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Les astuces pour se constituer une cave à vin... qui rapporte !

La Tribune Infographie/BHEDOUIN
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Dossier réalisé par Marianne Lagrange  |   -  1851  mots
Les prix du nectar ne cessent d'augmenter depuis des années, le rendant spéculatif au même titre que des actifs plus classiques. Du coup, de plus en plus d'acteurs proposent d'investir dans ce nouvel "eldorado".

C'est l'heure des grandes manoeuvres dans le vin français. Les vendanges ont même démarré en avance après un début d'été animé par la vente des primeurs dans le Bordelais. Les prix y ont d'ailleurs atteint des sommets, notamment sur les grands noms comme Cheval Blanc par exemple qui s'approche, pour le millésime 2010, des 1.000 euros la bouteille. En comparaison, ce même vin était sorti en primeur en 2008 à 330 euros...

Une envolée des prix qui commence à inquiéter les professionnels du secteur, à commencer par Robert Parker. Le pape des critiques vinicoles a ainsi souligné le caractère de plus en plus spéculatif des vins de Bordeaux... et le risque de bulle. Le cru 2011 ne devrait pas faire baisser la fièvre puisqu'il s'annonce comme remarquable, avec une troisième année consécutive de vendanges de qualité.

Le vin en serait-il pour autant devenu un actif patrimonial au même titre que des actions ou des biens immobiliers ? Il semblerait que la réponse soit oui, notamment sur les grands noms de Bordeaux. D'ailleurs, le principe même des primeurs s'apparente au fonctionnement du marché des matières premières et de certains produits financiers : acheter aujourd'hui un produit qui sera livré deux ans plus tard. Mais le risque de perte est limité dans ce type d'opérations, la qualité du vin évoluant rarement négativement lors de la mise en bouteilles.

Quoi qu'il en soit, les prix des grands vins sont aujourd'hui portés par la demande chinoise qui se passionne pour certains bordeaux, rendant le vin très spéculatif au détriment de ce que recherchent souvent les vignerons : une reconnaissance de leur travail.

Certains acteurs ont fort bien compris cette évolution. De plus en plus de produits liés au vin sont disponibles sur le marché, pour se constituer une cave sans problème logistique ou investir dans des fonds dédiés au vin.

De même, le foncier viticole fait lui aussi l'objet de produits adaptés, permettant à des porteurs de parts de société civile immobilière d'investir dans des régions inabordables, et ce malgré la crise financière. Ainsi, investir en direct dans les régions recherchées comme le Bordelais ou la Bourgogne est devenu impossible pour toute personne n'ayant pas au minimum 500.000 euros par hectare à dépenser. Enfin, le « vin papier » s'est étoffé ces dernières années, donnant la possibilité aux boursicoteurs de tirer profit de ce secteur.

Autant dire que le vin est devenu un placement à part entière, dans le produit physique lui-même, ou dans la filière, que ce soit dans la distribution ou dans l'oenotourisme. Cela n'empêche tout de même pas de considérer que le vin reste un investissement plaisir avant tout.

Quatre façons d'investir

1 - Acheter des primeurs en direct ou via des sites Internet

Tout amateur souhaite acheter directement son vin chez le vigneron. C'est l'un des principaux moyens de savoir où l'on met les pieds pour apprécier un cru déjà connu. Mais si l'on veut investir, au sens financier du terme, les primeurs restent incontournables. Le principe est simple : acheter aujourd'hui du vin qui sera mis en bouteilles dans deux ans. Un rendez-vous immanquable où spécialistes et critiques se regroupent pour déterminer les prix des primeurs et donc son potentiel de croissance.

Ce type d'achat n'est vraiment avantageux que si le prix du vin est 20 à 30 % moins cher que la vente en bouteilles, car les frais d'intermédiaires sont conséquents. Et certains millésimes, comme 2005, ont été largement surévalués lors des primeurs, rendant difficile une revente avec bénéfice aujourd'hui.

Une autre façon d'investir dans le vin est de faire appel à des sites Internet spécialisés comme Cavépargne, La Bergère Investment ou encore Patriwine, qui proposent de gérer votre cave comme un portefeuille de bouteilles. Il s'agit soit d'un mandat dédié, comme chez Cavépargne, soit d'achats choisis par le mandant comme chez La Bergère. Les sites se chargent de toute la logistique et le font payer cher. La Bergère Investment prélève par exemple 20 % sur la performance réalisée, en cas de revente des vins.

2 - Acquérir des parts de fonds dédiés aux grands crus

Se constituer une cave peut être à la portée de tous ou presque, tout dépend des vins que l'on souhaite acheter. Il est désormais possible d'acheter des parts de fonds d'investissement dédiés au vin. Inexistant en France, il est plus facile de trouver ce type de fonds en Grande-Bretagne avec le Wine Investment Fund ou encore Vintage Wine Fund. Plus accessible, la Sicav luxembourgeoise Nobles Crus, gérée par Elite Advisers, propose ce type d'investissement.

Avec un montant minimum d'investissement de 125.000 euros, ce fonds peut se permettre d'investir dans des grands crus, notamment dans les bourgognes qui composent la majorité des vins détenus aujourd'hui, 10 % étant conservés en cash. Les frais de gestion s'élèvent à 2 % par an et le fonds est valorisé tous les mois sur la base de cinq prix de référence (marchands et enchères). En 2010, le fonds a ainsi réalisé une performance de 13,41 % et de 6 % entre janvier et juillet 2011. Par ailleurs, le fonds propose de déposer les vins dans des entrepôts ad hoc qui permettent de ne pas payer la TVA. Lorsqu'un investisseur souhaite sortir du fonds, il récupère sa mise, augmentée de la plus-value, soit en numéraire, soit en bouteilles de grands crus.

Il y a quelques années, la Société Généralecute; Générale s'était essayée à la gestion d'un tel fonds, mais le manque de performances l'avait poussée à le fermer plus tôt que prévu. Les porteurs de parts étaient alors sortis avec de très belles bouteilles.

3 - Investir dans une société cotée spécialisée dans la filière

Le secteur du vin représente un segment à part entière sur le marché financier français. Le vin papier couvre ainsi l'ensemble de la filière. Et même si les maisons de champagne ont été les pionnières à avoir levé des fonds en Bourse, il est désormais possible de trouver des entreprises cotées uniquement liées au secteur viticole comme AdVini, qui résulte de la fusion de deux négociants et éleveurs de vins, ou encore ?neo, l'un des leaders mondiaux de la tonnellerie et du bouchage de vin. Des « pure players » qui côtoient désormais des spécialistes de la distribution comme le site Internet 1855.

Investir dans ce secteur nécessite une bonne connaissance du marché et des opérations qui restent encore peu couvertes par les journaux financiers. L'avantage majeur de ce type d'investissement résulte dans sa liquidité, comme pour toute action cotée.

Parallèlement, il est désormais possible d'acheter des parts de sociétés non cotées. Encore assez rares et peu présentes dans le vin lui-même, des entreprises évoluant autour du secteur ont tenté l'expérience comme Mesvignes.com. Ce site, qui propose des packages oenotouristiques, a levé près de 150.000 euros auprès d'investisseurs privés. L'avantage pour la société est de pouvoir financer son développement grâce à des investisseurs qui s'engagent sur cinq ans afin de bénéficier d'une exonération d'impôts.

4 - S'offrir des vignes à travers un groupement foncier viticole

Sans pour autant acheter une vigne au sens propre du terme, il est possible de détenir une part de groupement foncier viticole (GFV). Ce produit haut de gamme permet d'acheter une part de société civile immobilière, qui réunit un nombre limité d'associés.

