Vous êtes-vous jamais demandé si vous étiez surdoué ?

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Les surdoués sont aussi appelés des précoces ou des hauts potentiels. Ces mots renvoient à des manières différentes de considérer leurs capacités exceptionnelles, et de les valoriser. Par Valérie Pennequin, Université François-Rabelais de Tours et Elodie Tricard, Université François-Rabelais de Tours

On les dit surdoués, précoces, ou encore hauts potentiels. Ces terminologies sont aujourd'hui employées indifféremment pour parler de certains enfants ou adultes aux capacités exceptionnelles. Pourtant, elles ne sont pas synonymes. Chacune renvoie à une façon spécifique de considérer ces talents à part et d'aider ceux qui les possèdent à en tirer parti.

Il peut être réconfortant, dans nos sociétés modernes valorisant l'intelligence, de se considérer comme surdoué. Dans l'esprit de la plupart de nos concitoyens, ce mot évoque des personnes « trop intelligentes pour être heureuses », pour reprendre le titre du premier best-seller en France sur le sujet, écrit par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Selon cet auteur, une intelligence supérieure à la moyenne pourrait entraîner des problèmes d'adaptation scolaire, émotionnelle et sociale. Ainsi la « douance » peut constituer une explication valorisante à qui se vit en situation d'échec sur ces différents plans.

Si je me suis ennuyé à l'école, si j'ai eu de mauvais bulletins scolaires, si j'ai un penchant pour la solitude ou que je suis souvent à fleur de peau, se pourrait-il que je sois un surdoué non détecté ? Face à ce questionnement, la tentation est grande de se précipiter sur un test de quotient intellectuel (QI) disponible sur Internet. Or il mérite une réflexion bien plus approfondie, si l'on veut véritablement en retirer un bénéfice.

Le talent comme un « don »

Le terme de surdoué - le plus courant - renvoie au fait de posséder un don. Ce dernier peut être vu, selon la grille de lecture du monde propre à chacun, comme un cadeau de l'hérédité, du hasard ou encore de Dieu. L'image qui vient est celle des bonnes fées se penchant sur le berceau de l'enfant, comme dans le conte de la Belle au Bois Dormant, dotée dès la naissance de la beauté, de la grâce ou de l'esprit. Le surdouement est considéré comme un « surplus » de capacités, comparées à celles des autres. Il y a, dans cette conception, un certain déterminisme, sous entendant que l'individu n'a pas de contrôle sur le talent qu'il a reçu.

La notion de précocité, elle, renvoie à un point de vue différent, celui du développement de l'individu au cours de sa vie. Le psychologue Todd Lubart, professeur à l'université Paris Descartes, l'explique plus en détail dans l'ouvrage collectif qu'il a coordonné en 2006. Ce terme correspond à une conception linéaire du développement des capacités intellectuelles de l'individu, de sa naissance à l'âge adulte, théorisée par le psychologue suisse Jean Piagetau milieu des années 1960.

Ainsi les précoces le seraient essentiellement dans leur scolarité, considérés comme « en avance » sur la majorité des élèves du même âge. Le système scolaire leur propose d'ailleurs parfois de « sauter » une classe. Cette conception a cependant été remise en question par les recherches plus récentes en psychologie. De nombreux travaux ont montré que le développement intellectuel subissait des accélérations importantes à certaines périodes, mais aussi des régressions à d'autres. On peut par exemple observer chez l'adulte des erreurs grossières de raisonnement logique, alors que le bébé, lui, se montre bien plus logique qu'on ne croyait, comme l'a montré le psychologue Olivier Houdé en 1995. La notion de précocité s'avère donc bien plus complexe qu'envisagé initialement.

La compétence peut être visible, ou pas

Le terme de haut potentiel, lui, est plus subtil et sans doute plus utile. Il fait référence à la différence entre la compétence d'une personne et sa performance. En effet, ce qu'elle me montre - sa performance - ne correspond pas toujours à ce qu'elle est réellement capable de faire - sa compétence. Cette différence existe chez tout un chacun, y compris chez les hauts potentiels.

Le haut potentiel, donc, aurait un potentiel particulier, autrement dit des facilités dans un domaine précis. Et celui-ci pourrait ou non être exploité selon l'environnement dans lequel la personne évolue, comme l'explique le psychologue Joseph Renzulli dans son article paru en 2006 dans le Bulletin de psychologie. Ainsi on peut être haut potentiel et ne pas montrer de « talent », mot qui se réfère à la performance observable.

