Pourquoi la BCE doit assouplir sa politique monétaire

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La reprise est là, mais reste fragile. Surtout, l’inflation de la zone euro est tombée largement en-dessous du plafond de 2%. La BCE doit donc assouplir sa politique, au travers de nouvelles mesures non conventionnelles. Par Agnès Bénassy-Quéré (PSE-Ecole d’économie de Paris), Pierre-Olivier Gourinchas (UC Berkeley), Philippe Martin (Sciences Po) et Guillaume Plantin (Ecole d’Economie de Toulouse).

Le 6 février, Mario Draghi a déçu les marchés en n'annonçant aucun nouvel assouplissement monétaire. La Banque centrale européenne considère que le risque de déflation n'est pas suffisamment établi à ce stade pour justifier une évolution de sa politique. Dans une récente note du Conseil d'Analyse Economique (1), nous formulons quatre observations qui justifient à notre avis une politique monétaire plus expansionniste dans la zone euro.

Tout d'abord, l'inflation à fiscalité constante est inférieure à 1 % en rythme annuel depuis avril 2013, loin de la cible de 2% de la BCE, et le chômage reste historiquement élevé. Deuxièmement, la diffusion de la politique monétaire reste très fragmentée. Ainsi, les PME italiennes et espagnoles empruntent à des taux très nettement supérieurs à ceux de leurs homologues françaises ou allemandes.

Troisièmement, le bilan de la BCE s'est nettement contracté en 2013 du fait des remboursements anticipés par les banques européennes des prêts de la BCE. Finalement, l'appréciation de l'euro par rapport au dollar de plus de 10% en 2013 témoigne d'une anticipation par les marchés d'une politique plus restrictive de ce côté-ci de l'Atlantique, en dépit d'un différentiel de croissance en notre défaveur. L'appréciation de l'euro qui a suivi la conférence de presse de Président Draghi le 6 février confirme d'ailleurs ce lien étroit entre taux de change et anticipations de politique monétaire.

Un nouvel assouplissement de la politique monétaire pourrait s'articuler autour de deux axes : un assouplissement quantitatif ciblé et un guidage prospectif plus explicite.

Un assouplissement quantitatif ciblé

Au lieu de prêter aux banques pour qu'elles prêtent aux PME, la BCE pourrait leur racheter leurs créances aux PME après titrisation. Une telle opération serait particulièrement adaptée à la situation de la zone, car si les banques ne prêtent pas dans certains pays, c'est moins par manque de liquidité qu'en raison des contraintes de fonds propres des banques des pays périphériques. Alternativement, la BCE pourrait relancer une opération de refinancement à très long terme afin de sécuriser le prix de la liquidité sur plusieurs années.

Un guidage prospectif plus explicite

Si la BCE communique largement sur l'absence de tensions inflationnistes, sa communication souffre d'un manque de points de repère chiffrés. Pour maintenir les taux d'intérêt bas sur les échéances de moyen terme, elle pourrait par exemple s'engager à mettre en œuvre des mesures non conventionnelles et à laisser ses taux inchangés tant que l'inflation n'excède pas un seuil donné pendant plusieurs trimestres.

Une dépréciation de l'euro… appréciable à court terme

Ces mesures de politique monétaire ne sont certes pas des substituts aux réformes structurelles, seules à même de restaurer durablement la compétitivité des entreprises, notamment en France. Elles devraient toutefois faciliter leur mise en œuvre en compensant leurs effets négatifs de court terme. Une telle inflexion de la politique monétaire aurait notamment pour effet une dépréciation de l'euro. Or nos résultats empiriques obtenus à partir des performances passées des entreprises exportatrices françaises suggèrent qu'une baisse de l'euro de 10% conduirait à une hausse temporaire de la valeur des exportations vers les pays hors zone euro de 7 à 8%, à mettre en regard d'un renchérissement des importations de l'ordre de 3,5%. Le gain de croissance ainsi que l'augmentation des prix des biens importés permettraient d'accroître le taux d'inflation de la zone euro.

Le mandat de la BCE est d'assurer un taux d'inflation proche de 2%. Or il est aujourd'hui à moins de 1%. Si le taux d'inflation était supérieur à 3%, la BCE ne resterait certainement pas inactive à un tel écart à son objectif et mettrait en place une politique monétaire plus restrictive. C'est ce même objectif qui symétriquement devrait aujourd'hui la pousser à une politique monétaire plus expansionniste.

(1) L'euro dans la « guerre des monnaies », Note du Conseil d'analyse économique n°11, janvier 2014.

