La révolution du recrutement sur Internet s'accélère

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Si les sites d'annonces s'adressent d'abord aux demandeurs d'emploi ou aux personnes qui veulent en changer, les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn et Viadeo permettent, eux, d'y agréger une autre population : les personnes en veille.
Si les sites d'annonces s'adressent d'abord aux demandeurs d'emploi ou aux personnes qui veulent en changer, les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn et Viadeo permettent, eux, d'y agréger une autre population : les personnes en veille. (Crédits : Reuters)
Des réseaux professionnels comme LinkedIn et Viadeo aux petites annonces en ligne, les sites de recrutement grossissent et se multiplient. Non content de fluidifier le marché de l'emploi en mettant rapidement en relation recruteurs et demandeurs, ils le révolutionnent. Même Pôle emploi se met au numérique. Explications.

Qu'est-ce qu'Internet, sinon le plus grand gisement d'offres et de demandes d'emploi ? Depuis une quinzaine d'années, la Toile a accouché d'une myriade de sites dédiés à l'emploi. Selon letudiant.fr, avec le Royaume-Uni et l'Allemagne, la France compte même parmi les pays européens qui proposent le plus grand nombre de sites de recrutement, soit « entre 400 et 500 sites actifs ». Les antiques « offres d'emploi » des journaux ont migré massivement sur la Toile. Tandis que les candidats potentiels affichent leur CV sur doyoubuzz.com ou réseautent sur LinkedIn et Viadeo. Au niveau mondial, les sites de recrutement généralistes ont connu un essor fulgurant.

Parmi les cadors de « la mise en relation entre les personnes », comme il se présente, Monster revendique plus de 200 millions de personnes inscrites sur son réseau et brasse des centaines de milliers d'offres d'emploi. Présent dans plus de 40 pays, il est apparu en France à la fin des années 1990 aux côtés d'autres acteurs historiques comme l'Apec (Agence pour l'emploi des cadres), Cadremploi ou Keljob.

En juin dernier, ces quatre plates-formes totalisaient près de 4 millions de visiteurs uniques par mois dans l'Hexagone, selon un baromètre de Médiamétrie, soit 1,5 million de moins que Pôle Emploi. Un score ébouriffant, sachant que l'opérateur public bénéficie d'un fort trafic lié à la mise à jour par les chercheurs d'emploi de leur situation mensuelle. Alors que le marché est évalué entre 150 et 200 millions d'euros en France, les sites d'annonces généralistes se sont aussi convertis au recrutement en ligne. Leboncoin.fr dispose ainsi d'une rubrique emploi. Avec près de 2,1 millions de visiteurs uniques par mois, elle est devenue en quelques années le deuxième site d'emploi de l'Hexagone, derrière Pôle Emploi. La rubrique héberge près de 100.000 petites annonces, contre 240.000 pour l'opérateur public.

Mais, comme Jean Bassères, le patron de Pôle Emploi, l'explique à La Tribune, 124.000 proviennent d'acteurs privés de l'emploi, avec lesquels l'opérateur passe des partenariats depuis septembre 2013. Parmi eux, il y a le site d'annonces gratuites Vivastreet. Fondé en 2005, celui-ci « a toujours proposé des offres d'emploi », rappelle Julien André, qui dirige la rubrique.

« Mais il y a trois ans, on a décidé d'accélérer, voyant un potentiel fort sur le marché non-cadre. »

D'après lui, le site enregistre 45.000 nouvelles offres par mois. Sa cible ? Les TPE et PME. « Il n'y a pas d'intérêt à venir chez nous pour trouver un directeur financier. En revanche, on pourra facilement dénicher un chef de rayon, un employé ou un ouvrier spécialisé », précise Julien André. Conscient que, ces dernières années, les sites d'annonces gratuites ont été critiqués, à la suite de la publication d'offres hors la loi ou discriminatoires, il assure qu'ici « 100 % des offres sont modérées ». En gage de qualité, il brandit ses clients prestigieux, « des grands comptes comme Carrefour ou BNP Paribas ».

Un secteur attractif car... monétisable

C'est peu dire que le marché est en ébullition. Dans un contexte mondial de chômage de masse, les spécialistes du recrutement en ligne voient l'opportunité de doper et monétiser leur fréquentation. Chaque mois, de nouveaux acteurs voient le jour et rivalisent d'ingéniosité pour se démarquer. Le 14 octobre, le site américain Glassdoor a ainsi débarqué en France. Depuis 2008, cette start-up a bâti sa réputation en permettant à des millions de salariés de noter, donner leur avis et informations sur leur entreprise - comme le niveau de salaire ou le nombre de RTT.

Toutes ces informations sont ensuite mises à disposition des demandeurs d'emploi en marge de chaque offre disponible.

