Mobile : Bouygues Telecom et SFR accélèrent dans les campagnes

 |   |  791  mots
En Corse, moins de de 50% des zones de montagne sont aujourd'hui couvertes, déplore Laurent Wauquiez.
En Corse, moins de de 50% des zones de montagne sont aujourd'hui couvertes, déplore Laurent Wauquiez. (Crédits : Reuters)
En mutualisant leurs réseaux dans les zones moins peuplées du territoire, les deux concurrents veulent améliorer leur couverture mobile dans les petites villes, les villages et les zones rurales. En Corse, région montagneuse où les infrastructures sont plus difficiles à déployer, l’opérateur de Martin Bouygues assure que 94% de la population pourra disposer de sa 4G d’ici à la fin de l’année, contre moins de 50% aujourd’hui.

Ce lundi à Bastia, plusieurs maires corses de l'Association nationale des élus de montagne (Anem) étaient remontés comme des coucous. Représentants des villages de l'île de Beauté souvent très mal couverts par les grands opérateurs télécoms, ils se sentent abandonnés par les pouvoirs publics et les industriels. « La fracture numérique est très profonde, peste l'un d'entre eux. Dans mon village, l'an dernier, on a tenté de mettre une parabole. Mais ça n'a pas marché... » D'après lui, le fait que seules les villes comme Bastia et Ajaccio soient bien couvertes pèse sur l'activité économique des zones rurales. « Il y a beaucoup de précarité, on est dans la survie », s'énerve un autre.

Face à eux, Laurent Wauquiez, le député de Haute-Loire (Les Républicains) et président de l'Anem acquiesce. Puis, tout heureux, il donne la parole à son nouveau « partenaire », Bouygues Telecom, qui a convenu d'améliorer sa couverture mobile en Corse via un accord de mutualisation des infrastructures avec SFR. Le très ambitieux soutien de Nicolas Sarkozy passe alors le micro à « Didier » [Casas, Ndlr], le secrétaire général de Bouygues Telecom, un vieux camarade de l'ENA.

« Un service insatisfaisant »

Le cadre de l'opérateur de Martin Bouygues se lance alors dans une opération séduction. S'estampillant chantre d'un « franc parler » et de « l'action » dont son « cher Laurent » serait friand, Didier Casas affirme que « Bouygues Telecom n'offre pas aujourd'hui un service satisfaisant en Corse ». « Nous n'avons plus de boutiques, ce n'est pas normal », renchérit-il, avant de piétiner sa « couverture 2G et 3G, bien en-deçà de celles de [ses] concurrents ».

Une autoflagellation calculée, pour mieux préparer son feu d'artifice. D'une part, « on va rouvrir des boutiques, une à Bastia et une à Ajaccio d'ici la fin de l'année », promet-il. D'autre part, « on va développer très considérablement notre couverture mobile sur votre beau territoire », cajole Didier Casas. Concrètement, Bouygues Telecom va passer de 97 antennes mobiles à 210 d'ici la fin 2016. Ce qui permettra de faire grimper la couverture 2G et 3G de 95% à 98% de la population. Surtout, la couverture 4G va passer à 94%, contre « moins de 50% » actuellement. Malgré le fait qu'« il y aura encore des zones non-couvertes », Didier Casas se félicite que « plusieurs dizaines de villages » pourront bientôt bénéficier de ses offres maisons. De quoi se mettre les élus dans la poche, qui répondent par une salve d'applaudissements.

