La Tribune

Les tour-opérateurs n'en finissent plus de payer la note du Printemps arabe

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Laurent Guéna, journaliste au Quotidien du Tourisme  |   -  1012  mots
Deux ans après les révolutions du Printemps arabe, les destinations de confession musulmane sont toujours boudées par les voyageurs. Contrairement à des crises précédentes où la fréquentation touristique reprenait rapidement, l'activité est toujours au plus bas. Une nouvelle donne pour les professionnels du tourisme qui fait de sérieux dégâts chez les tour-opérateurs français.

Depuis les attentats du 11 Septembre, les agences de voyages et tour-opérateurs ont l'habitude de gérer des crises. Pêle-mêle, citons le tsunami qui a ravagé les côtes de l'Asie du sud-est, le chikungunya à La Réunion, la grippe porcine et aviaire, les cendres du volcan islandais qui ont interrompu le trafic aérien ou encore les bombes à Marrakech, Bali ou Madrid. A l'exception de quelques entreprises usées, agences et tour-opérateurs ont réussi à franchir tous ces obstacles. Comme le disait au début des années 2000 Georges Colson, alors patron de Fram, "les touristes sont comme les moineaux, quand ils entendent un coup de fusil, ils s'envolent de leur branche puis viennent s'y reposer quelques secondes plus tard". En effet, la dizaine d'attentats qui ont eu lieu en Egypte entre 1992 et 1997 - 62 touristes tués le 17 novembre 1997 lors d'une visite du temple d'Hatchepsout à Louxor, n'a pas affaibli durablement la destination. Mêmes attaqués par la concurrence de distributeurs en ligne ou par les compagnies aériennes qui ont supprimé les commissions sur les billets d'avion, bon an, mal an, le bilan des agences restait satisfaisant.

Une nouvelle donne

C'était avant la chute de Ben Ali en Tunisie et celle de Moubarak en Egypte. Ce vent de démocratie, qui a profité aux Islamistes, s'est révélé bien plus dramatique pour la trésorerie des agences que n'importe quel attentat ou crise sanitaire. L'intervention au Mali et l'enlèvement d'une famille française au Cameroun, à la frontière du Nigéria, probablement détenue par le groupe islamiste Boko Haram, plomberont sans doute encore un peu plus les envies de voyages des Français vers des destinations musulmanes. A Zanzibar, une destination que l'on pensait épargnée par les extrémistes, un prêtre a été tué et un temple protestant brûlé il y a un peu plus d'un mois. Jean-Pierre Nadir, président d'Easyvoyages, portail qui compare les offres des tour-opérateurs, explique : "les soubresauts du printemps arabe n'en finissent pas de décourager des candidats au voyage dans des pays de confession musulmane. Après la Tunisie et l'Égypte, les Français boudent désormais le Maroc, la Turquie et même les Maldives. De conjoncturelle cette situation s'installe de plus en plus comme une nouvelle donne à intégrer, voire à digérer, pour l'ensemble des grands acteurs du tourisme européen." Selon un sondage réalisé par le portail, 51% des Français boycottent le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, Israël, les Maldives, les Emirats Arabes Unis, Oman et la Jordanie à la suite du contexte politique post "Printemps arabe".