À son lancement dans l'Hexagone, Glassdoor avait déjà répertorié plus de 3.000 entreprises françaises, parmi lesquelles L'Oréal, Orange ou Airbus. De quoi donner des sueurs froides aux acteurs français du recrutement, sachant que le site, qui connaît un fort succès aux États-Unis et au Royaume-Uni, revendique déjà 28 millions de membres et 18 millions de visiteurs uniques par mois.

Fer de lance du recrutement en ligne, le croisement des données extraites des CV des demandeurs d'emploi avec celles des offres des entreprises permet des mises en relation rapides et efficaces. Fondée en 2011, la start-up Qapa a ainsi tout misé sur un « algorithme de matching » pour marier « les bons profils avec les bonnes offres d'emploi ». À la tête de Groupe Pratique, qui fédère plusieurs sites de vie pratique sur le Net (Infobrocantes, Id2sorties ou Bestofartisans), Guillaume Desombre a récemment recruté deux personnes via cet outil.

« Je cherchais un commercial en télévente ainsi qu'un spécialiste des contenus et du référencement sur Internet. »

Après avoir publié ses annonces, Qapa lui a automatiquement proposé plusieurs dizaines de profils correspondant.

« Quelques jours plus tard, après entretiens, les personnes étaient en poste », raconte Guillaume Desombre. Pour lui, cette manière de recruter constitue une vraie plus-value « lorsqu'on cherche des profils rares et pointus ».

Deux tiers des cadres adepte des réseaux

Toutefois, l'essor du Web collaboratif permet d'aller encore plus loin. Si les sites d'annonces s'adressent d'abord aux demandeurs d'emploi ou aux personnes qui veulent en changer, les réseaux sociaux professionnels comme LinkedIn et Viadeo permettent, eux, d'y agréger une autre population : les personnes en veille. En poste, celles-ci ne sont pas en recherche active, mais pourraient bien se laisser tenter par une offre séduisante. Or, ces « candidats passifs » représentent « environ 80 % de la population active », insiste Pierre Berlin, directeur Talent Solutions pour l'Europe du Sud chez LinkedIn.

De fait, avant d'être des outils de recrutement, Viadeo et LinkedIn offrent un service : ils permettent à leurs membres de gérer de manière interactive leur réseau professionnel. En clair, leurs contacts sont souvent le reflet des précieuses cartes de visite qu'ils ont glané au fil de leur carrière. Chaque membre peut ainsi se tenir au courant, à tout moment, de ce qui se passe dans sa sphère professionnelle. Résultat, en France, environ les deux tiers des cadres ont adopté ces outils. Pour LinkedIn et Viadeo, ces « candidats passifs » constituent une formidable base de données dont ils favorisent l'accès et la présence à leurs abonnés payants.

Chez LinkedIn (332 millions de membres dans le monde et 8 millions en France), « 4 millions d'entreprises disposent de leur propre page sur le réseau, explique Pierre Berlin. C'est en quelque sorte leur identité sur le site. Ici, les sociétés se présentent, expliquent concrètement leur activité et ce que cela signifie de travailler chez elles. Elles disposent aussi d'une page "carrière" consacrée au recrutement. »

Surtout, à travers un éventail d'offres payantes, LinkedIn va permettre aux sociétés de promouvoir leurs offres d'emploi de manière ciblée.

« On peut adapter le contenu de la page en fonction des visiteurs, détaille Pierre Berlin. Si une entreprise a un besoin précis en termes d'ingénieurs, on mettra par exemple l'accent sur le côté innovant du groupe dans les domaines des nouvelles technologies. »

Même son de cloche chez Viadeo. Le réseau social n'est pas aussi mondialisé que LinkedIn, mais joue davantage la carte du local avec ses 60 millions de membres - dont 22 millions en Chine et 9 millions dans l'Hexagone, où il demeure numéro un. À l'instar de LinkedIn, « on vend un outil de recherche dans la base de profils », souligne Olivier Fécherolle, son directeur de la stratégie et du développement. Un outil qu'il perfectionne au quotidien :

« L'idée, c'est d'offrir la possibilité au recruteur de passer de 9 millions d'individus en France aux sept profils qui correspondent à ses besoins. »

Montés en puissance des étudiants

Certains grands groupes, comme le spécialiste de l'audit Mazars, ont déjà fait des réseaux sociaux professionnels un levier stratégique pour dénicher leurs talents. Reste qu'en France seuls 22 % des recruteurs y recourent, d'après une enquête de l'Apec réalisée en juin dernier. Ceux-ci privilégient encore davantage les candidatures spontanées (62 %), leur propre réseau de contacts (55 %) ou les CVthèques (33 %). Pourtant, les réseaux sociaux professionnels changent petit à petit notre rapport à l'emploi.

Un temps chasse gardée des cadres et des professionnels des nouvelles technologies, ils s'ouvrent rapidement à tous les profils et secteurs d'activité. Chez LinkedIn, on compte désormais 39 millions d'étudiants.

« C'est le secteur démographique qui croît le plus vite dans le monde », souligne Pierre Berlin.

