Interview de Jean-Luc Aschard, directeur délégué Ile-de-France, ENEDIS

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(Crédits : Elodie Lanotte)
Dans le cadre du Forum économique du Grand Paris organisé par la Tribune et le Journal du Grand Paris, Enedis est intervenu sur les enjeux qui entourent le projet : soutenabilité, transition énergétique ou encore stratégie numérique. Retour avec Jean-Luc Aschard, directeur Île-de-France chez Enedis.

Pouvez-vous rappeler les missions d'Enedis ?

 Enedis assure l'exploitation, l'entretien et la modernisation du réseau de distribution. Si RTE s'occupe des « autoroutes » du réseau électrique, nous en gérons les « nationales », les « départementales » et les « communales » : notre mission démarre au niveau du poste de transformation haute-tension/moyenne-tension et s'étend jusque chez les clients. Enedis est garant de l'équilibre électrique sur le territoire en aval de ce poste  et est donc acteur de l'aménagement du territoire. Nous avons une mission de modernisation du réseau qui se traduit par des programmes de travaux extrêmement importants : nous avons  investi l'an dernier 450 millions d'euros pour la modernisation et le raccordement sur le seul réseau de l'Île de France où nous comptons 6,3 millions de clients (dont 100 000 PME-PMI).

Quels seront les nouveaux besoins en termes d'énergie générés par le Grand Paris ?

 Les études que nous avons menées en amont avec nos partenaires, les institutionnels, les collectivités locales, les aménageurs, les entreprises, donnent comme estimation une augmentation des besoins de l'ordre de 4000 MW à l'horizon 2030. La partie transport, avec notamment le Grand Paris Express, représenterait un enjeu de 400 à 500 MW, la mobilité électrique sur route est estimée elle à 500 MW supplémentaires (véhicules et bus électriques), 800 MW pour les 800 000 nouveaux logements à construire, la partie tertiaire et industrie s'élèverait à 1300 MW, et les data-centers à peu près à 1000 MW.

Vous avez évoqué 4000 MW tandis que RTE évoque 2400 MW. Pourquoi cette différence ?

Nous faisons de la distribution, RTE fait du transport. Le chiffre de RTE correspond à une augmentation de la demande moyennée à l'échelle de la Région Ile de France. Le chiffre de 4000 MW correspond au besoin de renforcement de l'infrastructure d'Enedis pour satisfaire d'une manière sécurisée la demande électrique du Grand Paris. Ces investissements seront destinés à renforcer les capacités de livraison à l'ensemble des clients de l'Ile de France et à augmenter la résilience des réseaux.

 Quels investissements représentera le Grand Paris pour Enedis ?

Au niveau de la Région Ile de France, cela représente environ 500 millions d'euros par an pendant les 15 ans à venir. Cela permettra de moderniser le territoire du Grand Paris afin de soutenir sa croissance et être un facteur d'attractivité pour la région francilienne.

 La transition énergétique sera-t-elle un enjeu central ?

Nous devons prendre en compte toutes les conséquences de la nouvelle loi dite de « transition énergétique », qui met le système de distribution électrique au cœur de cette transition, dans la mesure où elle fait une part de plus en plus importante aux énergies  renouvelables et aux nouveaux usages électriques. 95% des sites de production à énergie renouvelable étant raccordés au réseau d'Enedis, la première exigence est celle d'une adaptation du réseau pour faire en sorte que cette énergie soit prise en compte directement dans l'architecture du réseau et dans son opération. Cette loi nous pousse également à nous engager sur de nouveaux usages comme par exemple la mobilité électrique (1 million de véhicules électriques prévus en Île-de-France). Le troisième enjeu est celui de la flexibilité : il faudra tenir compte de la manière dont les gens vont utiliser l'énergie électrique. L'infrastructure doit être adaptée pour leur permettre de baisser leur consommation à certains moments de la journée, et de la déporter sur d'autres plages horaires. Aujourd'hui, il y a par exemple une très forte demande le soir, donc un besoin élevé de puissance électrique, or, on devrait pouvoir faire arriver les consommations un peu avant, en début de soirée, afin de réduire le pic de demande. L'enjeu est d'atténuer la variation des appels de puissance. Il s'agit aussi, avec la flexibilité, de synchroniser les énergies renouvelables intermittentes avec la fluctuation de la consommation, en particulier avec la recharge des véhicules électriques.

Qu'est-ce qui sera fait en termes de stratégie numérique ?

La révolution énergétique va effectivement de pair avec la révolution digitale. Le smart grid est un sujet extrêmement important pour nous par exemple. Il s'agit d'un réseau intelligent, une nouvelle façon de gérer l'équilibre production demande sur ce même territoire. Enedis pilote et co-anime aujourd'hui une vingtaine de démonstrateurs - chacun ayant sa spécialité - où l'on teste de nouvelles façons de gérer ces réseaux. Sur la région Île de France, nous avons une expérimentation à Issy-les-Moulineaux sur un périmètre dans lequel il y a des consommations tertiaires et résidentielles, des productions d'origine photovoltaïque, des points de recharge pour véhicules électriques et également du stockage d'énergie à partir de batteries recyclées de véhicules électriques.

Autour de ces expérimentations, il y a de la donnée. Ces données permettent de mieux gérer le fonctionnement de plus en plus complexe de ces réseaux de distribution. Il y a aussi de la donnée de manière générale, donnée que l'on va partager avec un certain nombre d'acteurs, notamment les données de comptage, que l'on restitue aux clients, mais que l'on partage aussi avec les fournisseurs d'énergie et de manière agrégée avec des collectivités locales. Nous répondons à la demande croissante de ces collectivités par de l'open data (donnée ouverte) sur le site d'Enedis ou d'Etalab. Les compteurs communiquant Linky (35 millions à terme) nous feront également entrer dans une nouvelle dimension autour de la donnée : on aura par exemple des données régulières sur le réseau basse tension que nous n'avons pas aujourd'hui et qui nous permettront d'exploiter de manière rapide et optimisée le réseau basse tension. Elles pourront aussi être partagées avec les collectivités pour accompagner le développement économique local et la transition énergétique.

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