Presstalis à terre, les Messageries lyonnaises en embuscade

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Les Messageries lyonnaises de presse (MLP) pourraient renforcer leur position dans la distribution de la presse à l'heure ou l'on évoque une cessation de paiement imminente pour Presstalis (ex-NMPP). Le rapport Rameix sur la restructuration de Presstalis - qui implique tout le secteur - est attendu ce lundi. Un dossier sensible et lourd pour le gouvernement : son coût pourrait avoisiner 160 millions d'euros et mille emplois sont menacés.

La presse avait-elle vraiment besoin de cela ? Voici qu'une terrible épée de Damoclès menace de lui tomber sur la tête fin juillet : la cessation de paiement de Presstalis. On savait le distributeur de presse, anciennement NMPP, en mauvaise situation financière, mais de là à imaginer le pire... Les conséquences d'un « défaut » du premier distributeur de presse français seraient catastrophiques en frappant durement un secteur dont les revenus continuent, malgré l'essor du numérique, de dépendre essentiellement du papier. Rares sont en effet les éditeurs dont la part du chiffre d'affaires provenant du numérique dépasse 10%.

Chaque jour compte. Ce lourd dossier est bien sûr sur le bureau de la ministre de la communication, Aurélie Filipetti, mais aussi sur celui d'Arnaud Montebourg et de David Kessler qui le suit pour l'Elysée. Au delà du redressement financier de Presstalis, c'est de la remise à plat du système français de distribution de la presse qu'il s'agit. Ce vendredi, une consultation publique va être lancé sur le site du Conseil supérieur des messageries, suite à l?audit du cabinet Kurt Salmon sur la réorganisation du « niveau 2 » (celui des les grossistes). très attendu, un rapport doit être remis au gouvernement ce lundi par le médiateur du crédit, Gérard Rameix. Il devra proposer des pistes pour un vaste plan de restructuration pour Presstalis, condition préalable à une augmentation de capital et à la participation de l?Etat au financement, estimé à 160 millions d?euros, incluant le coût du départ d?environ... un millier de salariés. A la faveur de cette recomposition, le challenger de Presstalis, les Messageries de presse lyonnaises (MLP), entend bien jouer sa carte et rééquilibrer le dispositif en sa faveur.

Les MLP, les petites messageries qui montent

C'est que le petit concurrent, né avant les NMPP en 1946, est devenu grand. Simple distributeur régional, cette messagerie coopérative, comme son concurrent, se décide à passer au niveau national en 1991, stratégie qu'accélère son nouveau président d'alors, Jean-Claude Cochi, qui lui apporte la distribution de son premier magazine « chaud », l'hebdomadaire Point de Vue. Plusiers éditeurs, séduits par une organisation plus petite, plus dynamique et des prix plus attractifs vont progressivement quitter le giron des NMPP et rejoindre les MLP. En 2000, c'est notamment l'arrivée de trois grands hebdomadaires : Marianne, le Nouveau Détective, Nous Deux, suivis quelques années plus tard par Rustica et l'Argus de l'automobile. Aujourd'hui, les MLP revendiquent un tiers du marché des magazines.

Un développement qui s'est inscrit dans un spectaculaire mouvement de concentration. En vingt ans, on est passé de 3 000 grossistes (des dépositaires qui sont parfois de simples maisons de la presse) à... 148 et le secteur s'accorde sur le chiffre cible d?une centaine de grossistes d'ici deux ans pour maintenir un bon service. Certain parlent même de 60? Une plus grande maîtrise de ce niveau intermédiaire du réseau, appelé le niveau 2 (le niveau 1 étant celui des messagerie et le niveau 3 celui des détaillants, les « diffuseurs ») est clé pour les MLP. Aujourd'hui, Presstalis n'en maîtrise que la moitié, le reste se répartissant entre les MLP, qui a commencé à faire l'acquisition de dépôts il y a quatre ans, et les indépendants dont certains cherchent à vendre et mettent en concurrence les deux messageries.

Les ventes en recul de 20% depuis 4 ans... et de 25% pour les 4 ans à venir

Plusieurs groupes de travail, qui rassemblent quelques éditeurs, les MLP et Presstalis sont discrètement à pied d'?uvre depuis deux mois. Il vont devoir faire preuve de beaucoup d'imagination. Pour redresser la situation, le secteur ne peut compter sur des recettes en hausse. Les ventes de la presse continuent inexorablement de baisser : moins 20% ces quatre dernières années et moins 25% prévus sur les quatre prochaines années, selon Jean-Claude Cochi. Les recettes des distributeurs, qui sont proportionnelles, baissent à tous les niveaux du réseaux et touchent non seulement les messageries, mais les marchands de journaux qui ferment les uns après les autres.

