On achève bien les startups

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(Crédits : DR)
Heureusement que 2016 devait sonner la fin de l'exubérance irrationnelle pour les startups... Le pronostic, pas vraiment consensuel, ne s'est pas vérifié, tant s'en faut...

 À la fin de 2015, sur fond de mini-krach des valeurs technologiques aux États-Unis, le constat d'un retournement des levées de fonds dans le capital-risque avait fait craindre le pire pour le financement de l'innovation. Bien au contraire, 2016 a été une année exceptionnelle pour le marché de l'investissement privé, aux États-Unis comme en Europe, avec des montants records levés.

Avec 12,1 milliards de dollars investis dans des startups en Europe et 2,7 milliards en France (deux fois plus qu'en 2014), jamais autant de capitaux ne s'étaient dirigés vers des projets naissants et à fort potentiel. Évidemment, il n'en aurait sans doute pas été de même si le krach technologique s'était produit... Mais, bien au contraire, l'indice Nasdaq a flambé et caracole actuellement à ses plus hauts niveaux historiques, tiré de l'avant par les valeurs stars des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) dont la capitalisation boursière cumulée (2.672 milliards de dollars) approche le PIB de la France.

La vie des startups n'est pas pour autant un long fleuve si tranquille

N'en déplaise à Benoît Hamon - qui revendique « avoir du mal à prononcer le mot capital » -, du capital il y en a beaucoup à investir et à réinvestir, et c'est tant mieux si une petite partie, certes encore très insuffisante en France, s'investit dans le risque, l'innovation et les startups. Si leur image (d'Épinal) est rose - en gros, tout ce qui est assimilé à une startup est considéré comme « gentil », quand le reste des entreprises, surtout les plus grosses, est catégorisé en « méchants capitalistes » -, la vie des startups n'est pas pour autant un long fleuve si tranquille.

On l'a bien vu en 2016 : le marché sait se montrer sélectif, et cruel, avec ceux qui ont eu les yeux plus gros que le ventre. La course des fonds d'investissement à l'hyper-rentabilité, et celle de certains créateurs de startups à des valorisations manifestement excessives, a cassé de la vaisselle. Quel risque, à lever trop d'argent, trop vite, en affichant des valeurs disproportionnées ? Si les investisseurs ne suivent plus au second ou au troisième tour de table, c'est le krach. Pas mal de startups ont ainsi dû déchanter, mettant la clef sous la porte du jour au lendemain ou presque en plantant là clients, fournisseurs, créanciers et surtout salariés. Et ce en dépit d'une croissance pourtant forte de leur activité. TakeEatEasy, Chic Types, Le FabShop ont connu un été meurtrier et d'autres, comme Menlook, sont en grande difficulté.

Après l'éclatement de la bulle technologique de l'an 2000, qui avait fait un carnage lors de la première révolution Internet, d'autres désillusions pourraient bien advenir, malgré une météo favorable pour l'investissement. C'est le darwinisme propre à l'économie entrepreneuriale, neuf startups sur dix échouent. L'important est de remonter à cheval après en être tombé, s'il n'y a pas trop de casse. C'est le droit à l'échec qui fait le dynamisme d'une économie.

Qu'est-ce qui fait tomber une startup ?

Le site américain First Hits avait listé le Top 10 des erreurs à ne pas commettre. La première, c'est de construire quelque chose dont personne ne veut... C'est l'erreur classique, pas forcément mortelle, à condition de savoir « pivoter » à temps. Deuxième faute : le recrutement. Dans une TPE de quelques personnes, la moindre erreur de jugement fait mal : il faut savoir s'entourer des meilleurs. Troisième erreur, un manque de concentration sur le projet : il faut des réalisations concrètes ; le « blabla », cela va pour les pitch investisseur, mais ensuite, il faut délivrer. Le défaut d'exécution dans les ventes et le marketing sont la quatrième erreur la plus citée dans l'enquête, suivie par la mauvaise entente entre les fondateurs. Le casting de départ est crucial. Enfin, les fautes qui tuent sont aussi le fait de passer son temps à chasser les investisseurs plutôt que les clients, de lever trop peu d'argent (trop, c'est dangereux pour la suite, trop peu, ce n'est souvent pas assez, reste à trouver le bon équilibre). En corollaire, avoir un taux de burn rate (consommation du capital) trop rapide est aussi mortel, ainsi que, erreur fréquente, le fait de ne pas trouver le bon conseil (comme à Qui veut gagner des millions, on a le droit d'appeler un ami, mais reste à trouver le bon mentor). Autre erreur qui peut faire mal : ignorer les médias sociaux, qui permettent de faire le buzz et de gagner en visibilité.

De fait, sortir de la masse est un principe clef. Il s'est créé en France depuis cinq ans près de 10.000 entreprises correspondant à la définition d'une startup. Mais le pays ne compte que trois « licornes » (ancienne startup valorisée plus de 1 milliard de dollars) : OVH dans le cloud computing, Sigfox dans les télécoms et l'Internet des objets, BlaBlaCar dans la mobilité et le transport de personnes. Demain, peut-être sera-ce le cas de Devialet, qui vient de lever 100 millions d'euros et vise la cotation en bourse d'ici à 2020.

Devialet, future licorne française ? L'entreprise, née il y a dix ans, n'est plus une startup, mais coche toutes les cases pour candidater à la place de leader mondial du son :

une technologie reconnue, un produit emblématique qui s'exporte dans le monde entier (le Phantom), et une stratégie de développement dans de nouveaux domaines, comme l'automobile, la télévision, le smartphone et l'Internet des objets. Une bonne raison pour la rédaction de La Tribune de décerner à l'entreprise, à l'occasion de la cérémonie de remise des Prix du Jeune entrepreneur, dont ce sera le 28 mars au Grand Rex la cinquième édition, le titre d'entrepreneur de l'année.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2017 à 20:04 :
Ouais, enfin les startups c'est un concept marketing au final : ce sont des entreprises de livraison avec commande par smartphone ou des trucs contrôlables par smartphone dont l'utilité est également proportionnelle à la visibilité du hipster ou du type qui s'ennuie à longueur de journée. A quand des livraisons de papier toilettes en urgence dans n'importe quelles toilettes ? Imaginez la publicité : un homme, pantalon aux chevilles qui dépose sa pêche , une goutte de sueur glisse lentement le long de son front, il relève la tête pour prendre du papier et, horreur, le drame, plus de papier. Heureusement il y a l'application Quickpoo pour vous livrer dans le 1/4 d'heure ! (toujours en anglais le nom, sinon, ça ne fait pas moderne)
Réponse de le 26/03/2017 à 8:09 :
+100000
Réponse de le 27/03/2017 à 12:32 :
QuickPoo , super idée avec une livraison à 5 minutes !

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