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Sous pression, Patrick Drahi s'explique sur l'avenir d'Altice de plus en plus fragilisé

latribune.fr

Publié le 07 août 2023 à 06:40 - Mis à jour le 07 août 2023 à 14:31

Patrick Drahi.

Patrick Drahi.

Reuters

Le Quotidien Numérique

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L'empire des télécoms de la 13e fortune de France est menacé par un scandale de corruption au sein d'Altice, mais aussi par la remontée des taux qui met à mal la stratégie de croissance par dette de l'homme d'affaires franco-israélien. A l'occasion de la publication des résultats d'Altice, Patrick Drahi devait fournir des explications sur les perspectives du groupe.

[Article publié le lundi 07 août 2023 à 08h40 et mis à jour à 16h31] Patrick Drahi, son PDG, est monté au créneau en ce début de semaine, lors de conférences en marge de la publication des résultats d'Altice International et d'Altice France, pour rassurer les créanciers, après l'arrestation mi-juillet au Portugal de son bras droit Armando Pereira, soupçonné de s'être enrichi aux dépens de l'entreprise.

« Je me sens trahi et trompé par un petit groupe d'individus », a-t-il lâché ce lundi devant des analystes.

« Quelques individus, surtout dans la branche achat, ont soigneusement dissimulé leurs actions, de moi, de leurs collègues et de l'ensemble du groupe », a affirmé Patrick Drahi. « Ces personnes ont, si ces allégations sont avérées, profité de leur position aux dépens du groupe, et donc à mes dépens personnels également », a-t-il jugé.

« Nous avons immédiatement suspendu une quinzaine de personnes au Portugal, en France et aux Etats-Unis », suite à une enquête interne, a-t-il annoncé, en promettant de faire « toute la transparence » sur cette affaire qui éclabousse l'ensemble du groupe.

«Il est très désagréable de voir le mot corruption à côté du nom de notre groupe et la plupart du temps, dans la presse, à côté de mon nom, mais notre groupe est victime, et non pas accusé», a ajouté le propriétaire de cet empire des télécoms, présent dans plus de cinq pays.

« Nous coopérons pleinement avec les autorités »

Il a aussi reconnu que « des entités d'Altice hors du Portugal ont fait des affaires avec certains des fournisseurs identifiés par les autorités portugaises ». « Nous prenons cette affaire très au sérieux », a-t-il dit, assurant agir « rapidement pour comprendre la vérité et protéger le groupe de tout préjudice au cas où les allégations seraient fondées ».

«Au Portugal, nous coopérons pleinement avec les autorités. Nous menons de vastes enquêtes internationales dans un certain nombre de pays, en collaboration avec des cabinets d'avocats spécialisés, afin de procéder à un examen indépendant», a-t-il ajouté.

Le groupe, a-t-il promis, va suspendre tout paiement auprès des entités impliquées et changer les fournisseurs concernés. « Mais cette affaire ne concerne qu'une très petite partie de nos achats globaux », moins de 5%, a-t-il fait valoir. Autre argument, le rôle d'Armando Pereira : il n'était que « responsable des approvisionnements techniques », sans être impliqué dans « les opérations d'aucune des entités d'Altice international », maison mère d'Altice Portugal, ni ne possédait d'actions.

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Lors de sa première prise de parole depuis le déclenchement de l'affaire, Patrick Drahi a toutefois assuré que ce sandale n'aurait « aucun impact » sur les finances et les prévisions de sa branche Altice International, dont les résultats étaient présentés ce lundi.

Milliardaire, Patrick Drahi a bâti à un rythme accéléré un empire des télécoms des deux côtés de l'Atlantique, grâce notamment à sa maîtrise des rouages financiers, mais aujourd'hui la machine risque de s'enrayer depuis la révélation de ce scandale de corruption au cœur de son groupe. « C'est important pour lui de prendre la parole. Jusqu'à preuve du contraire, Altice est victime de tout ça », a défendu mercredi l'un de ses fidèles, Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice France, devant les syndicats.