Les Français réticents

Et ça fait du dégât. Les actionnaires qui étaient aux commandes de Fram, Georges Colson et Marie Christine Chaubet, ont été remplacés par des financiers sous la pression des banques. Comme de nombreux tour-opérateurs industriels, l'entreprise toulousaine a très bien gagné sa vie en Tunisie, une destination aujourd'hui boudée par les Français, inquiets par la montée de l'extrémisme. Le tour-opérateur est aujourd'hui en grande difficulté tant cette destination n'a pas d'équivalent si l'on prend comme critère le rapport qualité / prix. Les tour-opérateurs spécialistes de l'Egypte - citons STI - sont tombés les uns après les autres dans la mesure où cette destination ne peut pas se substituer pas à une autre : les pyramides du Caire et les temples qui bordent le Nil n'ont en effet pas de remplaçants. Même motif, même punition, pour les géants Thomas Cook et TUI (Marmara / Nouvelles Frontières) ou encore Kuoni, qui vient de revendre sa filiale française au management. Les derniers chiffres du Cercle d'étude des tour-opérateurs (Ceto), présentés lors du salon mondial du tourisme, sont alarmants. L'effet "Printemps arabe" a encore duré cet hiver. René-Marc Chikli, qui dirige cette association qui compte 70 adhérents, a indiqué que "L'Egypte ne redémarrait pas avec un chiffre d'affaires en recul de 46% et que la Tunisie plongeait de 20%. Seul élément rassurant, le Maroc s'en sort avec une progression de 4% (chez les voygistes). La Turquie semble aussi épargnée. Comme l'a dit le patron d'un spécialiste de la destination, le tour-opérateur Mavie, «nous vivons depuis 10 ans avec les Islamistes et je souhaite à la Tunisie et l'Egypte de suivre la même voie ». Ce qui n'empêche pas ce même tour-opérateur, prudent, de se diversifier cette année en ouvrant la Crète. Notons, d'ailleurs, que l'office du tourisme d'Egypte n'était pas présent cette année au salon mondial du tourisme à Paris (21-24 mars) alors qu'il avait pris un stand conséquent lors du salon du tourisme de Berlin il y a une quinzaine de jours. Une décision qui traduit le décalage entre les comportements des touristes français, jugés par les professionnels plus réticents à se rendre en Egypte (même dans des zones très éloignées du Caire comme les bords de la Mer Rouge), et ceux des voyageurs russes, britanniques ou allemands.

Se réinventer

Les tour-opérateurs français se rabattent sur d'autres destinations, jugées plus sûres, principalement en Méditerranée mais difficile de serrer les prix. Et, comme le démontre la crise chypriote, certaines économies de la zone euro sont fragiles et rien ne décourage plus un touriste que les situations incertaines qui peuvent engendrer des grèves ou des émeutes comme on a déjà pu le voir en Grèce. Les producteurs vont devoir, plus que jamais, se tourner vers des destinations "refuges" comme les Antilles Françaises, la Thaïlande ou encore les Canaries. Et, surtout, se réinventer face à la désintermédiation de cette industrie, bouleversée par les nouvelles technologies. Ils ne pourront s'en sortir qu'à la seule condition de proposer des produits exclusifs et des circuits soignés qu'un Internaute ne pourrait construire, de chez lui, en quelques minutes, avec sa souris.
 

Réagir

Commentaires

B1/2sel  a écrit le 30/03/2013 à 19:05 :

Oui, la supposée révolution tunisienne à laquelle tient ce peuple a nécessairement des incidences, à maints égards.
Le comptement de jeunes au café des na
ttes est bien évidemment inacceptable. D'ailleurs ce type d'attitude est à mettre à
l'actif de ben Ali et bourguiba, illustre choix
de la France.
Cela dit, il est vrai aussi que ces voyages
bas coût constituent un outil de politique
sociale, pas cher pour Paris!
Pour nos amis retraités, il ne fallait pas investir dictature. Mais un peu de patience, la France a conservé qq supplétifs sur place. Mais vaut mieux une allience entre citoyens, même d'obédience différente
Joyeuses Pâques quant même

Bertlondon  a écrit le 25/03/2013 à 20:24 :

Pour être allé en Tunisie il y a quelques années (avant le printemps arabe), je ne garde pas un bon souvenir de l'accueil qui nous a été réservé. Lorsqu'on a visité Sidi Bou Saïd, des jeunes haranguaient de manière agressive les touristes européens avec du "eh last minute.com... 150 euros..." lors de l'entrée dans le village. Je n'ai jamais ressenti cela ailleurs (ni en Afrique, ni en Europe, ni en Asie). Lorsque je visite un pays, j'aime aller à la rencontre de ses habitants et comprendre leur quotidien. En Tunisie j'ai ressenti beaucoup de rancoeur et de jalousie, et aujourd'hui certains n'hésitent pas à faire part ouvertement de leur mépris vis-à-vis des touristes "bas de gamme" qui ont rempli leurs hôtels autrefois. D'un certain côté je peux le comprendre, car je ne suis pas sûr qu'ils aient été les grands gagnants de ces années fastes. Mais il ne faut pas s'étonner que les touristes aujourd'hui se détournent de ce pays. Des pays comme la Turquie et la Grèce sont beaucoup plus accueillants, et profitent à plein de cette désaffection envers la Tunisie. Il faudra sans doute un peu de temps mais un jour les Tunisiens comprendront qu'ils doivent se remettre en question s'ils veulent à nouveau accueillir des touristes, même s'ils cherchent désormais à atteindre le haut de gamme (qui ne se décrète pas en claquant des doigts).

lému77  a répondu le 01/04/2013 à 12:29:

J ai vu un reportage tourné sur les cotes tunisiennes ou l on interroge des islamistes radicaux .Ceux ci veulent remplacer les touristes "infidèles" par des touristes musulmans.C est une menace claire envers le tourisme occidental.

