avait fait sensation. Outre le montant de la transaction - 250 millions de dollars -, certains y avaient vu le symbole de la victoire du numérique sur "la vieille presse de qualité". "L'iceberg vient juste de sauver le Titanic", estimait même un journaliste américain.

Mais si tous les rachats de médias ne permettent pas de voir le même "symbole", leur nombre confirme une tendance lourde. Auparavant, l'ancien fleuron de la presse magazine Newsweek avait été racheté pour un dollar symbolique par le Français Etienne Uzac, cinq mois à peine après avoir cessé d'exister autrement qu'en ligne.

En 2013, toujours, mais en août: le Boston Globe, célèbre quotidien de l'est américain auparavant détenu par le New York Times, était racheté pour quelque 70 millions de dollars par John W. Henry, le propriétaire de la franchise de baseball locale, les Boston Red Sox.

Le New York Times lui-même, quotidien américain qui appartient à la même famille depuis 1896, serait susceptible de passer sous le contrôle d'un magnat chinois, Chen Guangbiao. Même si l'homme d'affaires, qui a fait fortune dans le recyclage reconnaît que "le niveau de difficultés est élevé", il a assuré que son projet était "sérieux". Le président du journal, Arthur Sulzberger Jr, avait auparavant assuré que le journal n'était pas à vendre.

- Médias à vendre cherchent repreneurs

Le Temps, une institution en Suisse comme le Monde en France, lui, l'est. Ses deux actionnaires, les groupes Ringier et Tamedia -, qui possèdent chacun 46,2% du titre, ne parvenant pas à s'entendre sur le développement du titre "compte tenu des défis structurels majeurs qui se présentent aujourd'hui dans le monde des médias", ont décidé de trouver un acheteur crédible pour gérer le quotidien tiré à près de 40.000 exemplaires. La petite annonce, passée en octobre 2013, n'a semble-t-il pas eu d'écho jusqu'à aujourd'hui.

Pas de candidats non plus pour le moment du côté de Lagardère Active. Le même mois, le groupe a annoncé en comité d'entreprise son ambition de vendre dix de ses titres magazines dont Première, Psychologie Magazine et Auto Moto. L'objectif est dans ce cas de se recentrer sur les marques phares du groupe, Elle, le JDD et Paris Match.

- Les grands noms ne font plus (toujours) recette

A défaut de repreneurs, les publications pourraient connaître le même sort que la version allemande du Financial Times, contraint de fermer ses portes en décembre 2012, après douze ans d'existence. Le quotidien ne parvenait pas à faire des bénéfices.

C'est pour des raisons un peu différentes que le très célèbre tabloïd britannique News of the World a tiré le rideau sur 168 ans d'existence. La propriété du magnat de la presse australien Rupert Murdoch s'est retrouvée au cœur d'un vaste scandale d'écoutes illégales.

Face à l'ampleur des révélations, Murdoch a décidé de jeter l'éponge, arguant que les bons aspects du quotidien "avaient été souillés par un mauvais comportement". "En effet, poursuivait-il dans un communiqué adressé à la rédaction du journal, si les récentes allégations sont vraies, il s'agit de quelque chose d'inhumain qui n'a pas sa place dans notre société."

Mais ces écoutes illégales sont aussi une tentative de réponse à l'érosion des ventes, qui frappe l'ensemble des journaux et menace de longue date leur modèle économique.

- Sur internet, les synergies se multiplient

Que ce dernier soit menacé dans le secteur de la presse écrite ne signifie pas qu'il est stabilisé au sein de celle en ligne. Les pure-players sont eux aussi soumis aux mutations des médias. Début 2011, elle avait fait le bonheur de la fondatrice du Huffington Post. Ariana Huffington a revendu le site d'informations qu'elle avait créé en mai 2005 au géant d'internet AOL pour la coquette somme de 315 millions de dollars (231 millions d'euros de l'époque).

Quelques temps avant son rachat par Etienne Uzac, en novembre 2011, Newsweek avait aussi anticipé son passage au tout numérique en fusionnant avec The Daily Beast, pure-player lancé deux ans plus tôt.

Enfin, en décembre 2011, le groupe Nouvel Obs avait mis la main sur le site d'information en ligne Rue89 moyennant 7,5 millions d'euros. La fusion s'était conclue sur la base d'une indépendance éditoriale, mais des changements avaient conduit la rédaction du pure-player à se mettre en grève en décembre 2013, craignant que "à terme, Rue89 soit dilué et confondu".

Aujourd'hui, c'est au sein de groupe Le Monde que Rue89, qui ferait partie de l'entité rachetée par Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse selon Le Figaro, pourrait risquer de se voir dilué.

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