Pour mieux saisir ce paradoxe, on peut faire le parallèle avec un potentiel de nature physique. Un enfant hyperlaxe, par exemple, possède une très grande élasticité de certains muscles, tendons et ligaments ; il a donc un potentiel élevé au niveau de sa souplesse. Si l'enfant est né dans le milieu du cirque, il est possible qu'il devienne contorsionniste. Dans le cas contraire, il se peut qu'il n'exprime jamais comme talent ce potentiel de souplesse, et que celui-ci demeure caché. Ainsi, on peut se demander si Mozart serait devenu le grand compositeur qu'il fût, s'il était né dans une famille ne pratiquant pas du tout de musique.

Un potentiel dans le sport ou la musique

Les personnes à haut potentiel sont donc plus nombreuses que les personnes talentueuses, puisque tous les hauts potentiels n'auront pas eu les conditions favorisant l'expression de cette potentialité.

Il est important de préciser qu'on peut être haut potentiel dans des domaines non intellectuels. On le comprend mieux en se penchant sur le modèle des intelligences multiples, développé par le psychologue américain Howard Gardner en 2004. Si cette théorie est trop peu vérifiée scientifiquement pour être utilisée en recherche, elle a le mérite d'attirer l'attention sur des domaines peu valorisés à l'école comme le sport, la musique, le dessin, la capacité à l'introspection ou encore le charisme. En effet, son auteur plaide en faveur de l'existence de huit formes d'intelligence distinctes, indépendantes les unes des autres. Certaines sont celles que nous rangeons habituellement derrière la notion d'intelligence, comme l'intelligence verbale et logico-mathématique. D'autres sont plus atypiques, comme l'intelligence musicale-rythmique ou corporelle.

On pense trop souvent que le haut potentiel est uniquement une question de quotient intellectuel (QI). La mesure du QI est effectuée par les psychologues à l'aide de tests psychométriques (qui permettent de mesurer une aptitude et de la comparer à une norme), notamment le WISC IV et depuis moins d'un an le WISC V. Cependant, deux chercheurs en psychologie sont venus montrer que le QI élevé était une condition nécessaire, mais pas suffisante pour identifier une personne à haut potentiel.

Des qualités nécessaires d'enthousiasme et de persévérance

Le psychologue américain Joseph Renzulli, d'abord. Dans son modèle élaboré en 2002, il estime que l'expression d'un haut potentiel nécessite la réunion de plusieurs facteurs. Il cite, en particulier, des aptitudes intellectuelles élevées (qui peuvent être mesurées par le QI) ; de la créativité (capacités à produire des réponses originales) mais aussi un engagement élevé, c'est-à-dire une motivation personnelle forte impliquant l'intérêt, l'enthousiasme, la curiosité, la persévérance, l'endurance, la confiance en soi et le besoin d'accomplissement.

Dans cette théorie, le haut potentiel peut tout à fait être vu au départ comme un « don ». Cependant celui-ci doit d'abord être identifié, puis investi par la personne elle-même et son entourage, qui mettront tout en oeuvre pour l'exprimer en talent.

De son côté, le psychologue canadien Françoys Gagné a publié son modèle en 2004. Selon lui, il existe trois types de catalyseurs permettant l'expression d'un haut potentiel. Le premier relève de facteurs personnels, par exemple des capacités mentales et physiques exceptionnelles, certains traits de personnalité comme l'ouverture d'esprit ou la conscience professionnelle, une motivation importante. Le second est lié à l'environnement, par exemple un milieu socio-culturel favorisant ce potentiel, des personnes bienveillantes (famille, amis, éducateurs). Le troisième catalyseur est constitué par des événements de vie, positifs ou non, comme un déménagement, le décès d'un proche ou une naissance.

Françoys Gagné met en avant un quatrième catalyseur, le hasard, qui correspond à la bonne rencontre au bon moment. Par exemple, le jeune acteur en herbe rencontre le réalisateur qui lui fera tourner son premier film à succès.

Au final, tous ces catalyseurs agiraient de concert, entraînant l'expression des capacités naturelles (le don) de la personne. Ce modèle insiste sur l'intérêt d'un milieu bienveillant, favorisant l'expression des potentialités d'une personne (enfant ou adulte), que ce soit à la maison, au travail ou dans le cadre des loisirs.

