Variation des cours du caoutchouc : vice et vertus pour les pneumaticiens

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Pirelli a vu sa première séance de cotation terminer en baisse malgré un marché bien orienté.
Pirelli a vu sa première séance de cotation terminer en baisse malgré un marché bien orienté. (Crédits : © Max Rossi / Reuters)
Le cours du caoutchouc naturel est sorti d'une période très agitée où les spéculateurs ont artificiellement fait monter les cours alors même que les stocks étaient suffisants pour pallier la baisse de la production thaïlandaise. Si les pneumaticiens sont désormais capables de juguler largement ces variations de change, ils ne sont pas tous logés à la même enseigne.

C'est un véritable soulagement pour les pneumaticiens, les cours du caoutchouc en auraient enfin fini avec les montagnes russes. Depuis février, le cours du caoutchouc naturel subit une correction assez sévère et continue de son cours. Il est passé d'un pic à 123 dollars à Singapour à moins de 80 dollars aujourd'hui le kilo. Soit une baisse de 35% en un semestre... À Tokyo, le cours a également chuté entre février et juin, mais il est stable depuis autour de 200 yens le kilo, contre 380 yens en début d'année. Le mois de février a constitué un pic après un an de hausse continue. Le kilo de caoutchouc s'échangeait autour de 72 dollars début 2016 à Singapour.

Spéculations injustifiées après les inondations thaïlandaises

Cette envolée était consécutive aux graves intempéries qui avaient inondé les cultures d'hévéas en Thaïlande, premier producteur mondial (40% du total) de caoutchouc naturel dans le monde. Pendant plusieurs semaines, les hévéas thaïlandais étaient inexploitables.

À Tokyo, les autorités boursières ont obligé les investisseurs à indiquer leurs positions afin de juguler des mouvements trop brutaux qui laissaient surtout croire à des actions spéculatives. Cette mesure a immédiatement conduit les investisseurs à retirer leurs billes, faisant plonger le cours du caoutchouc naturel. Car en réalité, les exploitants de caoutchouc naturels avaient continué à approvisionner le marché en puisant dans leurs stocks. Les excédents cumulés par une offre abondante depuis deux ans avaient effectivement permis de compenser la baisse de la production. Pour autant, les investisseurs ne parient pas encore sur un cours à 55 dollars comme en 2015 estimant que la demande devrait rester solide.

Les pneumaticiens soulagés

Pour les pneumaticiens, c'est un soulagement même si en réalité, ils sont diversement touchés par l'impact des cours. Selon Xavier de Buhren, gérant actions françaises chez Mirabaud Asset Management, "l'enjeu est leur capacité à répercuter la hausse des cours sur leurs prix sachant qu'ils ne révisent généralement leurs prix que deux fois par an".

D'un côté, leurs approvisionnements sont verrouillés par des contrats à termes qui peuvent tout à la fois être vertueux si les cours s'envolent, comme vicieux en les privant d'une baisse des cours.

« Pour se protéger contre les problèmes d'approvisionnement et de variations de cours, les pneumaticiens tentent de se couvrir en mettant la main sur de grandes plantations d'hévéas. » Ainsi, Michelin vient de finaliser le rachat de SIPH, une société qui exploite près de 40.000 hectares d'hévéas en Afrique de l'Ouest. En 2015, il avait déjà noué un partenariat avec Barito Pacific Group pour exploiter 88.000 hectares d'hévéas en Indonésie.

Dichotomie entre marques premium et low cost

L'autre façon de réduire leur exposition au cours du caoutchouc naturel est de diversifier leur ressource. Il est ainsi possible d'ajouter un produit synthétique, mais cette solution n'est pas satisfaisante. " Les matériaux synthétiques dérivés du pétrole n'ont ni la tenue ni la rigidité du caoutchouc naturel, et on n'a rien trouvé pour s'y substituer", explique Xavier de Buhren. Ce sont en réalité les marques d'entrées de gamme qui vont ajouter du caoutchouc synthétique pour limiter l'impact du caoutchouc naturel. "Pour les pneumaticiens premium, mieux diversifiés, l'achat de caoutchouc représente 25% de leur chiffre d'affaires quand il représente 50% pour les fabricants bas de gamme", rappelle Xavier de Buhren.

Autrement dit, les grandes marques premium comme Michelin, Pirelli ou Bridgestone sont plutôt bien protégées. Leur secret est donc de sécuriser leurs approvisionnements et d'investir en R&D pour limiter la part de la matière première.

L'autre levier est de se positionner sur les nouvelles tendances de marché comme "les pneus hauts et larges, supérieurs à notamment plus de 17 pouces, qui sont très rémunérateurs et dont la demande est en croissance forte avec le développement des SUV », relève Xavier de Buhren.

Le retour mal avisé de Pirelli en Bourse

Dès lors, les prises de position des investisseurs sont très variées. Ainsi, Pirelli a estimé que la fin des tensions sur les cours du caoutchouc offrait une excellente fenêtre de tir pour une introduction en Bourse après son retrait en 2015 suite à sa prise de contrôle par ChemChina. C'est chose faite depuis mercredi 4 octobre. Le pneumaticien italien est revenu à la Bourse de Milan. Mais il semblerait que les perspectives étaient trop optimistes. Quelques jours avant le premier jour de cotation, Pirelli avait revu à la baisse la fourchette du prix d'introduction passant de 6,3 à 8,3 envisagés dans un premier temps, à un maximum de 6,7 euros. Au terme de sa première journée de cotation, l'action a terminé en baisse de 1,92% à 6,375 euros. "L'action est toujours trop valorisée", a estimé un trader cité par Reuters.

Autre exemple, Michelin n'a vu son cours en Bourse augmenter de seulement 16% depuis le début de l'année malgré la chute des cours de la matière première. Pour Xavier de Buhren, il n'y a rien d'étonnant: "Le titre est de moins en moins corrélé au cours du caoutchouc. Les investisseurs apprécient la capacité de Michelin à se couvrir contre les variations de cours et valorisent mieux la haute technologie ajoutée à leurs pneus". Michelin a parfaitement illustré son "pricing power" en décidant d'augmenter ses prix au premier semestre. Résultat, son résultat net (+12%) a augmenté plus vite que son chiffre d'affaires (+4,1%).

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Commentaires
a écrit le 06/10/2017 à 9:58 :
"Spéculations injustifiées"

Une spéculation n'est elle pas injustifiée par définition ?

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