Si l'entrepreneur franco-israélien est admiré pour son ascension fulgurante et son sens avisé du risque, ses montages financiers effraient l'establishment français, tandis que ses méthodes de gestion sont dénoncées par les syndicats et certains actionnaires.

Parcours d'excellence

Fils de deux professeurs de mathématiques, né à Casablanca (Maroc) le 20 août 1963 et arrivé en France à l'âge de 15 ans, Patrick Drahi est passé par les plus grandes écoles de la République, enchaînant Maths sup, Maths spé et Polytechnique. Après son diplôme, il commence sa carrière au sein de Philips, puis est embauché par UPC, filiale européenne de Liberty Global, le groupe de John Malone, le roi du câble américain qu'il prend pour modèle.

Mettant à profit ses talents d'ingénieur et de financier, il se met à son compte en rachetant un à un de petits câblo-opérateurs régionaux en mauvaise posture. En France, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable. Mais c'est l'acquisition de SFR, une cible huit fois plus grosse (13,4 milliards d'euros), qui le propulse sur le devant de la scène en mars 2014, après une bagarre homérique contre Bouygues. Après avoir avalé Portugal Telecom (7,4 milliards d'euros), il continue son expansion l'année suivante aux États-Unis en s'offrant Suddenlink, le septième câblo-opérateur américain (9 milliards de dollars) puis Cablevision (17,7 milliards de dollars).

Portefeuille audiovisuel

En France, il a étoffé son portefeuille audiovisuel en reprenant notamment RMC et BFMTV, ce qui lui a permis de renforcer son poids dans le paysage médiatique. Discret, Patrick Drahi a su profiter de la confiance des marchés, qui lui prêtent de l'argent à tour de bras et à des taux d'intérêt historiquement bas. En 2016, il déclare crânement devant une commission sénatoriale: « Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards (d'euros) de dette qu'avec les premiers 50.000 francs que j'ai contractés quand j'ai créé mon entreprise ».

Un vaste programme de ventes d'actifs

L'un de ses derniers paris, à plus de 3 milliards d'euros, annoncé en septembre 2020, consistait à retirer son groupe Altice Europe de la Bourse d'Amsterdam, où il était sous-évalué à ses yeux, pour se libérer de la contrainte des marchés. Mais la remontée des taux pose désormais problème à Altice, dont la dette est classée par les agences de notation dans la catégorie « hautement spéculative ». A rebours de sa stratégie de croissance, le groupe s'est lancé dans un vaste programme de ventes d'actifs, cédant par exemple partiellement les pylônes de ses réseaux de téléphonie mobile en France et au Portugal.

Parallèlement, son dirigeant s'est invité à titre personnel au capital de BT, l'opérateur britannique historique, et s'est même offert, à la surprise générale, la prestigieuse maison de vente aux enchères Sotheby's en juin 2019 pour 3,7 milliards d'euros.

À lire également

  • Sous le coup d'une enquête pour corruption au Portugal, Altice suspend une dirigeante en France
  • Télécoms : Patrick Drahi (Altice) augmente sa participation dans BT à près de 25%
  • Convergence télécoms-médias : le mea culpa très cash de Patrick Drahi

Sur le plan managérial, sa gestion à coup de suppressions d'emplois et de coupes drastiques dans les budgets lui a valu de farouches adversaires parmi les syndicats. Son statut de résident fiscal en Suisse, où il habite avec sa famille depuis ses 35 ans, est aussi pointé du doigt par ses détracteurs, même si ses actifs français sont toujours enregistrés en France. Treizième fortune française selon le classement 2023 du magazine Challenges, deux places derrière son concurrent Xavier Niel, ses actifs sont valorisés à 10,7 milliards d'euros.

(avec AFP)

latribune.fr

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