Que faire, alors, si l'on s'interroge sur ses propres potentialités, ou celles de son enfant ? La démarche doit passer par un psychologue capable de proposer un bilan complet. En plus d'un test de QI, il enquêtera sur les différents domaines dans lesquels une haute potentialité peut s'exprimer, en s'aidant d'outils d'évaluation reconnus que seuls des professionnels formés savent utiliser. Il sera amené à solliciter d'autres sources d'informations comme la famille, les amis, les enseignants ou les éducateurs.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.

The Conversation ________

Par Valérie PennequinProfesseur en psychologie du développement et psychologie cognitive, Université François-Rabelais de Tours et Elodie TricardDoctorante en psychologie, Université François-Rabelais de Tours.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 08/10/2017 à 14:25 :
Surdoué ? Je ne sais pas, mais j'ai un indice. Mes profs commentaient mes devoirs avec la mention "Bonne volonté mais manque de moyens".
a écrit le 08/10/2017 à 13:36 :
Ben...
Je ne me suis jamais demandée si j'étais surdouée... Mais je suis tellement maladroite que mes amis me classeraient plutôt directement dans le clan des sous-doués !
D'un autre côté ... Quotient Intellectuel, quotient émotionnel, bref, on mesure des capacités par rapport à une norme à un temps T. Es t'on mieux loti en sachant à quel gradient de l'échelle on se situe ? Des autistes peuvent être surdoués, des asperger aussi, certains très célèbres, et avoir des difficultés à vivre avec le reste de la société.
Réponse de le 08/10/2017 à 17:39 :
@Juliette: surdoués, sous-douées, ne veut rien dire. La société est composée de divers talents aussi utiles les uns que les autres. Le problème, c'est que Jpsin notamment avec son bac pour tous a fait croire, à des fins électoralistes, que tout le monde pouvait être un scientifique de haut niveau, On subit aujourd'hui les résultats:de cette mainpulation politique :-)
a écrit le 07/10/2017 à 16:44 :
Si je me suis ennuyé à l'école, si j'ai eu de mauvais bulletins scolaires, si j'ai un penchant pour la solitude ou que je suis souvent à fleur de peau, se pourrait-il que je sois un surdoué non détecté ?

En plus d'être nul et d'avoir rien appris donc d'être un chômeur assisté ... Bientôt ils vont tous demander une prime pour intelligence non détectée ...

Qu'on soit de ... Quand on est ... On est ...
Réponse de le 08/10/2017 à 11:51 :
😂🤣 la relaxation ça marche bien pour les frustrations de Prof.
inspirez, respirez...
a écrit le 07/10/2017 à 15:53 :
Lorsque nous voyons l'état de la planète, ceux qui gouvernent ne le sont pas
: surdoués. A ce demander, si la politique et le pouvoir ne rendent pas idiot.
a écrit le 07/10/2017 à 9:42 :
Un bon article qui nous présente un tour de la question de manière rationnelle.
a écrit le 07/10/2017 à 9:16 :
Du 6 au 8 octobre 2017 se tient à Nice le congrès international de l'association MENSA qui regroupe les personnes dotées d'un QI élevé.
a écrit le 07/10/2017 à 9:02 :
Les bac +2, merci Jospin, ne se demandent pas s'ils sont surdoués, ils en sont persuadés ... sauf que cela n'a pas de répercussions sur l'économie :-)
Réponse de le 07/10/2017 à 11:59 :
mort de rire... ça faisait longtemps ...
alors évitons d'être des sourdoués bac+2 jospin et des surdoués séléction artificielle à la naissance pro Elitistes 👍😂
je préfére la case du milieu : ordinaire.
Réponse de le 07/10/2017 à 17:46 :
@citoyen ordinaire: "Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus", disait Beaumarchais. Et c'est vrai qu'en France la Révolution française est une catastrophe majeure, surtout si on la compare après plus de 200 ans à l'évolution de la démocratie, notamment en Grande-Bretagne :-)
Réponse de le 08/10/2017 à 11:53 :
@Patrick
bonjour,
la réponse est la même que pour Prof.
bon Dimanche.😊
a écrit le 06/10/2017 à 19:23 :
...Publi-reportage pour les psychologues?
a écrit le 06/10/2017 à 19:23 :
il est possible d'améliorer , d'augmenter ses potentiels propres par des exercices de developpement personnels sauf pour les personnes atteintes de maladies neurologiques ou chroniques ou des pathologies graves , cependant certains exercices peuvent améliorer le cas de ces personnes.
rien n'est immuable, surtout le cerveau humain.

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