Deliveroo, UberEats, Glovo... En grève, les coursiers dénoncent leur statut précaire

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Les coursiers se voient imposer le statut d'auto-entrepreneurs par les plateformes. Ils ne peuvent donc pas prétendre à un salaire minimum, à des congés payés et moins encore à des arrêts maladie.
Les coursiers se voient imposer le statut d'auto-entrepreneurs par les plateformes. Ils ne peuvent donc pas prétendre à un salaire minimum, à des congés payés et moins encore à des arrêts maladie. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Tarification minimale horaire, bonus de pénibilité, activité garantie... Ce sont les revendications des coursiers à vélo de plateformes de livraison de repas, comme Deliveroo ou UberEats. En grève depuis dimanche, ils appellent les clients à ne pas commander durant toute la semaine, jusqu'à la fin de la Coupe du monde.

Les coursiers à vélo dénoncent la précarisation de leur statut. En grève depuis dimanche soir, ils appellent les clients à ne pas commander jusqu'au 15 juillet - soit jusqu'à la finale de la Coupe du monde.

"Si nous sacrifions l'une des semaines les plus rentables de l'année (celle des derniers matchs de la Coupe du monde), c'est parce qu'il est devenu urgent de nous unir entre livreurs, afin de dépasser l'extrême individualisation qu'imposent nos conditions de travail", indique dans un communiqué de presse relayé sur Twitter Clap, collectif des livreurs autonomes parisiens.

A l'initiative de ce mouvement, des livreurs de plusieurs plateformes de livraisons de repas : UberEats, Deliveroo, Stuart, Glovo et Foodora. Le collectif réclame une "tarification minimum horaire garantie" par leur contrat, "la prise en compte de la pénibilité de travail via différents bonus (pluie, week-end, nuit...)", ainsi que des "plages de travail et une activité" garanties. Et de regretter :

"Depuis plusieurs mois, nous avons vu nos rémunérations diminuer et les distances de livraison augmenter". "L'attribution de commandes" ou de "places sur le planning s'avèrent de plus en plus incertaine" du fait du recrutement de nouveaux livreurs.

L'été dernier, une protestation avait été organisée par les coursiers Deliveroo contre les nouvelles modalités de tarification. L'entreprise anglaise a imposé la généralisation du paiement à la course (5 euros en régions, 5,75 euros à Paris), contre auparavant 7,50 euros de l'heure et un bonus allant de 2 à 4 euros.

Accusations de salariat déguisé

Les coursiers se voient imposer le statut d'auto-entrepreneurs par les plateformes. Ils ne peuvent donc pas prétendre à un salaire minimum, à des congés payés et moins encore à des arrêts maladie. En mars dernier, Deliveroo avait néanmoins surpris ses coursiers en leur offrant la possibilité de souscrire gratuitement à une assurance auprès d'Axa pour les couvrir en cas de dommage sur un tiers.

Ces entreprises de l'économie dite "collaborative", comme Uber ou Glovo, sont accusées de créer une nouvelle forme de précarité. Celles-ci répliquent en martelant que leur modèle vise à assurer un "complément de revenu" à ses livreurs, et non un "salaire".

Si les plateformes imposent le statut d'auto-entrepreneur, certaines d'entres elles exigent en retour des conditions de travail strictes et impératives : port obligatoire d'une tenue à l'image de l'entreprise, posséder son propre vélo, interdiction de travailler pour une plateforme concurrente sur le même créneau horaire... Autant de conditions imposées qui donnent corps aux accusations de salariat déguisé.

| Lire aussi : Le guide de Deliveroo pour déjouer les accusations de salariat déguisé

Un projet de loi permettant d'éviter la requalification en salariat?

Les coursiers en grève s'opposent également à "l'amendement Taché", inséré par la majorité LREM dans le projet de loi sur l'avenir professionnel.

Examiné le 10 juillet par le Sénat, l'amendement introduit la possibilité pour les plateformes d'établir une "charte sociale". Celle-ci devrait définir "ses droits et obligations ainsi que celles des travailleurs avec lesquels elle est en relation". Problème : si le texte incite les plateformes à s'engager pour la protection sociale de leurs travailleurs, il évite soigneusement de permettre une requalification en salariat.

En effet, le projet de loi précise qu'une telle charte ne peut "caractériser l'existence d'un lien de subordination juridique entre la plateforme et le travailleur". En parallèle, la charte devra notamment garantir "le caractère non-exclusif de la relation entre le travailleur et la plateforme", assurer aux travailleurs "une rémunération décente", contenir des "mesures de prévention des risques professionnels" et des "garanties applicables en cas de rupture de relations contractuelles entre la plateforme et le travailleur". La startup britannique Deliveroo a accueilli "favorablement" un amendement qui met "fin à l'arbitrage entre flexibilité et sécurité".

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Commentaires
a écrit le 09/07/2018 à 16:49 :
S'ils savent faire autre chose, qu'ils n'hésitent pas.
a écrit le 09/07/2018 à 15:52 :
"Les coursiers en grève s'opposent également à "l'amendement Taché", inséré par la majorité LREM,il évite soigneusement de permettre une requalification en salariat".

Tu m'étonnes, les CSP+ d'LREM pour le salariat ,ah,ah ,eux qui veulent accentuer la précarisation dans tous les corps de métier pour atteindre enfin ce nouveau monde .
a écrit le 09/07/2018 à 15:36 :
Travail précaire et dangereux, tout l'inverse du progrès social...sans doute en attendant les robots livreurs autonomes.
a écrit le 09/07/2018 à 13:32 :
Quand une profession n'est pas frappée par la concurrence déloyale du dumping social du travail détaché européen c'est que les conditions n'y sont vraiment pas bonnes hein...
a écrit le 09/07/2018 à 13:31 :
Notez qu'il n'y a qu'en France qu'on invente le 'delit' de salariat déguisé qui veut qu'un indépendant qui est tres bien ainsi ne peut travailler pour un seul employeur, du coup on fait semblant de changer, on invente tous les artifices pour continuer.
a écrit le 09/07/2018 à 13:19 :
Ok j arrete de commander retournez au chomage
Réponse de le 09/07/2018 à 13:48 :
Quelle profondeur d'esprit... ces gamins n'ont accès à aucune couverture sociale et oui ayez un minimum de sens de l'autre soit en arrêtant de commander via ces soit-disant site participatif ou demandez qu'ils aient a minima vos droits... pas plus... il est toujours important de se renseigner avant d'émettre de tels avis
Réponse de le 09/07/2018 à 23:44 :
Oh pitié maître du monde, faites nous l’offrande de vous livrer votre repas.
Continuez à mettre des chaussures fabriqués par des enfants, à porter de l’or extrait par des pauvres gens et à vous faire livrer des sushi bio par des pauvres types qui ne demandent qu’à vivre à peu près décemment de leur travail.
Continuez à tout tirer vers le bas, nous nous chargerons de penser un peu plus vers le haut.
Réponse de le 10/07/2018 à 1:52 :
C’est très arrogant et condescendant vos propos !
Vous n’avez pas un ascendant négrier dans votre famille.
Ah un nostalgique de l’esclavage, surfant sur le capitalisme débridé.

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