Alors qu'elles ont dû s'adapter très rapidement au télétravail et équiper leurs salariés, 25% des entreprises en France ont subi une attaque au rançongiciel en 2020, selon le Cesin (Club des Experts de la Sécurité de l'Information et du Numérique). Interrogé par La Tribune, Vincent Balouet, spécialiste de l'anticipation des crises et fondateur du cabinet maitrisedescrises.com, identifie un risque accru de cyberattaques à l'avenir. Il alerte aussi sur la menace d'une nouvelle vague du virus et la difficulté pour les managers de gérer des équipes partagées entre distantiel et présentiel.LA TRIBUNE - Quels risques pèsent actuellement sur les entreprises en cette période de reprise de l'économie ?
VINCENT BALOUET - C'est la vie d'entreprise d'avoir des risques. Le premier risque à très court terme est la croisée des chemins entre la trajectoire de relâchement choisie en mai par les pouvoirs publics et la trajectoire du variant Delta. Le Royaume-Uni fait face depuis courant juin a une explosion exponentielle du variant, y compris sur les primo-vaccinés. Dans l'épidémie, la France a généralement sept semaines de retard sur l'Angleterre, ce qui pourrait conduire à une quatrième vague courant août.
Le deuxième sujet concerne le management rotatif, entre distanciel et présenciel. Enfin, il y a un vrai risque de cybersécurité. Avec la généralisation du télétravail, le parc informatique des entreprises a manifestement migré d'un poste fixe dominant à une poste portable dominant. Dans le monde d'avant la crise, les équipes informatiques s'occupaient de rallumer de temps en temps les postes de travail fixes pour assurer la maintenance informatique et les contrôles de sécurité. Mais dans le monde d'après, quand les salariés partent en vacances, les postes de travail ne sont plus mis à jour.
Avec une organisation du travail hybride, faut-il s'attendre à une hausse des risques psychosociaux ?
Quand toutes les entreprises sont passées en télétravail, personne ne s'est préoccupé des risques psychosociaux. Il s'agissait de « brancher » les collaborateurs et trouver une zone de confort à peu près acceptable. Mais lorsque l'été est arrivé, il est apparu que certains salariés n'allaient pas bien, pour plusieurs raisons, comme le fait de télétravailler dans de petits logements ou de devoir garder les enfants en même temps. En octobre, la situation s'est alors inversée : les collaborateurs qui avaient un rapport au travail compliqué sont revenus au bureau pour avoir du calme, et les autres sont restés à la maison pour travailler. Par exemple, certains grands sièges à la Défense ne sont restés ouverts que pour prévenir les risques psychosociaux. Cette situation a été très difficile à anticiper.
Propos recueillis par Margaux Fodéré