De la Françafrique à l’AfricaFrance

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Le président sénégalais Macky Sall et François Hollande, lors du forum France-Afrique, au ministère des Finances (Bercy) le 6 février 2015.
Le président sénégalais Macky Sall et François Hollande, lors du forum France-Afrique, au ministère des Finances (Bercy) le 6 février 2015. (Crédits : Reuters)
Naguère encore il était de bon ton, à gauche surtout, de critiquer la « Françafrique », ses réseaux obscurs et ses arrangements affairistes. Mais, tout change : exit la Françafrique, bienvenue désormais à l’AfricaFrance voulue par François Hollande.

Née des réseaux gaullistes restés actifs au lendemain des indépendances africaines, la Françafrique a fait l'objet de nombreuses critiques. Au fil des décennies, elle a été stigmatisée comme l'une des sources d'un affairisme sans retenue ni état d'âme, où de prétendues raisons d'État n'étaient souvent invoquées que pour masquer la cupidité d'un réseau occulte qui transcendait les appartenances politiques. Telle était en effet la thèse communément admise, et qui a même bénéficié d'une sorte de consécration officielle, puisque le documentaire à charge « Françafrique : la raison d'État et l'argent roi », où la France apparaît comme une puissance machiavélique qui fait et défait les « petits rois » africains, a été diffusé sur La Chaîne parlementaire (LCP) en août 2013.

Coïncidence ou hasard, quelques mois plus tard, l'hebdomadaire Jeune Afrique daté du 1er au 7 décembre 2013 fait son gros titre de couverture avec « Afrique-France, un nouveau départ ?»  Interviewé, le ministre de l'Économie et des finances de l'époque, Pierre Moscovici, déclare : « Mon objectif : doubler les flux commerciaux entre la France et l'Afrique (...) Nous devons reprendre l'initiative, car nos parts de marché se sont effritées. » Un constat lucide car à l'époque, cela fait déjà plus de dix ans que la Chine se taille la part du lion en Afrique, en décuplant ses parts de marché - passées de moins de 2 % en 1990 à plus de 16 % en 2011 - au détriment notamment de la France, à l'exception toutefois des quatorze pays utilisant le franc CFA, où les entreprises françaises font quasiment jeu égal avec la Chine, avec une part de marché de 17,2 % contre 17,7 % en 2011...

Mais, pour le gouvernement français, le temps est venu de prendre une meilleure part de la croissance africaine, afin d'améliorer la balance commerciale de la France et créer de l'emploi... C'est dans cet esprit pragmatique qu'est organisée, les 6 et 7 décembre 2013 à Paris, la première grande geste du quinquennat socialiste dédiée au continent, sous la forme d'un sommet « Pour la paix et la sécurité en Afrique », et où accourent de nombreux chefs d'État. Traduit en arabe, portugais et anglais - pour afficher la volonté de sortir du pré carré francophone, qui ne représente d'ailleurs que 19 % du PIB africain - le forum, transmis en direct sur Internet, privilégie en fait les thématiques économiques telles que la formation, l'agriculture, le financement, la consommation...

«  Un partenariat pour l'avenir  », le rapport clé

Un rapport, cosigné notamment par l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine et par l'économiste et banquier Lionel Zinsou, président de PAI Partners, est rendu public à cette occasion. Intitulé « Un partenariat pour l'avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l'Afrique et la France », le document avance des propositions « pour un agenda économique partagé au service d'une croissance africaine et française ».

Parmi celles-ci, la promotion de la formation professionnelle, le soutien au financement des infrastructures, la sécurisation des investissements, l'appui à l'engagement de partenariats industriels, l'accompagnement réaffirmé de l'intégration régionale de l'Afrique ainsi que le soutien des pays africains dans leurs négociations avec l'Union européenne sur les accords de partenariat économiques.

D'autres propositions visent à « remobiliser la France aux côtés d'une Afrique en marche ». Par exemple : relancer les relations administratives et politiques de haut niveau ; renforcer le réseau économique français et relancer une coopération technique forte ; faciliter l'investissement et encourager les approches par filières, les logiques de clusters et le rôle d'assembleur d'offres commerciales françaises...

La fondation franco-africaine et publique-privée AfricaFrance, dont la création est annoncée à cette occasion, aura la charge de donner vie à tous ces préceptes et en particulier de « structurer le dialogue entre les secteurs public et privé français et africain (...) promouvoir les relations économiques » et le faire savoir. Sa présidence est confiée au Franco-Béninois Lionel Zinsou, un professionnel de grande renommée et un « afroptimiste » irrédentiste depuis bien des années. AfricaFrance est officiellement lancée en juillet 2014.

