Nucléaire : halte aux décisions en catimini

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Par Nicolas Imbert, directeur de Green Cross France et Territoires.

La semaine dernière, nous apprenions la commande par EDF de 44 générateurs de vapeur. Le renouvellement de cet équipement de haute technologie est tout sauf anodin. Il constitue la première étape de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires pour les trente prochaines années, et engage l'opérateur sur plus de 1 milliard d'euros. Cette semaine, nous apprenons que l'enquête publique relative à la centrale de Penly est reportée à début 2012.

Ces événements nous incitent à la plus grande vigilance. De très nombreux acteurs (associations, élus, entreprises, ONG) se sont inscrits en faveur d'un grand débat sur la stratégie énergétique, intégrant la question du renouvellement du parc nucléaire. La perspective de ce débat rencontre une forte mobilisation citoyenne. Il s'agit de choisir, en toute transparence, la meilleure stratégie pour le pays.

Celui-ci reste marqué par une approche technicienne, ainsi qu'une compréhension très récente, quasi adolescente, du partage des rôles entre la puissance organisatrice, l'autorité de sûreté et les exploitants. Pourtant, dans un contexte post-Fukushima, le débat sur notre stratégie énergétique nécessite une forte maturité de chacun des acteurs, pour décrire au consommateur citoyen les choix possibles, leurs avantages et inconvénients, et lui permettre de se forger en toute indépendance une opinion. Avant de la mettre en oeuvre, par ses choix électoraux, ou de consommateur.

Nous avons la désagréable impression que les annonces récentes, en particulier le renouvellement des générateurs de vapeur, laissent supposer une possible volonté de passer outre le débat public en préemptant le renouvellement et la mise à niveau des installations nucléaires pour les vingt à trente prochaines années. Le débat démocratique sur notre stratégie énergétique est nécessaire, et urgent.

Nous ne pouvons accepter qu'un investissement de renouvellement des générateurs de vapeur, qui représente 1,1 milliard d'euros et constitue un maillon essentiel d'une mise à niveau du parc nucléaire pour les vingt à trente prochaines années, puisse être considéré comme une décision strictement technique et effectué en catimini, de manière déconnectée du débat public sur la stratégie énergétique.

De manière similaire, de nombreux équipements, qu'il s'agisse du pilotage ou du fonctionnement des centrales nucléaires comme des réseaux, vont arriver à obsolescence fin 2011 ou courant 2012. Nous pensons qu'il convient de regarder globalement ces différents renouvellements, qui suggèrent des hypothèses de dimensionnement structurantes pour notre stratégie énergétique, et d'en faire un élément essentiel du débat.

Alors que la catastrophe de Fukushima a montré à la fois la nécessité d'améliorer rapidement la robustesse des installations nucléaires, notamment face à différents aléas combinés, et celle de séparer les rôles d'autorité de sûreté et d'exploitation, nous ne pouvons qu'exprimer notre étonnement quant à la décision de renouvellement des générateurs de vapeur sans consultation publique préalable. Des investissements comme celui-ci, réputés techniques, qu'il s'agisse de l'exploitation des centrales ou des réseaux, risquent de préempter lourdement le débat public, et d'obérer d'autant la capacité de notre pays à enfin décider collectivement et prendre en main sa stratégie énergétique.

Il est désormais nécessaire, et opportun en cette période préélectorale, de réunir l'ensemble des acteurs économiques, publics et de la société civile pour un débat sur la stratégie énergétique, déjà prévu par le Grenelle mais toujours reporté depuis, d'en définir les modalités et de s'assurer qu'en l'attente aucune décision, publique ou privée, ne vide le débat de sa substance ou n'en limite la portée. Plus que jamais, le temps est à la vigilance. Il faut pouvoir définir collectivement le futur énergétique que nous souhaitons, en toute transparence.

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Commentaires
a écrit le 17/05/2012 à 10:38 :


J'ai le plaisir de porter à votre connaissance, cette pétition qui va dans le sens de cet article en proposant une accentuation de la recherche vers d'autres énergies afin d'arrêter le nucléaire :

http://www.avaaz.org/fr/petition/Liberons_la_planete_du_petrole_et_du_nucleaire/


Vous est-il possible de la faire connaître à un maximum de vos amis ?

Cela est important ! Si nous obtenons plus de 10 000 signatures, une campagne mondiale sera organisée par AVAAZ, le plus grand pétitionnaire mondial.

