Et Thomas Charier créa Cinepool, le Blablacar du cinéma

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L'objectif est de casser les prix pour que des spectateurs occasionnels aillent plus souvent au cinéma, et que ceux qui n'y vont plus y retournent !
L'objectif est de casser les prix pour que des spectateurs occasionnels aillent plus souvent au cinéma, et que ceux qui n'y vont plus y retournent ! (Crédits : Reuters)
A l'heure où s'ouvre le 70e Festival de Cannes, La Tribune brosse le portrait de l'entrepreneur Thomas Charier, qui vient, à 31 ans, de lancer un réseau social permettant aux amateurs de cinéma de bénéficier de tarifs réduits.

C'est en projetant d'aller voir le septième épisode de Star Wars au cinéma que Thomas Charier s'aperçoit que la place n'est décidément pas donnée. En décembre 2016, l'idée commence à germer dans son esprit. Pourquoi ne pas imaginer un concept innovant qui permettrait à plusieurs personnes intéressées par un même film de regrouper leurs achats de tickets et ainsi de bénéficier d'un tarif préférentiel grâce aux cartes de cinq places des cinémas Pathé Gaumont... Après tout, il suffit de créer des groupes, à l'instar de ce que fait Blablacar pour le covoiturage, pour organiser des sortes de voyages cinématographiques, analyse Thomas Charier, qui imagine Cinepool. Ce réseau social a un seul objectif : simplifier la vie des gens qui en ont assez des contraintes, et les aider à faire des économies en mutualisant les coûts. À terme, il prévoit aussi de renseigner le profil des utilisateurs, comme sur le site de Blablacar, pour savoir de qui le groupe est constitué. À l'époque, Thomas Charier est salarié de la startup medici.tv, sorte de Netflix de la musique classique, où il reste un an. Il ne tient pas en place. D'ailleurs il constate qu'à 31 ans, après des études d'audiovisuel, il n'a jamais passé plus de dix-huit mois au sein de la même entreprise. Outre le fait de ne pas aimer se plier aux hiérarchies établies, il a surtout besoin de relever des défis et de créer. Sinon il s'ennuie assez vite. Thomas Charier a rapidement fait une croix sur son projet de devenir ingénieur du son, après avoir constaté la difficulté de se former dans ce secteur, concurrence oblige. Ayant baigné dans l'univers des nouvelles technologies, auxquelles l'a initié un père ingénieur en informatique, il opte plutôt pour un cursus branché internet et multimédia. Son diplôme en poche, Thomas Charier enchaîne alors les stages et les gestions de projets. Notamment aux États-Unis, où il découvre une toute nouvelle façon de travailler, qui le stimule énormément. Il est particulièrement marqué par la découverte de l'« expérience utilisateur », dit-il. « Là-bas, ils mettent le client au centre de toute leur stratégie. Et il faut, en plus, être le plus transparent possible », explique-t-il. De plus, dans une optique très « ROIste » (de « retour sur investissement », ROI en anglais), « là-bas, chaque dollar investi doit en rapporter deux », précise-t-il.

Augmenter la fréquentation des salles de cinéma

Fort de cette expérience, Thomas Charier rentre en France et rejoint l'équipe de Deezer, où il rencontre son futur associé Julien Londeix, son chef à cette époque. Tout s'enchaîne alors très rapidement. Pour tester le potentiel de son idée, en janvier 2017, il décide de «valider la proposition de valeur par la clientèle» en créant un « prototype » du service : « un MVP [minimum viable product, ndlr] à faible fidélité », explique-t-il. «Cela fait partie du processus de test & learn de la méthodologie Lean Startup [un manuel d'Eric Ries, Steve Blank et Bob Dorf, ndlr]». Et comme les internautes semblent mordre à l'hameçon, une application mobile voit le jour au mois d'octobre, grâce au conseil d'un ami avisé, qui lui recommande de ne pas attendre davantage pour se lancer, au risque de «se faire piquer l'idée». Thomas Charier casse sa tirelire et crée Cinepool avec 10. 000 euros de fonds propres. De quoi se laisser le temps de voir venir, quelques semaines. «Pour faire tourner une application, il faut des ingénieurs, des serveurs et un petit investissement de départ. Nous n'avons pas besoin de tirer du profit», explique le jeune entrepreneur, qui vit de son chômage, tandis que ses acolytes sont toujours salariés ailleurs et se consacrent à Cinepool le soir venu. Thomas Charier achète alors un fichier presse pour une centaine d'euros et se fait connaître auprès des étudiants. Son idée fait écho. Cinepool permet d'« augmenter la fréquentation des salles de cinéma », explique Thomas Charier qui voit en son application une aubaine pour les distributeurs de films. L'objectif est de casser les prix pour que des spectateurs occasionnels aillent plus souvent au cinéma, et que ceux qui n'y vont plus y retournent ! Il y a, en outre, un aspect relatif au lien social permis par l'application, qui pourra en effet séduire les personnes allant seules au cinéma, contentes de pouvoir partager leurs sensations après la séance, pourquoi pas autour d'un verre... Pour l'heure, la jeune pousse doit passer à la vitesse supérieure et chercher à lever des fonds. Entre le marketing, le juridique et l'administratif, Thomas Charier, qui note aussi les idées et retours des premiers utilisateurs, ne chôme pas. Mais il a confiance dans le potentiel de ce projet, et cela lui plaît beaucoup : «Je ne me suis jamais autant amusé de ma vie ! » dit-il.

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