Une banque de l'export et un record de l'AFD

Depuis, la fondation a organisé début février dernier un forum auquel ont participé plusieurs chefs d'État africains, ainsi que François Hollande. Le président a annoncé à cette occasion la création d'une « banque de l'exportation » car, argumenta-t-il, « beaucoup de pays assurent des financements bien plus avantageux que la France pour réussir à promouvoir leurs exportations ». Un dispositif qui, selon le président, permettra de réduire de 10 % les coûts de financements, et qui concernera « tous les pays, tous les secteurs économiques sans restriction et chaque fois qu'il y aura un contrat qui dépasse un certain volume, 100 ou 200 millions d'euros ».

Un nouveau fonds d'investissement pour l'Afrique, porté par la banque publique Bpifrance, verra également le jour cette année, a précisé François Hollande, indiquant de plus que « l'engagement de la France à hauteur de 1 milliard d'euros pour les nouvelles technologies et pour la transition énergétique en Afrique », était « non seulement confirmé mais s'ajouterait au milliard de dollars que la France a décidé d'apporter au Fonds vert » pour le climat.

C'était donc il y a deux mois et demi à peine, et en attendant de pouvoir constater la mise en place et la valeur ajoutée de tous ces dispositifs, on constate que de son côté l'Agence française de développement (AFD), a établi en 2014 un nouveau record d'engagements, à 8,1 milliards d'euros, dont 3,7 milliards mobilisés pour l'Afrique (contre 2,8 milliards d'euros en 2013, soit 36,5 % du total 2014 et un nouveau record pour l'Afrique).

C'est dire l'importance que la France accorde indiscutablement à l'Afrique, conformément à « l'objectif fixé par le président François Hollande d'apporter au continent 20 milliards de financement d'ici à 2018 », avait souligné Anne Paugam, directrice générale de l'AFD, lors de la présentation du bilan 2014 à la presse, le 18 mars.

Autre tendance, récente mais puissante : il ne se passe plus une semaine en France sans qu'une entreprise n'annonce une décision d'investissement en Afrique, ou qu'une officine d'intelligence économique ne rende publique une étude ad hoc. C'est par exemple le cas de Havas Horizons, qui nous apprend fin mars que les grands investisseurs présents en Afrique se disent « à 100 % optimistes quant à l'avenir économique du continent ». Côté entrepreneurs, les exemples abondent : le groupe Bolloré, dont la filiale Africa Logistics est leader des services portuaires et logistiques sur le continent, investira 1 milliard d'euros dans la réalisation de la ligne de chemin de fer reliant Niamey, capitale du Niger, au port de Cotonou, capitale économique et plus grande ville du Bénin, apprenait-on début avril.

Autre exemple, celui de la Société générale qui, voilà quelques jours, annonçait vouloir doubler (de 5 % à 10 %) le rythme de croissance annuelle de ses revenus en Afrique - elle y revendique 3,3 millions de clients, dont 150 000 entreprises - et pour cela vise un rythme d'ouverture de 50 à 70 agences par an dans les 18 pays où elle est déjà présente, à quoi s'ajouteront des ouvertures dans de nouveaux pays.

Dans le secteur télévisuel, cette fois, c'est le groupe Lagardère qui, fin mars, a lancé Gulli Africa, chaîne francophone destinée aux enfants, accessible via les bouquets Canal+ dans 22 pays d'Afrique subsaharienne. Une initiative qui ne devrait pas avoir de mal à trouver son public, vu que l'on compte à ce jour 100 millions de francophones africains. Ils représentent déjà la moitié du total mondial, et leur nombre aura doublé d'ici à 2050.  Un atout de plus pour la France.

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Commentaires
a écrit le 27/04/2015 à 11:56 :
- parce que le dictateur africain du 21ème siècle n'est plus le dictateur du 20ème
- parce que les besoins des populations se limitent plus aux massacres entre ethnies ou aux famines
- parce qu'il y aura toujours des espaces sauvages à polluer
- parce que les derniers rhinocéros d'afrique vous disent merci juste avant d'être abattus
- parce que la corruption n'a plus aucune frontière et que l'on peut faire du business depuis son mobile en 4G+
- parce que les guerres de religion représentent beaucoup d'argent et permettent d'exporter beaucoup d'armes
- parce qu'un enfant africain a le droit d'acheter des munitions pour AK47 depuis son appli sur son mobile tout en écoutant 50Cent
....
Pour toutes raisons, nous serons toujours un partenaire privilégié.
Françafrique ou Fricafrance, l'ambition au service de la réussite.
a écrit le 24/04/2015 à 18:38 :
Rien ne change, tout se transforme. Les commissions ne disparaissent jamais, elles sont versées autrement, et tout le monde fait pareil sur toute la planète. La corruption c'est comme la prostitution, il y a une offre et des besoins, le reste c'est de la cosmétique. On peut le regretter, mais on ne peut pas vraiment l'empêcher, alors il faut en contrôler l'importance.
a écrit le 24/04/2015 à 18:14 :
François Hollande veut faire de l'afrance une 2eme afrique, c'est à dire un pays abominable. Cet individu ne veut pas notre bien, il veut notre annihilation.

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