Il est possible d'infléchir le choix des décideurs. Unissons-nous pour cela !
a écrit le 11/10/2011 à 10:02 :
EDF et ses accords cachés avec le gouvernement! À default de débat publique, pouvons nous au moins avoir la chance de voir le marché de l'énergie vraiment ouvert à la concurrence. Je pense que GDF-Suez ou DE voudraient peut-être avoir la possibilité d'exploiter ces centrales!
a écrit le 08/10/2011 à 17:21 :
les centrales ont passé avec succes les stress test comme dexia deux mois avant sa faillite !!!
Réponse de le 09/10/2011 à 10:03 :
comme dexia et comme pour le nucléaire nous comptons en milliards au frais du contribuable!!
a écrit le 07/10/2011 à 15:27 :
Après une ou deux bonnes coupures de l'électricité sur 24h ou plus, au moment où il fait bien froid, rafraichiront les esprits antinucléaires. Il est donc sage de reporter la discussion au printemps 2012...
a écrit le 07/10/2011 à 6:17 :
Il est tout à fait normal de commander des générateurs de vapeurs (à ne pas confondre avec des réacteurs), sachant qu'il doit y en avoir au moins 3 générateurs de vapeur (GV) qui fonctionnent avec 1 réacteur ; il faut bien les remplacer quand ils ont atteint une certaine "usure". Donc rien de plus normal...
Sinon où serait la sûreté nucléaire ?
a écrit le 06/10/2011 à 16:17 :
C'est très joli tout ça, mais ça voudrait donc dire que EDF doit cesser tout investissement relatif au nucléaire à cause de Fukushima? On ne fait plus aucune maintenance, on attend juste que les responsables politiques ai bien voulu adopter une position (avec ou sans l'aide du peuple)?? Et pendant ce temps là, on fait quoi? on laisse tourner les vieux générateurs de vapeurs (c'est peut être pas pour rien si on avait prévu de les changer non?)? On arrête toute les centrales et on allume des bougies??
Déjà, le milliard d'euros avancé dans l'article, c'est EDF qui le sort, pas l'état ni les concitoyens. De plus, ce remplacement avait déjà été prévu de très longue date, et bien avant Fukushima, tout simplement parce que ça fait partie des taches de maintenance programmées, et qu'on ne peut pas se permettre de programmer ces tâches du jour au lendemain (vous vous imaginez un peu la taille des bestiaux et la logistique que ça représente??).
Alors c'est bien gentil de vouloir être "vigilant", mais du coup EDF devrait attendre que tout le monde se soit décidé pour nous fournir de l'électricité??
Là où il faudrait peut être être vigilant, c'est surtout sur le délire post-Fukushima. Certes cela remet en perspective l'approche qu'on a eu jusqu'alors de la sûreté, et ça implique de repenser un certain nombre de mesures, c'est indéniable, et ça serait criminel de ne pas le faire, mais de là à tout arrêter avant que le peuple (ou les politiques) se soient exprimés, il y a un monde! Il ne faut pas non plus perdre de vue que les politiques ne résonnent souvent que sur une durée de cinq ans (normal, la durée d'un manda), alors qu'une politique énergétique ça se pense sur 40 à 60 ans (durée de vie d'un réacteur). Il y a donc bien là un incompatibilité notoire, et vouloir ramener la durée de vie des décisions énergétiques à la durée de vie des engagements politiques est tout simplement idiot.
Réponse de le 06/10/2011 à 18:49 :
Avec seulement 40% de l'électricité du pays qui reste opérationnelle, le Japon a fait le choix du nucléaire, et désormais subit la bougie et en plus la contamination (dans la zone des 80 kms dans l'air et le sol, pour le reste du pays via l'alimentation - notamment le riz et le poisson...). Pas certain que votre argument soit pertinent.

Quant au renouvellement, les générateurs de vapeur ici commandés arriveront en service en 2016 ou en 2017. Il faut donc mieux qu'EDF consacre les 6 à 12 mois restant à réfléchir sur l'optimisation de la sureté de fonctionnement des centrales (notamment le contrôle-commande tant décrié, un meilleur confinement du c?ur du réacteur, le remplacement du MOX par un carburant moins dangereux...), plutôt que de prendre des décisions qui cherchent à tordre le bras au décideur politique.

Et malheureusement, pour la prise de décision énergétique, rien n'a été fait dans le cadre du débat public, tout a été fait en catimini, et cela donne des retards à n'en plus finir pour l'EPR, une sureté de fonctionnement mal maîtrisée, et la France qui perd énormément en compétitivité face à l'Allemagne (ou, malgré une énergie plus chère, la facture globale est au pire la même pour un allemand que pour un français grâce à 25% de gains d'efficacité énergétique pour les allemands, contre peanuts pour les français) ou à la Scandinavie.

On arrête quand cet autisme qui nous mène dans le mur ? Personnellement, j'ai choisi de ne plus attendre EDF, et je m'approvisionne en électricité chez Enercoop et GEG, avec 100% de renouvelables et un impact sur les choix d'investissements.
Réponse de le 06/10/2011 à 19:10 :
Nicoach... Je crois qu'il va falloir prendre un peu de recul. La sécurité nucléaire en France ne concerne pas que EDF, ça concerne tous les français, et aussi les pays voisins, car en cas d'accident il ne suffira pas d'etre désolés ou de faire un chèque. De ce fait, mon avis est que tout investissement qui vise à continuer dans la voie du nucléaire nous concerne tous. Eventuellement, les investissements qui visent à démanteler les centrales peuvent être faits sans débat, mais c'est tout.
a écrit le 06/10/2011 à 8:55 :
Comment améliorer la visibilité, médiatiser, les objectifs et les enjeux de ce débat, nécessaire ? Les acteurs sont dispersés et inaudibles. Ce relatif silence autorise les manoeuvres techniques d'EDF... et du gouvernement. La voiture électrique devrait faire parti du débat aussi, vu l'impact qu'elle va avoir sur le public qui ne va pas de suite comprendre l'appel au nucléaire que ça implique.

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