L'objectif est de détenir des biens fonciers viticoles dont l'exploitation est confiée à un fermier par un bail à long terme. Une part de GFV reste tout de même élevée puisqu'elle est en moyenne de 20.000 euros avec une rentabilité de 2 % à 3 % par an. Malgré cela, ce produit patrimonial présente un avantage fiscal de taille, les revenus fonciers liés au loyer sont soumis au régime de microfoncier avec un abattement de 30 %.

Par ailleurs, les parts de GFV sont exonérées d'ISF à hauteur de 75 % dans la limite de 101.897 euros, puis de 50 % au-delà de ce seuil, à condition de louer les terres par un bail à long terme de dix-huit ans.

Aujourd'hui, il est aussi possible d'acquérir une part de vigne à travers l'achat dans une résidence de tourisme adossée à une vigne, qui présente aussi des avantages fiscaux non négligeables, notamment si on opte pour un statut de loueur meublé non professionnel.

Enfin, le moins onéreux reste souvent la meilleure solution pour les amateurs : louer un cep de vigne permet ainsi de financer des vignes tout en s'approchant au plus près du vigneron qui s'engage à informer le loueur de la vie de son cep.

Interview de Thierry Desseauve, coauteur du « Guide Bettane & Desseauve des vins de France » aux éditions La Martinière.

Pour Thierry Desseauve, tout le monde peut se constituer une cave, à condition d'avoir les bons réflexes.« Il est facile de trouver un cru de qualité à un prix très raisonnable »

Existe-t-il une méthodologie particulière pour se constituer une cave ?

S'il s'agit de gagner de l'argent grâce au vin, il faut alors s'orienter sur des étiquettes de renom dont la valorisation est prouvée et ne cesse de grimper. Des vins comme les premiers crus ou assimilés de bordeaux (haut brion, petrus, yquem...) sont incontournables, comme la romanée conti en Bourgogne. Certaines « signatures », comme tous les vins des Barons de Rothschild-Lafite, sont des placements intéressants, la plupart d'entre eux permettant une plus-value immédiate. Le problème est de pouvoir se procurer ces vins.

Comment choisir un intermédiaire ?

Pour profiter du potentiel de croissance des vins de bordeaux, il faut les acheter en primeur. Pour cela, il faut savoir à qui s'adresser comme intermédiaire et le plus simple est de faire appel à un négociant ayant pignon sur rue, un caviste de renom comme Lavinia ou encore des sites Internet contrôlés par des grands négociants bordelais comme Millesima, Wineandco ou Chateaunet. Le prix : il faut compter au minimum une marge de 20 % par rapport au prix « de sortie » hors taxe. En Bourgogne, c'est plus compliqué, puisqu'il n'y a pas de primeur. Il faut connaître les intermédiaires et c'est souvent à l'étranger que l'on trouve les meilleurs prix. Le site Wine-Searcher recense ainsi l'ensemble des revendeurs.

Et pour un amateur de vin, quelle est la méthodologie ?

Il est aujourd'hui beaucoup plus facile de trouver un vin de qualité à un prix très raisonnable. On trouve de bons vins à partir de 5 ou 10 euros. Et il est possible de trouver des grands châteaux de Bordeaux à partir de 20 euros, mieux faits que des premiers crus des années 1970 !

 

Pour aller plus loin : notre espace vin

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Commentaires

Anatole  a écrit le 07/02/2012 à 20:12 :

Peut-on mettre ces opcvm dans un PEA ?

P.M

Olivier  a écrit le 18/01/2012 à 11:34 :

Je ne manquerai pas de citer le site Cavissima véritable spécialiste de la constitution et gestion de cave à vin en ligne. Ils offrent une solution pertinente en terme de tarif pour investir dans le vin. Je vous invite à y jeter un oeil.

Jean  a écrit le 06/09/2011 à 21:16 :

Il y a quelques années, j'ai entendu parler de fonds qui investissaient sur le vin et qui avaient fait de grosses pertes sur les prieurs, et avaient du mal à écouler leur stock de productions d'une mauvaise année... Pas non plus un placement miracle, désolé. Mais de là à boire pour oublier...