Michèle  a écrit le 25/03/2013 à 16:39 :

Ayons une pensée émue pour les retraités qui ont investi dans l'immobilier en Tunisie....

lému77  a répondu le 01/04/2013 à 12:05:

et peut ètre un jour au Maroc...les choses peuvent vite changer....

La Suisse  a écrit le 25/03/2013 à 15:57 :

L'Espagne c'est le top et en plus les devises restent en Europe. Pas la peine d'enrichir des pseudo religieux vrai voyoux

lému77  a répondu le 01/04/2013 à 12:07:

Entièrement d accord,et la cote Cantabrique moins françisée est magnifique!

Cyprien  a écrit le 25/03/2013 à 15:26 :

je suis français installé en Tunisie et la situation et certainement plus sure qu'à marseille ou à paris, il suffit de consulter les statistiques : sur les millions de touristes qui ont visité ce pays aucun incident... ce pays a été béni par st Augustin les amis ...

Antoine  a répondu le 26/03/2013 à 23:26:

C'est un très beau message que vous écrivez là, qu'Allah ou Dieu vous entende. Mais St-Augustin n'était-il pas né chez le voisin en Algérie ?

lému77  a répondu le 01/04/2013 à 12:14:

Aucun point de comparaison entre Marseille et la cote tunisienne.La délinquance ne se résout pas de la mème façon que les dérives d une opposition fanatique religieuse a régime politique démocratique.

pemmore  a écrit le 25/03/2013 à 14:09 :

C'est positif pour nous ou dans la mesure des destinations de rêve comme la Réunion, bientôt mayotte, les Antilles, la guyane.
Et puis toutes les Tom et Com deviendront les destinations préférées des Français.
Il y a aussi beau que tout ce méli mélo de pays méditerranéens c'est la Corse .
Il parait que c'est le département le plus sur de France, alors pourquoi pas.

cenfrik  a répondu le 25/03/2013 à 15:35:

pourquoi se préoccuper des vacances en des lieux que seul une minorité peut s'offrir???
Combien vont partir en vacances en France????
Combien vont acheter des résidences en Espagne,Gréce,Portugal????
double détente,l'argent quitte le territoire,et le produit locatif reste à l'abri dans la bank local;
moraliser ces sorties de capitaux doit être la préoccupation de Bercy.

Laurent  a répondu le 25/03/2013 à 15:49:

Pas du tout les mêmes prix !

touriste  a écrit le 25/03/2013 à 13:40 :

Ces pays ont obtenu ce qu'ils ont recherché. Pas de liberté pas de blé.

Thor  a écrit le 25/03/2013 à 13:08 :

Je prefere aller en Grece qu'en Tunisie, ca c'est sur ... Tunisie c'est le chaos, pareil pour l'Egypte. Le monde est tellement grand, pourquoi aller se perdre dans ces pays a risque

Hatem  a répondu le 30/03/2013 à 21:07:

La Tunisie c'est le chaos !! sur quelles statistiques vous avez fondé votre constat? Si vous évaluiez le degré de désordre dans un pays par les manifestations qui s'y organisent, la France serait un pays chaotique !
Depuis que la Tunisie est devenue une destination phare du tourisme en masse, aucun touriste n'a été enlevé ou maltraité même pendant les jours de la révolution !
J'invite les esprits engagés, les fervents défenseurs de la liberté, les nostalgiques des valeurs professées par no chers philosophes de visiter ces pays pour supporter l'instauration de la démocratie.
Très bon séjour aux plages splendides ensoleillées de Hamamet, Djerba, ou encore Mahdia, ma ville natale !

GILOU  a écrit le 25/03/2013 à 11:59 :

Quoi de plus normal que de fuir ces pays où renaît un islamisme d'un autre âge et où une touriste risque gros à enlever son soutien-gorge sur une plage ensoleillée? Il existe tout près des pays civilisés et libres: allons-y et laissons croupir les autres.

louise  a répondu le 25/03/2013 à 13:11:

Pour ma part je préfère l'Espagne ou la Grèce. Il y a autant de soleil et au moins les gens sont aimables et pas névrosés par la religion.