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a écrit le 19/02/2014 à 10:01 :
Taux d'inflation dans les pays de la zone Euro en 2013 :

Estonie : 3,2 %
Pays-Bas : 2,6 %
Finlande : 2,2 %
Autriche : 2,1 %
Slovénie : 1,9 %
Luxembourg : 1,7 %
Allemagne : 1,6 %
Espagne : 1,5 %
Slovaquie : 1,6 %
Italie : 1,3 %
Belgique : 1,2 %
France : 1 %
Malte : 1 %
Chypre : 0,4 %
Portugal : 0,4 %
Irlande : 0 %
Grèce : - 0,9 %

Avec un tel éventail, on peut se demander l'efficacité d'un pilotage vu d'avion par la cible d'une inflation moyenne à 2 % dans la zone Euro.
La BCE n'est pas du tout outillée.
En fait, la BCE devrait comparer pour chaque pays le taux de croissance nominal (taux de croissance réel + inflation) avec le taux d'intérêt moyen de la dette (total des intérêts à verser chaque année / dette).
Cet indicateur est beaucoup plus pertinent.
Si la différence est négative, ce qui est le cas pour beaucoup de pays de la zone euro, le supplément de croissance du PIB ne parvient plus à compenser le paiement des simples intérêts de la dette.
Le ratio dette / PIB croit alors mécaniquement sans dette nouvelle car les intérêts à verser de la dette croissent plus vite que le PIB.
Hormis l'Allemagne et quelques pays du Nord, tous les pays de la zone euro sont concernés par cette hausse mécanique du ratio dette / PIB, y compris la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce étant dans le plus piteux état.
a écrit le 18/02/2014 à 22:33 :
10% de gain en 2013 pour l'eurusd? Donner a vos lecteurs une base exacte pour juger de la qualite d'information/desinformation de ce que vous publie
a écrit le 18/02/2014 à 16:50 :
Après plusieurs années de crise financière qui détruit l'économie réelle, il était temps que la BCE envisage d'assouplir sa politique ... Il est jamais trop tard, sauf pour ceux qui se sont retrouvés au chômage et pour les boites qui ont fermé. Mais il semble que certains sur ce forum ne soient pas encore convaincus. Trop dogmatiques !
a écrit le 18/02/2014 à 12:18 :
quel lobby a écrit cet article? vous ne sauvrez pas la peau d un pays en philosophant sur du papier. allez économistes et autres compteurs de petits poix, faites quelquechose d utile dans la société et mettez vous à travailler et à créer de la valeur (nouvelles découvertes etc.).
a écrit le 18/02/2014 à 9:41 :
Utiliser le levier de l'inflation dans le contexte actuel nous conduirait probablement à une guerre civile avant la fin du mandat présidentiel !
Réponse de le 18/02/2014 à 10:12 :
non c'est au contraire ce qui éviterait ça. nous avons besoin d'une monnaie moins forte pour exporter. par le passé la France des année 60 et 70 aconnu l'inflation il y a une guerre civile ?
Réponse de le 18/02/2014 à 22:08 :
1) Nous ne sommes plus en 60-70 et la France n’est plus indépendante en ce qui concerne sa politique monétaire. 2) Crois-tu que l’on va exporter plus ? On achète, quel que soit le prix, des produits et services considérés, à tort ou à raison, utiles (2 exemples: les jeunes achètent à prix d'or leur Apple fabriqué à Taiwan par des esclaves payés à coup de lance-pierres. L’Allemagne exporte parce que ses produits et services sont de qualité supérieure). D’autre part, le chiffre de 3,5% évoqué dans l’article est farfelu parce que l’on importe nos produits de première nécessité (ex.: pétrole) et on exporte nos principaux produits (ex.: Airbus) en dollars. Ce qui veut dire que si le dollar monte, notre facture et le prix de nos exportations augmentent aussi. Notre seule issue, c'est de nous désolidariser des Américains et de reprendre notre indépendance, mais je ne crois pas que nos gouvernements successifs, y compris l‘actuel, en soient capables. Quant au soulèvement, j'y crois. Ce n'est qu'une question de temps quand on aura trouvé des leaders pour conduire le mouvement :-)
Réponse de le 02/05/2014 à 18:52 :
un euro plus inflationnaire boosterait aussi les économies de l'Europe dites "fortes", en premier lieu celle de l'Allemagne.Cela ne rendra pas nos produits plus compétitifs à l'export pour autant.

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