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ÉconomieUnion européenne

Le "plan de relance Merkel" au banc d'essai

Romaric Godin

Publié le 12 octobre 2012 à 21:23

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La chancelière allemande a laissé entendre qu'elle voulait relancer l'économie européenne par la consommation. Des propos qui ont suscité beaucoup d'espoirs en France. A raison ?

Il est toujours amusant de constater qu'une même information est traitée de façon diamétralement opposée par les médias de deux pays. Prenez, par exemple, la déclaration - furtive - d'Angela Merkel jeudi, en marge d'une rencontre avec le premier ministre hongrois Viktor Orban, où elle affirme sa volonté de soutenir la consommation en Allemagne pour relancer la croissance européenne. En France, cette déclaration a été très largement reprise par les médias. En Allemagne, on chercherait en vain un vrai article dans la presse nationale sur le sujet.

Pourquoi cette divergence ? Parce que cette relance de la croissance européenne par la consommation allemande est un des espoirs français. C'est le pendant de la critique des excédents allemands qui revient si souvent de ce côté-ci du Rhin. Autant les excédents courants allemands sont le signe de « l'égoïsme » allemand, autant la reprise de la consommation outre-Rhin permettra de dynamiser les importations et donc de donner un coup de fouet aux économies des partenaires européens de l'Allemagne. Outre-Rhin, cet argument laisse assez sceptique la presse allemande qui craint trop les déficits pour encourager la réduction des excédents et qui sait que les déclarations de la chancelière relèvent plus de l'intention que de la vraie stratégie.

Angela Merkel est-elle sérieuse ?

Jeudi, la chancelière a indiqué que « quand nous avons un déficit public largement sous les 3 %, c'est aussi notre devoir de faire quelque chose pour la relance de l'économie européenne » et elle a annoncé des « baisses d'impôts. » Il est vrai que l'Allemagne sera à l'équilibre de ses comptes publics au sens de Maastricht cette année, mais la question des baisses d'impôts est une arlésienne outre-Rhin. En 2009, la coalition entre conservateurs et libéraux avait placé une réforme fiscale considérable dans son programme. Mais le 11 mai 2010, Angela Merkel avait sifflé la fin de la partie en suspendant ce projet. Depuis, pour complaire aux Libéraux qui s'étaient envolés lors du scrutin de 2009 sur un programme de baisse d'impôts, Angela Merkel a tenté quelques timides baisses d'impôts, mais entre-temps, la majorité du Bundesrat est passée à gauche et a bloqué ces projets. Actuellement, il ne semble pas possible de baisser les impôts outre-Rhin, car cette question ne fait pas consensus et ne semble pas nécessaire. Du reste, le budget fédéral 2013 présenté la semaine dernière ne prévoit rien dans ce sens.

En résumé : il s'agit sans doute plus d'un message à lire dans le contexte du lancement de la campagne électorale pour le scrutin de 2013. Face à un SPD qui progresse vite, elle doit trouver la parade, celle de la relance par les baisses d'impôts lui permet de donner des gages aux Libéraux en coupant l'herbe sous le pied des keynésiens sociaux-démocrates.

La relance de la consommation en Allemagne est-elle le salut de l'Europe ?

La chancelière a ouvertement évoqué un schéma de relance par la consommation. L'Allemagne est déjà un des rares pays d'Europe où la consommation a fortement progressé en 2010 et 2011. En 2011, la consommation a progressé de 1,4 % et a apporté un point aux 3 % de croissance de l'Allemagne, notamment grâce aux hausses de salaire et au bon comportement du marché du travail. Et force est de constater que cette bonne santé n'a guère dopé les économies européennes. La France a fait pâle figure, l'Italie et l'Espagne se sont enfoncées dans la récession, tout comme les Pays-Bas, pourtant deuxième partenaire commercial de l'Allemagne. Bref, la consommation allemande semble un dopant peu efficace. En réalité, comme partout ailleurs, les produits finis et les biens de consommation proviennent de plus en plus d'Asie, principalement de Chine. La Chine a dépassé la France comme principal fournisseur de l'Allemagne en 2010. La consommation allemande peut certes profiter à certains secteurs, comme l'agro-alimentaire, mais c'est insuffisant pour doper la croissance française. Entre 2008 et 2011, le secteur agro-alimentaire n'a exporté que 168 millions d'euros de plus vers l'Allemagne...

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Bref, difficile de voir dans la consommation des ménages allemande un salut pour la conjoncture européenne. D'autant que, lorsque la crise fait rage, les Allemands préfèrent souvent épargner que consommer, même si leurs revenus progressent. La crainte de l'inflation, encouragée par certains médias comme le Spiegel qui, cette semaine titre sur « Attention ! Danger d'inflation » renforce encore le phénomène. Et dans ce cas, la relance par la hausse des revenus restera une vue de l'esprit. Encore une fois, cette relance par les ménages allemands semble appartenir à un des mythes français concernant l'Allemagne.

Romaric Godin

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