Au contraire de bon nombre de ses aînés, les rejetons de la génération Y et Z envisagent de moins en moins leur carrière comme un long fleuve tranquille. Surinformés, ils sont davantage ouverts aux opportunités, d'autant que les métiers qui ont le vent en poupe font la part belle à la pluridisciplinarité.

Face à des « candidats passifs » qui n'hésitent plus à jeter régulièrement un œil sur les possibilités d'emploi sur les réseaux, les directions des ressources humaines doivent donc soigner leur marque employeur. En vantant leurs conditions de travail ou l'intérêt de les rejoindre, les entreprises ne font pas qu'attirer les talents : elles préservent également les siens, qui pourraient trouver l'herbe plus verte chez un concurrent.

Avec le Net et les réseaux sociaux d'entreprise, les professionnels des ressources humaines disposent aussi de puissants outils pour épauler les dirigeants. Pierre Berlin cite le cas d'une « entreprise française qui voulait ouvrir une usine à l'étranger » :

« C'est une décision structurante et très coûteuse. Avec LinkedIn, ils ont pu évaluer le nombre de candidats potentiels, combien d'ingénieurs spécialisés étaient présents sur place et ce que cette ouverture impliquait en terme de relocation ou d'expatriation. »

Naguère encore cantonnés à une fonction essentiellement technique, les DRH de demain auront, semble-t-il, une fonction de plus en plus stratégique.

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Commentaires
a écrit le 26/12/2014 à 21:04 :
Ces outils favorisent le recrutement par le "réseau" ; je pense que cela n'est pas une bonne chose car cela nous éloigne de l'équité des chances et de la méritocratie. Cela favorise indirectement les insiders disposant déjà d'un réseau actif, dressant un obstacle supplémentaire pour les outsiders, notamment les jeunes.
Réponse de le 27/12/2014 à 9:20 :
"équité des chances et méritocratie": c est ce qu on raconte aux jeunes. Mon expérience est: "l'esclavagisme" est en première place dans la société.. ces autres termes sont utilisés dans la philosophie ou bien pour enfumer la populace.
a écrit le 26/12/2014 à 11:31 :
chouette: le marché aux esclaves devient transparent et leur prix se trouve réduit. De plus, les esclaves peuvent se comparer aux autres esclaves et comprendre pourquoi ils ne vendent pas si bien leur peau. on peut tourner le sujet comme on le veut (beau ou pas beau): le principe restera de se faire un max de fric sur le dos de la main d oeuvre humaine.
a écrit le 26/12/2014 à 10:38 :
Vous avez oublié de citer Wizbii, le réseau social pro pour les 18-30 ans ! Contrairement à Linkedin, Wizbii est entièrement dédié aux jeunes
a écrit le 26/12/2014 à 0:28 :
oè enfin ca fait juste 10 ans que ca existe
a écrit le 25/12/2014 à 22:26 :
Les réseaux "sociaux" ne sont qu'un artifice technique pour faire de la discrimination. Il faut accepter des conditions contractuelles pour s'y inscrire, avec toutes les dérives et conséquences sur la vie personnelle que cela implique. Sachant en plus que ces informations sont souvent collectés et stockés à l'étranger, je m'étonne qu'on en fasse la promotion en France et que l'on considère cela comme une avancée.
Réponse de le 25/12/2014 à 23:05 :
C'est trop tard... Au risque de rester au bord de la route si l'on fait la fine bouche: un candidat sans profil LinkedIn ressemble de plus en plus a un extra terrestre, ou alors il est vraiment unique en son genre et pourra se vendre sans effort (en général ce genre de profil ne cherche pas de boulot).
Réponse de le 26/12/2014 à 0:30 :
si on a pas de linkedIn, on ne cherche pas de boulot?? quel beau raisonnement sacrément fondé
Réponse de le 26/12/2014 à 13:32 :
+10000
Réponse de le 27/12/2014 à 1:56 :
Mon point de vue depuis le bout du monde..
Etre contre tous ce qui est pour et pour tout ce qui contre induit une forme d'immobilisme.
Hors le mouvement est en marche, ou l'on s'adapte ou l'on reste en gare à regarder le train s'éloigner avec ses Geek.
Pour ou contre il faut choisir, mais ce n'est pas si facile lorsque aucun choix dans cette matière n'est proposé.
Un million de personnes à travers le monde télécharge chaque jour l'application WhatsApp qui appartient désormais à.. Facebook et son milliard et demi de comptes actifs à travers le monde.
Bien sûr il est encore possible d'envoyer son cv par la poste avec un timbre, une jolie photo et une lettre de motivation bien écrite à l'encre bleue.
Mais il est plus opportun désormais d'adresser par mail avec son CV le lien en dur vers sa chaîne YouTube ou le recruteur pour visualiser en ligne le même CV en vidéo, l'un venant au soutien de l'autre of course ;-)

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