Être opportuniste sans être inopportun

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" Être opportuniste est un acte volontaire qui ne tient pas à la chance, cela demande une bonne dose d'observation, d'anticipation et de réactivité."
" Être opportuniste est un acte volontaire qui ne tient pas à la chance, cela demande une bonne dose d'observation, d'anticipation et de réactivité." (Crédits : Reuters)
Le cadre professionnel nous pousse à être opportuniste mais l’être est généralement montré du doigt. Conseils pour faire en sorte que cette démarche soit bien perçue.

Pourquoi ce qui est opportun, ce qui « pousse vers le port » (l'épithète, qui appartient à la langue nautique, parle du vent) comme nous l'enseigne sa racine latine « opportunus », est-il bienvenu alors qu'être opportuniste est mal vu ? Parce que le vent frise l'incorrection dans ses brusques changements de direction ?

L'opportunisme que l'on reproche à l'opportuniste, est un terme qui est apparu en 1874, sous la plume de Verlaine ; il est aussi un courant politique du début de la IIIe République qui regroupait notamment Jules Ferry, Léon Gambetta et Jules Grévy. Depuis il s'en est retourné des vestes.

Faire d'une mauvaise réputation, une qualité

On peut quand même s'étonner de cette mauvaise réputation, d'autant plus que, comme le pointe Thierry Grimaux, associé chez Valtus« l'opportunisme, qui relève de l'adaptabilité aux circonstances, est une des caractéristiques principales des espèces qui ont survécu ». Et l'étonnement se prolonge quand on pense aux injonctions à « saisir les opportunités » qui jalonnent un parcours professionnel : la recherche d'emploi, les attentes des entreprises poussent à être opportuniste. Clément Toulemonde, directeur associé chez Interactifs.

« En général, quand on dit de quelqu'un qu'il est opportuniste, c'est un hommage à son intelligence mais pas un éloge de son niveau d'éthique et c'est toute la somme des comportements inopportuns, sans discernement, égoïstes, qui connote péjorativement le fait d'être opportuniste »

Dans le business, la déloyauté tue, étant donné que l'opportuniste peut être tenté de flirter avec, posons quelques repères pour faire d'un travers une qualité.

Comme le pointe Thierry Grimaux.

 « Être opportuniste est un acte volontaire qui ne tient pas à la chance, cela demande une bonne dose d'observation, d'anticipation et de réactivité. De plus, les gens prêts à sortir du bois ne sont pas si nombreux en entreprise mais en s'y risquant, ils prennent l'avantage sur les méritants, c'est-à-dire  ceux qui attendent la bonne note, comme en CM2 ».

Voir l'opportunité, avoir l'audace de la saisir et confiance en ses capacités

L'injonction à être opportuniste qui sous-tend la vie professionnelle pose trois questions : a-t-on la capacité à voir l'opportunité ?, lorsqu'on l'a vue, a-t-on l'audace de la saisir ?, a-t-on confiance en sa capacité à réussir et dans la façon dont cet opportunisme sera perçu ?

« Derrière la capacité à voir l'opportunité, il y a un élément très lié au savoir technique, au métier, ainsi qu'à sa vision du monde, sa capacité à regarder un relief et à le transformer en stratégie », explique Clément Toulemonde.

Les commerciaux sont assez souvent formés à repérer le point d'accroche, la « prise », mais cela doit valoir dans des situations de management, pour vendre « l'envie de » à un collaborateur par exemple.

L'audace demande du courage et de l'écoute.  La façon dont elle se met en œuvre compte pour beaucoup : oser n'est pas brusquer. Est-elle respectueuse, transparente, digne de confiance ? C'est à ces conditions qu'elle sera bien perçue. S'agissant de confiance, nous parlons de la confiance en soi qu'il faut avoir sur des sujets assez techniques et de celle qu'on est capable d'inspirer à son interlocuteur.

« La transparence et la simplicité font bien percevoir la démarche »

Par exemple, un client connaît une crise qui peut entamer sa réputation ou sa solidité financière. Comment réagir pour exprimer son intérêt, sa volonté d'aider et son sentiment d'en avoir la capacité sans être vu comme exploitant la misère de l'autre ?

« Le fait d'être explicite sur le fait d'être opportuniste permet de désamorcer le soupçon : on désamorce par la transparence : « Je vais vous paraître opportuniste mais... ». La transparence et la simplicité font bien percevoir la démarche », estime Clément Toulemonde.

Ainsi, il est inutile de tourner cent-sept ans autour du pot - cela crée de la suspicion - et utile de se rappeler que le seul moyen de savoir ce que l'autre pense de ce que l'on fait et de la manière dont on le fait est de le lui demander. La finesse est de mise : on parle d'être direct et non brutal, poli et non servile, prudent et non manipulateur, franc, pas cassant.

« On choisit celui à qui le décideur aura pensé au moment où il doit choisir »

Une attitude adaptée ne suffit pas, la question du moment se pose également.

« Mener une carrière ne revient pas à être distingué grâce aux notes comme à l'école, il faut être choisi par quelqu'un qui vous fait progresser, c'est-à-dire par un supérieur hiérarchiquerappelle Thierry Grimaux, et on choisit celui à qui le décideur aura pensé au moment où il doit choisir. »

L'élu est le plus pertinent, pas forcément le plus compétent ou le plus sympathique. Il a su s'avancer au bon moment c'est-à-dire quand les décisions importantes se prennent, comme les successions, les promotions, l'attribution d'un contrat, ou quand un supérieur avait besoin d'un coup de main.

« L'opportuniste se demande qui peut avoir besoin de lui et à quel moment il aura l'occasion de montrer qu'il peut être utile ; être capable d'être opportuniste est une vraie qualité pour l'entreprise », poursuit-il.

Toutefois, dans un monde qui s'accélère, il est de plus en plus difficile d'anticiper les courants montants et porteurs, et le contexte global n'encourage pas non plus les gens à s'exposer. S'il n'est pas certain qu'être opportuniste s'apprenne, on peut néanmoins libérer les qualités qui favorisent l'audace, en s'allégeant par exemple de quelques interdits de son éducation. On peut aussi contribuer à la réhabilitation de cette attitude en montrant qu'opportunisme et empathie peuvent faire la paire.

Enfin, comme le souligne Clément Toulemonde.

« Pour que quelqu'un se sente légitime et capable, pour qu'il ose être opportuniste, il faut le munir, quel que soit son profil, de la compétence métier requise qui lui donne la capacité à être audacieux de manière estimable. Dans tous les cas, ne pas oser ou oser mal crée de la souffrance ».

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Commentaires
a écrit le 11/06/2016 à 16:13 :
Quelqu'un m'a dit... Hum...
"Tout le monde est opportuniste mais chacun ne le sait être avec opportunité... "
C'est un peu le fond de cet article.

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