C'est donc sur les coûts qu'il faut jouer. Et dans ce domaine, les MLP ont l?avantage. Elles fonctionnent avec un peu plus de 600 personnes pour un chiffre d'affaires (dont environ 400 au niveau 1) de 650 millions et sont bénéficiaires (plus de 12 millions en 2011, dont 9 distribués en dividendes aux éditeurs), à comparer à Presstalis qui compte 2700 employés, dont 800 au niveau 1 et 1800 au niveau 2 pour un chiffre d'affaires de 1 950 millions... et des pertes estimées à 15 millions d?euros. Les conclusions du rapport Rameix risquent d'être brutales ; la recapitalisation de Presstalis ne se fera qu'à la condition d'un plan social massif, évalué par le secteur à environ un millier de personnes, principalement du à la restructuration du niveau 2, c?est à dire à la baisse du nombre de dépôts de presse. A cette occasion, l'ensemble du dispositif devra être remis à plat et les MLP pourraient se voir attribuer d'autres dépositaires et faire enfin leur entrée sur le marché de la distribution des quotidiens.

L'enjeu est donc majeur pour l'avenir de MLP. C'est ce moment que choisit la presse suisse pour ressortir une affaire vieille de deux ans, qui met en cause son président Jean-Claude Cochi, désormais éditeur d'Entrevue et Choc, les magazines créés par Gérard Ponson. Jean-Claude Cochi est accusé par une des ex-femmes de Jimmy Goldsmith d'avoir détournée une partie de la fortune du magnat pour se faire construire un chalet somptueux en Suisse. Dans un mail à ses salariés, celui explique qu'il s'agit d'une affaire qui n'a « aucun rapport avec ses activités d'éditeur » et qu'il « collabore avec la justice suisse afin de permettre la conclusion de cette affaire dans les meilleurs délais ». Il insiste par ailleurs sur le fait que cette plainte « ne remet aucunement en cause ses mandats et ses fonctions au sein des MLP ». Reste que la publicité donnée actuellement à cette plainte risque d'affaiblir son président à un moment décisif pour l'avenir de sa coopérative. Et de la distribution de la presse en France.

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a écrit le 28/06/2012 à 22:54 :
je ne veux pas prendre partie,loin de là, mais je croyais que pour les diffuseurs, étaient remunérés sur les produits vendus, et qu'ils n'avaient pas d'avance de trésorerie à faire, et que la force de leurs points de ventes résidait dans l'offre qu'ils pouvaient offrir du moins de mon point de vue de novice que je suis? ?
pouvez-vous me le confirmer?
merci pour votre réponse.
Réponse de le 29/06/2012 à 11:45 :
Les diffuseurs sont rémunérés sur les produits non retournés à l'entrepôt (donc pas forcément les seuls "vendus"), car outre la démarque, vous avez des titres qui ne sont jamais rappelés ! Les diffuseurs sont souvent noyés de titres en trop grande quantité (architecture, déco, bricolage notamment), titres rentables pour les éditeurs car payés par la pub. Tant que les annonceurs confondront "volume diffusé" et "volume vendu", la pub sera sur-valorisée par les éditeurs et de fait les diffuseurs écrasés par des volumes invendables. Passer de flux poussés à flux tirés permettra aux diffuseurs de mieux mettre en rayon, d'abandonner leur réserve de stockage, et finalement de mieux servir les clients. A noter qu'à côté des sur-volumes, on trouve moult titres (quotidiens nationaux) dont les quantités varient du simple au triple, mécontentant le client et le diffuseur. Je précise que je tiens un magasin de presse, en préfecture de province, avec près de 3000 titres à la vente.
a écrit le 28/06/2012 à 19:41 :
alors à partir du moment ou vous aurez droit de choisir les quantités et votre assortiment, je pense qu'il serait souhaitable que les commandes soient fermes, car jusqu'à nouvel ordre pour le diffuseur cela ne lui coute rien (si ce n'est un peu de sueur) de traiter leurs livraisons...le problème n'est pas dans votre assortiment mais dans l'apporche que vous avez de votre métier....
Réponse de le 28/06/2012 à 21:45 :
Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par approche métier ?
Un peu de sueur ? Surtout du travail de manutention inutile mais rémunéré (il n'y a pas que la sueur dans un compte d'exploitation et ça ne coûte pas "rien").
Le coût se mesure aussi en tonnes transportées inutilement (vous appelez ça aussi de l'approche métier ?) et en subvention transport inutile qui pourrait être reportée ailleurs (dans le prix des journaux, par exemple).
Et pour des commandes fermes : chiche ! Mais à ce jeu, il faudra que les entrepôts stockent et livrent à flux tendu sur des commandes automatiques de réappro pour diffuseur, y compris sur des hebdos.
Je vous invite à venir me rencontrer, à comparer stat de vente et stock, et on rediscutera de votre "approche métier" !!!
a écrit le 28/06/2012 à 19:02 :
Quel est l'age de la retraite chez :
. les ouvriers du livre
. les employés de Prestalis?
a écrit le 28/06/2012 à 18:08 :
De qui se moque-t-on ? Les marges de manoeuvres existent au niveau des détaillants. Il suffit qu'on arrête de leur imposer des quantités de papier délirantes.
Le système est pourri et profite aux dépositaires et aux transporteurs, qui touchent des subventions poru livrer et reprendre quantités d'invendus.
La solution ? Qu'on laisse les détaillants fixer eux-mêmes leur assortiment et leur quantité. Ce jour-là, les annonceurs cesseront aussi d'être pris pour des pigeons...

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