La Tribune

Banques centrales : le piège du provisoire qui dure

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Sophie Rolland  |   -  788  mots
Pour la Réserve fédérale américaine comme pour la Banque centrale européenne, le retrait des mesures exceptionnelles mises en place à la faveur de la crise est prématuré. De quoi rassurer les marchés mais aussi soulever quelques interrogations sur les effets pervers d'un maintien sous perfusion prolongé des marchés.

Que les opérateurs de marché se rassurent. La Réserve fédérale américaine comme la Banque centrale européenne ne sont pas prêt de les priver de leur précieux soutien. Pour les deux instituts monétaires, il est urgent d'attendre. C'est ce qui ressort du compte rendu de la dernière réunion de la Fed publié mardi et des propos tenus par le président de la BCE, Mario Draghi ce mercredi.
L'ECONOMIE DE LA ZONE EURO TOUJOURS FRAGILE
« Les risques baissiers sur les perspectives économiques prédominent », a déclaré Mario Draghi, lors de la conférence de presse suivant la décision du conseil des gouverneurs sur les taux d'intérêt. Comme prévu, la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés, le principal taux, le « refi », restant fixé à 1%. De fait, les derniers indicateurs économiques témoignent d'une croissance toujours faible. De plus, les derniers soubresauts des coûts d'emprunt de l'Espagne font toujours craindre une résurgence de la crise de la dette souveraine.
TURBULENCES SUR LA DETTE ESPAGNOLE
Ce mercredi, le Trésor espagnol a placé 2,6 milliards d'euros d'obligations auprès des investisseurs de marché alors qu'au départ, elle envisageait d'en émettre jusqu'à 3,5 milliards. Il lui a fallu rémunérer les investisseurs plus grassement que lors de ses précédentes adjudications qui, il est vrai, avaient profité à plein de la première opération de refinancement à trois ans (LTRO) de la BCE en décembre.
LA FED N'ENVISAGE PLUS DE NOUVELLES MESURES DE SOUTIEN
Outre-Atlantique, la publication des « minutes » de la dernière réunion de la Réserve fédérale a douché les espoirs d'un assouplissement supplémentaire de la politique monétaire, alors que récemment, un discours de Ben Bernanke sur le marché du travail avait laissé entrevoir un nouveau geste rapide de la banque centrale. La réaction du marché actions a été particulièrement violente. Mardi soir, en quelques minutes, l'indice Dow Jones a perdu près de 100 points.
UN RETOUR A LA NORMALE DELICAT
Un avertissement ? Peut-être. Alors que la Fed comme la BCE soutiennent toujours massivement les marchés, une telle réaction donne en tout cas la mesure de ce que pourrait entraîner un début de normalisation de la politique monétaire. En d'autres temps, les banques centrales ont été accusées d'être des « pompiers pyromanes ». Aujourd'hui, le maintien sous perfusion du système financier pose la question du degré d'accoutumance de ce dernier, « avec inévitablement des interrogations sur les effets secondaires associés à ces politiques ultra-accommodantes, surtout si elles s'installent dans la durée », constate dans une note l'économiste du Crédit Agricole, Isabelle Job. De fait, les banques centrales, Fed en tête, ont plutôt fait preuve dans le passé de « comportements asymétriques avec un fort activisme pour nettoyer les dégâts post-éclatement de bulle et une prudence excessive en phase de normalisation », poursuit-elle.
EFFETS SECONDAIRES INDESIRABLES
Plusieurs économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) se sont intéressés aux effets secondaires indésirables du maintien prolongé des mesures de crise. Le premier risque lié à la surabondance de liquidités est de reporter indéfiniment la purge nécessaire des bilans, qu'ils soient privés ou publics. Car si la profusion de liquidité doit en théorie permettre aux banques de diminuer leur levier d'endettement de façon ordonnée, sans trop endommager la croissance, elle peut également réduire l'incitation à poursuivre le douloureux processus d'assainissement. Ainsi, des taux trop bas, en réduisant le coût du portage des créances non performantes peuvent retarder le processus indispensable de révélation des pertes. De quoi entretenir les doutes sur la robustesse du système bancaire, au lieu de restaurer la confiance dans ce dernier...
De plus, l'abondance de liquidité bon marché dans un contexte de faible rémunération des actifs sans risque, encourage les opérations de portage, rappellent les économistes de la BRI. Une partie de la liquidité offerte lors des deux opérations de refinancement à trois ans de la BCE a ainsi été recyclée sous la forme d'achats de titres de dette publique plus rémunérateurs, en particulier en Espagne ou en Italie.
Enfin, pour le secteur public, des taux trop bas en entraînant une réduction des charges d'intérêts, peuvent donner l'illusion que les déficits publics sont tolérables. « Aux États-Unis, l'aisance avec laquelle la dette publique est refinancée à des taux exceptionnellement bas a, sans doute, atténué l'urgence de l'assainissement budgétaire, alors que le déficit atteint toujours des niveaux insoutenables », remarque Isabelle Job.
 

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Commentaires

QUICK  a écrit le 05/04/2012 à 12:13 :

Faut bien trouver pas cher de l'argent pour mettre aux pots de FS et MES et?mais encore passer par les banques trop nombreuses surtout en période de vache maigre c'est le problème. Des fusions apporteraient une meilleure sécurité à un moindre coût pour les clients. Pourquoi alors soutenir les bras cassés dans ce secteur financier?

KCM67  a écrit le 05/04/2012 à 9:32 :

Dernière ligne droite avant la décimation des banques cet été. Plus d'argent, moins de banques. CQFD.

LTRO  a écrit le 04/04/2012 à 23:03 :

Il me semble que le but "a moitie cache" des refinancements a 3 trois ans (LTRO) etait justement que les banques reinvestissent dans de la dette des etats en difficulte. La BCE ne pouvant pas acheter directement la dette des etats, il s'agit d'un moyen detourne pour apaiser les marches. Manifestement vu le peu de succes de l'emission espagnole, il me semble que ce repis aura ete de courte duree...

Patrickb  a écrit le 04/04/2012 à 22:12 :

Ben, ils sont tous tellement habitués à faire les beaux avec l'argent du contribuable que quand on leur coupe les subventions, ils ne savent plus rien faire :-) Comme quoi, les soit-disants capitalistes sont en fait des assistés permanents :-)

NN  a répondu le 05/04/2012 à 8:11:

+1

Licence to live  a répondu le 05/04/2012 à 11:17:

On appelle ça du capitalisme socialiste (ou comment ne pas s'appliquer à soi-même les règles du jeu du libéralisme le plus débridé)

candide  a répondu le 05/04/2012 à 13:39:

@Patrickb : fort bien dit ! +1 aussi