Retard des déploiements

Pour Bouygues Telecom, cette opération est stratégique. Il s'agit de claironner haut et fort leur ambition de mieux couvrir les zones rurales pour y ravir des clients à la concurrence. Le choix de faire cette annonce en Corse, haut lieu du tourisme estival, en plein mois de juillet, n'est donc pas anodin. Reste que pour arriver à ses fins, l'opérateur de Martin Bouygues n'agit pas seul. En Corse comme dans toutes les zones moins denses du territoire français (57% de la population), le groupe travaille main dans la main avec son grand rival SFR. En 2014, les deux opérateurs ont signé un accord pour mutualiser leurs réseaux mobiles. En partageant leurs antennes et infrastructures (mais en émettant sur leurs propres fréquences), ils économisent de l'argent pour améliorer leurs couvertures respectives. Il faut dire que ces zones sont bien moins rentables que les grandes villes. Ces dernières sont toujours prioritaires aux yeux des industriels, puisque leur densité de population permet de remplir beaucoup plus rapidement le tiroir-caisse.

Mais jusqu'à présent, l'accord entre Bouygues Telecom et SFR était quelque peu sur la touche. Aujourd'hui, seules 2.300 antennes mutualisées sont effectivement « allumées », sur un objectif de plus de 12.000 sites. Pour expliquer ce retard, « il y a eu le rachat de SFR [en 2014 par Patrick Drahi, Ndlr] », souligne notamment Jean-Paul Arzel, le directeur du réseau de Bouygues Telecom. Mais d'après lui, le nouveau réseau mutualisé sera totalement opérationnel d'ici à la fin 2018. Dans le cadre de l'accord avec SFR, Bouygues Telecom a selon lui prévu de débourser « plus de 500 millions d'euros », dont « un peu plus de 10 millions » pour la Corse.

Du pain sur la planche

Pour sa part, si Laurent Wauquiez salue l'initiative corse des deux opérateurs, il ne cache pas qu'il y a encore du pain sur la planche. « La Corse est un des territoires les plus touchés par les zones blanches, regrette-t-il. Moins de 50% des zones de montagne sont aujourd'hui couvertes... » Pour améliorer les choses, « il faut que l'Etat accompagne l'investissement des opérateurs », juge-t-il, en plaidant pour que les territoires les plus riches épaulent financièrement les villages isolés. La lutte contre la fracture numérique n'a pas fini de faire jaser.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/07/2016 à 14:13 :
En Normandie de nouveau plus de réseau SFR sur le sud de l'Eure depuis hier service technique injoignable par contre la facturation jamais de retard!
a écrit le 13/07/2016 à 12:45 :
A Fère en Tardenois ( sud de l'Aisne ) le réseau SFR ne fonctionne plus depuis bientôt 3 semaines, nos portables sont devenus inutiles...nous n'avons aucune nouvelle de notre opérateur, ils savent pourtant communiquer pour nous inciter à changer de portable ou de forfait mais apparemment pas pour nous informer de la durée de l'indisponibilité du réseau.
a écrit le 13/07/2016 à 10:19 :
Etant chez Bouy***, j'avais remarqué le désert de réseau (en allant de Dignes les Bains à Nice, y aussi des zones dépeuplées sans réseau, du moins Bou***, comment composer le 112 si y a rien du tout ?). J'arrivais à capter en approchant de Corte mais rien avant 10km. La 3G est assez localisée, je testerai SFR quand j'y retournerai. On voit la difficulté quand on écoute la radio FM, en naviguant beaucoup en voiture, le signal se perd, revient. En Finlande j'ai vu des pylônes de bien 300m de haut regroupant toute sorte d'antennes.
D'un point de vue général, quand on donne un taux de couverture, c'est en population, on peut donc avoir 99% de couverture avec 80% du territoire, vu que de grandes surfaces ne sont pas habitées.
a écrit le 13/07/2016 à 1:08 :
Soissons n'est pas en rase campagne, ni en Corse, mais seulement à une heure de Paris. Et depuis une semaine, il est quasi impossible de se connecter au réseau SFR !
A force de faire le siège de la boutique SFR, comme de nombreux abonnés mécontents, j'ai fini par apprendre que ces problèmes étaient causés par la mutualisation des antennes... C'est chouette, la modernisation du réseau, on revient dix ans en arrière en terme de qualité !!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :