Un nouvel énarque au cabinet d'Aurélie Filippetti

 |   |  601  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
La nouvelle ministre a recruté Kim Pham, ancien du CNC et de France Télévisions, qui avait participé à des cabinets ministériels sous le gouvernement Jospin.

Pas à pas, la nouvelle ministre de la culture Aurélie Filippetti constitue son équipe. Il y a dix jours, elle a choisi comme directrice de cabinet Laurence Engel, à la ville épouse d'Aquilino Morelle, la plume de François Hollande. Elle vient de décider de nommer Kim Pham comme conseiller chargé de l'audiovisuel et du cinéma. Né en 1965, cet énarque a déjà fait partie de cabinets ministériels sous le gouvernement Jospin, ceux de Christian Pierret, Dominique Strauss-Kahn, Christian Sautter et Laurent Fabius. Il a ensuite passé 3 ans et demi au Centre national du cinéma (CNC), puis a rejoint France Télévisions en 2004. Rémy Pflimlin l'avait conservé et nommé directeur général adjoint en charge de la gestion. « C'est un homme plus que consensuel et d'une rare patience », assure un de ses anciens collègues.
En outre, le cabinet d'Aurélie Filippetti devrait être complété par un conseiller technique chargé du cinéma. Pour ce poste, circule notamment le nom de Marc-Olivier Sebbag, qui est depuis 2007 délégué général de la FNCF (Fédération nationale des cinémas français), le lobby des exploitants de salles. Auparavant, il avait passé six ans au SPI (syndicat des producteurs indépendants).

Double surprise

Ces noms sont inattendus car ni Kim Pham ni Marc-Olivier Sebbag ne sont des proches d'Aurélie Filippetti, et ne faisaient pas non plus partie de son équipe de campagne. De même pour Laurence Engel ou pour Pierre Lescure, pressenti pour mener une mission sur l'après-Hadopi. En revanche, Laurence Engel connait bien David Kessler, le nouveau conseiller culturel de l'Elysée : tous deux ont travaillé ensemble à la mairie de Paris, où la première était directrice des affaires culturelles et le second conseiller chargé de la culture. Pareillement, Pierre Lescure est un vieil ami de François Hollande et avait participé à quelques meetings durant la campagne. Inversement, la ministre n'a pas conservé au sein de son équipe Juan Branco, qui était son directeur de cabinet durant la campagne et un militant anti-Hadopi revendiqué.
L'autre surprise vient du fait que les positions du PS étaient souvent opposées à celles défendues par Marc-Olivier Sebbag à la tête de la FNCF, organisation plutôt conservatrice au sein des professionnels du 7ème Art. Bien sûr, la FNCF était pro-Hadopi quand le PS était contre. Mais, concernant les délais de diffusion de films sur les différents supports (salles, DVD, télévision..), Aurélie Filippetti a promis durant la campagne de « raccourcir » cette chronologie des médias. Inversement, la FNCF a toujours été opposée à un raccourcissement, craignant que cela nuise à la carrière des films en salles. En particulier, le lobby des exploitants avait en 2009 vivement combattu une sortie plus rapide des films en DVD et vidéo-à-la-demande, au point d'exaspérer le député Jean Dionis du Séjour (Nouveau centre): "Être plus bloqué que la FNCF, ce n?est pas possible ! Leur discours a consisté en substance : « Il y a Internet, mais ce n?est pas grave. Pour nous, la vie continue. » Vous avez en face de vous des gens complètement arc-boutés sur leurs privilèges. Et j?ose les désigner : il s?agit de la FNCF. Leur audition [par les députés] s?est très mal passée, et elle a vraiment failli, on peut le dire, s?achever par un affrontement physique". 

Interrogé, le ministère a confirmé la nomination de Kim Pham, mais ajouté que le choix du conseiller cinéma n'était pas encore finalisé.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/06/2012 à 14:43 :
Qui n'a pas rêvé de travailler au Ministère de la Culture, rue de Valois ?
Ambiance conviviale, lieu de rencontres enrichissantes où on croise des plasticiens, des conservateurs du patrimoine, des restaurateurs, des diplomates, des cinéastes, des littéraires, des gens du théâtre, etc, donc à priori un Ministère où le débat et les échanges sont fructueux, constructifs puisque les fonctionnaires et les contractuels qui y travaillent ont une longue expérience de la politique culturelle développée depuis 50 ans et ont dû s'adapter aux différents ministres qui se sont succédé rue de Valois.
Mais quand on examine à la loupe les profils des membres qui composent le cabinet du ministre en exercice ou même les CV des directeurs de l'administration centrale , on se rend vite compte du caractère endogène du mode de recrutement => 90% sont des énarques, IEP, presque tous ont fait une ESC (HEC ou ESSEC ou polythechnique) ou bien sont déjà lauréats des concours du patrimoine (conservateur)

Si gérer un Ministère sur le plan administratif requiert évidemment la collaboration de gens expérimentés, rompus à l'exercice du pouvoir et des techniques pointues de gestion en administration centrale, pourquoi ne pas donner leur chance à des gens (au chomage) venus d'autres horizons qui ont eux aussi une formation culturelle (Maitrise, DEA Hist de l'art, école du louvre, autres ), une réflexion intellectuelle différente, des projets pour le développement des directions du ministère (patrimoine, architecture, musée, cinéma, arts plastiques...) et qui pourraient travailler en symbiose avec les collaborateurs les plus proches du Ministre ?
Les grandes écoles et les concours administratifs (élitistes et pour la plupart infaisables...) ne doivent pas constituer des freins ou barrières empêchant ainsi tout autre diplomé de l'enseignement supérieur d'accéder à des postes de responsabilité enrichissants et variés où ils pourraient mettre à profit toutes leurs compétences au service de la Culture au sens large.
Il semble que depuis 10 ans, rien n'ait changé (j'en suis à 12 candidatures) , puisque le nouveau Ministre Aurélie FILIPPETTI poursuit cette politique de recrutement -très- élitiste en réservant les postes importants de l'administration centrale de la Culture à des hauts fonctionnaires parisiens (quasiment tous énarques) , ce qui prive la Culture de talents qui ne demandent qu'à oeuvrer au service de l'Etat....
et cela va continuer => Philippe BELAVAL qui était directeur général des patrimoines a démissionné le 11/06/2012, on est sûr que A. FILIPPETTI va mettre à sa place encore un énarque ou débaucher un vieux directeur de musée pour assurer le poste de la DGP. (dommage)

Est-ce que le temps n'est pas venu de repenser l'organigramme et les modes de recrutements des membres du personnel de la Culture, pour donner une chance aux plus défavorisés de la province qui n'ont pas l'opportunité d'avoir des réseaux parisiens et politiques pour pouvoir s'épanouir dans ce domaine culturel si "fermé" et pourtant si passionnant ?...
a écrit le 07/06/2012 à 19:45 :
Juan Branco n'a jamais été le " directeur de cabinet" d'Aurélie Filippetti pendant la campagne. Il travaillait dans l'équipe au même titre que les autres
a écrit le 02/06/2012 à 10:38 :
l'étonnant est de prendre une personne venant à l'origine du SPI quand on connait l'opposition acharnée de ce syndicat à toute les discussions actuelles sur la convention collective de la production cinématographique ... c'est un très mauvais signal pour les salariés du secteur !
a écrit le 31/05/2012 à 15:09 :
Arrangement entre anciennes copines
Réponse de le 31/05/2012 à 15:29 :
c'est Monsieur Kim Pham ...
a écrit le 31/05/2012 à 14:28 :
Petit à petit, les lobbys noyautent le ministère de la Culture, dont l'objectif stratégique n'est pas le développement de la culture pour et par le plus grand nombre, mais bien la préservation des intérêts de l'industrie la plus réactionnaire qui soit. Sous prétexte de prendre des gens compétents, on prend surtout des gens à l'impartialité douteuse, étant donné leur carrière et leurs amitiés. Bref, voilà un ministère où rien ne change : on reste entre copains, on ne comprend pas grand-chose au numérique et on câline les pleureuses (cf. le CNC malgré un an de tréso d'avance), au nom de la "création" et des "artistes" (à qui on ne va tout de même pas jusqu'à demander leur avis, ou s'ils sont correctement rémunérés -- cf. les contrats avec les sites de streaming).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :