Le "plan de relance Merkel" au banc d'essai

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La chancelière allemande a laissé entendre qu'elle voulait relancer l'économie européenne par la consommation. Des propos qui ont suscité beaucoup d'espoirs en France. A raison ?

Il est toujours amusant de constater qu'une même information est traitée de façon diamétralement opposée par les médias de deux pays. Prenez, par exemple, la déclaration - furtive - d'Angela Merkel jeudi, en marge d'une rencontre avec le premier ministre hongrois Viktor Orban, où elle affirme sa volonté de soutenir la consommation en Allemagne pour relancer la croissance européenne. En France, cette déclaration a été très largement reprise par les médias. En Allemagne, on chercherait en vain un vrai article dans la presse nationale sur le sujet.

Pourquoi cette divergence ? Parce que cette relance de la croissance européenne par la consommation allemande est un des espoirs français. C'est le pendant de la critique des excédents allemands qui revient si souvent de ce côté-ci du Rhin. Autant les excédents courants allemands sont le signe de « l'égoïsme » allemand, autant la reprise de la consommation outre-Rhin permettra de dynamiser les importations et donc de donner un coup de fouet aux économies des partenaires européens de l'Allemagne. Outre-Rhin, cet argument laisse assez sceptique la presse allemande qui craint trop les déficits pour encourager la réduction des excédents et qui sait que les déclarations de la chancelière relèvent plus de l'intention que de la vraie stratégie. 

Angela Merkel est-elle sérieuse ?

Jeudi, la chancelière a indiqué que « quand nous avons un déficit public largement sous les 3 %, c'est aussi notre devoir de faire quelque chose pour la relance de l'économie européenne » et elle a annoncé des « baisses d'impôts. » Il est vrai que l'Allemagne sera à l'équilibre de ses comptes publics au sens de Maastricht cette année, mais la question des baisses d'impôts est une arlésienne outre-Rhin. En 2009, la coalition entre conservateurs et libéraux avait placé une réforme fiscale considérable dans son programme. Mais le 11 mai 2010, Angela Merkel avait sifflé la fin de la partie en suspendant ce projet. Depuis, pour complaire aux Libéraux qui s'étaient envolés lors du scrutin de 2009 sur un programme de baisse d'impôts, Angela Merkel a tenté quelques timides baisses d'impôts, mais entre-temps, la majorité du Bundesrat est passée à gauche et a bloqué ces projets. Actuellement, il ne semble pas possible de baisser les impôts outre-Rhin, car cette question ne fait pas consensus et ne semble pas nécessaire. Du reste, le budget fédéral 2013 présenté la semaine dernière ne prévoit rien dans ce sens.

En résumé : il s'agit sans doute plus d'un message à lire dans le contexte du lancement de la campagne électorale pour le scrutin de 2013. Face à un SPD qui progresse vite, elle doit trouver la parade, celle de la relance par les baisses d'impôts lui permet de donner des gages aux Libéraux en coupant l'herbe sous le pied des keynésiens sociaux-démocrates.

La relance de la consommation en Allemagne est-elle le salut de l'Europe ?

La chancelière a ouvertement évoqué un schéma de relance par la consommation. L'Allemagne est déjà un des rares pays d'Europe où la consommation a fortement progressé en 2010 et 2011. En 2011, la consommation a progressé de 1,4 % et a apporté un point aux 3 % de croissance de l'Allemagne, notamment grâce aux hausses de salaire et au bon comportement du marché du travail. Et force est de constater que cette bonne santé n'a guère dopé les économies européennes. La France a fait pâle figure, l'Italie et l'Espagne se sont enfoncées dans la récession, tout comme les Pays-Bas, pourtant deuxième partenaire commercial de l'Allemagne. Bref, la consommation allemande semble un dopant peu efficace. En réalité, comme partout ailleurs, les produits finis et les biens de consommation proviennent de plus en plus d'Asie, principalement de Chine. La Chine a dépassé la France comme principal fournisseur de l'Allemagne en 2010. La consommation allemande peut certes profiter à certains secteurs, comme l'agro-alimentaire, mais c'est insuffisant pour doper la croissance française. Entre 2008 et 2011, le secteur agro-alimentaire n'a exporté que 168 millions d'euros de plus vers l'Allemagne...

Bref, difficile de voir dans la consommation des ménages allemande un salut pour la conjoncture européenne. D'autant que, lorsque la crise fait rage, les Allemands préfèrent souvent épargner que consommer, même si leurs revenus progressent. La crainte de l'inflation, encouragée par certains médias comme le Spiegel qui, cette semaine titre sur « Attention ! Danger d'inflation » renforce encore le phénomène. Et dans ce cas, la relance par la hausse des revenus restera une vue de l'esprit. Encore une fois, cette relance par les ménages allemands semble appartenir à un des mythes français concernant l'Allemagne.
 

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a écrit le 15/10/2012 à 15:26 :
Avant de propager la relance de la consommation en Europe elle ferait mieux de faire le menage chez elle et d´eviter d etouffer la consommation dans son propre pays cela avant les élections de 2013.

Parce qu elle s´est mise 2 gros boulets aux chevilles qui vont lui coûter la peau des fesses:
a) la baisse draconiene du pouvoir d´achat des retraités, dont les revenus n´ont pratiquement pas augmenté depuis 2002 alors que les prix ont doublé (!!!).
b) la verité sur son programme de "sortie du nucelaire" qui s´avere être une avalanche de redevances pour financer les subventions d´energie renouvelable, chiffre communiqué aujourd hui ( environ 200 euro /an/menage à partir de 1.1.2013) alors qu l´industrie lourde en sera exemptée !!

