À la différence de la Chine et de la Russie, le Vieux Continent, grand consommateur des services des GAFA, dépend de plus en plus des câbles sous-marins transatlantiques américains pour le bon fonctionnement de son écosystème numérique. Cette situation a beau inquiéter les pouvoirs publics, à Paris comme à Bruxelles, ils se sont montrés incapables d'y répondre jusqu'à présent.Les câbles sous-marins sont « extrêmement stratégiques ». Voici ce qu'on a coutume d'entendre à propos de ces autoroutes de fibre optique qui reposent au fond des mers, et par où transite la quasi-totalité du trafic Internet intercontinental. Cette généralité, Jean-Luc Vuillemin la balaye d'un revers de main. « On lit partout qu'on ne pourrait pas fonctionner sans les câbles sous-marins, ce qui est faux », a lancé le directeur des réseaux internationaux d'Orange la semaine dernière, lors d'un débat à l'Institut supérieur d'électronique de Paris (ISEP).
D'après lui, plusieurs États peuvent tout à fait s'en passer, et sont ainsi à l'abri de la menace d'une coupure de câble qui viendrait interrompre les flux numériques internationaux. La Chine, par exemple, pourrait parfaitement fonctionner sans cette infrastructure. « Si l'on coupait tous les câbles sous-marins qui relient la Chine au reste du monde, cela n'aurait aucun impact pour l'écrasante majorité de sa population », affirme Jean-Luc Vuillemin. Si l'Empire du milieu peut fonctionner de manière totalement autonome, c'est parce que Pékin développe depuis longtemps « une politique d'appropriation du numérique », poursuit-il. « Ils ont leurs propres data centers, détaille le dirigeant. Leurs applications et leurs données sont stockées chez eux. Résultat : ils ne dépendent pas du reste du monde pour leur économie numérique. »
Le risque d'une « interruption de nation »
On ne peut pas en dire autant de l'Europe. Pour le Vieux Continent, les câbles sous-marins sont devenus vitaux. La raison est simple : « 80% du trafic Internet global généré par l'Europe est in fine à destination des États-Unis », constate Jean-Luc Vuillemin. « L'Afrique est dans la même situation », enchaîne-t-il. À la différence de la Chine, l'Europe s'est massivement convertie aux services des géants américains du Net. Mais surtout, les données des Européens sont largement stockées dans des data centers au pays de l'Oncle Sam. Autrement dit : sans câbles sous-marins, il est impossible d'y accéder. Si les puissantes liaisons transatlantiques devaient être interrompues, une grande partie de l'écosystème numérique français et européen serait plongé dans le noir. Ce qui serait un désastre pour l'économie.