a écrit le 14/10/2012 à 18:28 :
Je cite: "difficile de voir dans la consommation des ménages allemande un salut pour la conjoncture européenne" (faute d'orthographe dans le mot "allemande" mais la n'est pas le problème)
Il faut simplement introduire une règle d'or pour que les Balances commerciales entre les pays de l'Union monétaire soient équilibrées, comme cela a été fait pour les budget cela peut être fait pour les balances commerciales en jouant la sur la TVA que l'on pourrait varier selon la situation de la balance commerciale. (une entre tant d'autres possibilités)
Il faut se rendre à l'évidence, la disparité des compétitivités à l'intérieur de l'Union Monétaire est surtout due à des facteurs naturels et immuables (taille du marché intérieur, position géographique, topographie, climat, ressources et richesse naturelles (matières premières), taille du pays, etc, etc.)
S'il est vrai que la France et l'Allemagne pourraient arriver à une compétitivité comparable il n'en est pas de même pour d'autres pays de la zone Euro.
Des pays aussi peu industrialisés que le Portugal, la Grèce et autres ont donc peu de chance d'arriver à la même compétitivité que l'Allemagne (à moins de devenir des paradis fiscaux).
Leur demander d'augmenter leur compétitivité par le dumping social et par le dumping des salaires et illusoire. Des pays comme la Chine, l'Inde et autres pays asiatiques ne peuvent être égalés en ce qui concerne le dumping social.
Seule solution, les accords doivent être modifiés de façon à permettre aux pays ainsi désavantagés de développer et de protéger leur économie contre des économies plus fortes afin d'arriver au sein de l'Union Monétaire à une plus grande convergence des économies.
Il est aussi important d'arriver à un partage horizontal du travail pour éviter l'exil de jeunes souvent hautement qualifiés dans les pays périphériques (Portugal, Espagne, Grèce 50% de chômage des jeunes).
Il faut tenir compte de la réalité, l'Allemagne étant le pays économiquement le plus fort de la Zone Euro a pu profiter de l'endettement des autres pays pour développer son industrie aux dépens des autres économies de la Zone Euro.
L'exemple allemand restera espérons le une exception, il nous faut maintenant trouver un remède au mal et aux préjudices causés aux autres économies de l'Union Monétaire Européenne par des traités avantageux surtout pour les économies fortes!
a écrit le 14/10/2012 à 17:31 :
bonjour.
si les entreprises françaises ont du mal à convaincre les allemands à acheter; le défaut n'est pas chez les allemands mais bel et bien chez les français, qui, soit ne comprennent rien au marketing, soit ne sont pas compétent tout simplement.
il faut songer à changer les directeurs marketing des entreprises, si il le faut vous faites appelle à ces génies allemands, tant les français ne sont pas à la hauteur...mais quand même j'ai espoir en les entreprises françaises, je suis pas français mais il ne vous manque rien pour être les premiers!.
Réponse de le 14/10/2012 à 18:07 :
@ anonyme,
une question: savez vous que tout excédent exige un déficit?
Simplement mathématiquement!
A lire vôtre commentaire on pourrait penser que vous étés d'avis que tout le monde peut avoir un excèdent à condition de savoir s'y prendre.
Et bien ce n'est pas possible, comme il n'est pas possible que tout le monde aille plus vite que les autres ou que tout le monde soit le plus bête de tous.
Ne vous sentez pas visé surtout!
a écrit le 14/10/2012 à 5:57 :
Je cite: "la presse allemande qui craint trop les déficits pour encourager la réduction des excédents"
Elle est bonne celle-la, parce ils craignent les déficits, nos amis d'Outre Rhin veulent des excédents qui pour d'autres, dont nous, sont forcement des déficits.
Il faut le lire pour le croire!
C'est le problème du "Lebensraum" de leurs ancêtres et qu'ils croyaient légitime de prendre à leurs voisins.
Ils n'ont pas changé et ils n'ont rien compris!
a écrit le 14/10/2012 à 0:34 :
Si je comprend bien, c'est Hollande qui nous a tympanisés avec la croissance mais c'est Merkel et pas lui qui la fait. Qu'est ce qu'il attend? Que toutes les entreprises françaises aient fini de disparaître sous le poids des charges sociales, des 35h et des nouveaux impôts distribués à tout va. On est déjà champions du monde des faillites d'entreprises qui ne seront plus la pour employer les jeunes qui vont continuer à se présenter sur le marché du travail. On avait mal voté pour le président précédent, serait-ce pareille pour le remplaçant?
a écrit le 13/10/2012 à 19:55 :
Pauvre France incapable de se remettre en question, arrogante, l'Allemagne est le partenaire privilégié des PECO de par la proximité géographique et les liens historiques et culturels. l'Allemagne est le Fournisseur principal de la Russie, les entreprises y ont investi d'énormes capitaux. L'Asie est le deuxième marché achetant des produits allemands et les allemands sont les plus grands investisseurs en Chine.
L'Allemagne est le deuxième exportateur de biens et de services dans le monde derrière la Chine. La France s'enfonce dans la crise, perd des parts de marché mondial c'est un pays féodal et sous développé, dirigé par des énarques incompétents
a écrit le 13/10/2012 à 19:09 :
l'espoir francais c'est que les allemands deviennent aussi mediocres qu'eux.... merkel et hollande ne sont pas faits du meme bois ( et si steinbrueck est elu, ca sera pareil...)
a écrit le 13/10/2012 à 15:23 :
on chercherait en vain un article équilibré dans les faits. La chine est un fournisseur important pour l'Allemagne, mais l'inverse est encore plus vrai. Depuis cette année l'Allemagne exporte plus en Chine qu'elle importe. Et cela à niveau d'échange de plus en plus élevé. En ce qui concerne l'agro-alimentaire, la dynamique est surprenante. Cest l'Allemagne qui a dépassé la France comme 1er exportateur des produits agro en Europe. Même donc les secteurs hautement subventionné (PAC, pour éviter la contribution net de la France au budget européen) ou du militaire ,le géant français du budget militaire exporte bien moins de ces navrants produits. De toute façon, 2/3 des exportations allemandes sont destinés hors zone euro, il est peu surprenant que les importations zone euro ne soient pas si florissantes et l'objet principale de la consommation allemande. Bien que les importations zone euro sont en hausse et les exportations à la baisse. Il y a en effet un mini-équilibrage qui se passe tout de même. Mais la France n'a pas grand chose à proposer (ou de moins en moins) aux allemands, aux européens et au reste du monde. En dehors de leçon de moral et avec des vains appels pour relancer éternellement une croissance qu'elle ne saura ni trouver, ni définir.

Réponse de le 13/10/2012 à 19:11 :
oui... si la france exportait ses syndicalistes, elle serait bcp plus competitive ( et les autres bcp moins) , et si les lecons de morale a gogo avait une valeur pecuniere, la balance francaise serait excedentaire
a écrit le 13/10/2012 à 13:40 :
En être réduit à espérer une relance par la consommation en Allemagne ou, pourquoi pas, une reprise de la croissance dans le monde, pour surtout n'assumer aucun effort de baisse des dépenses publiques, traduit l'incroyable vacuité de la classe politique française. Le mot d'ordre stratégique reste le même quel que soit le parti politique au pouvoir : occuper le terrain, tenir le plus longtemps possible pour ne rien changer du modèle social en fin de vie qui ruine le pays et ses enfants, même un petit peu à la marge.
Réponse de le 13/10/2012 à 15:10 :
+100
a écrit le 13/10/2012 à 10:23 :
Ils en sont reduit a ca....Autant dire qu'on est dans la m***e

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