Budget européen : Berlin décidera de la future Europe

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Dans les négociations européennes, le poids de Berlin sera décisif. La tentation d'une alliance avec Londres sur la délicate négociation sur la dotation budgétaire (2014-2020) de l'UE ne doit pas être écartée. Elle définirait cependant une toute nouvelle Europe.

Revoici donc les discussions sur le budget européen. Le délai que s?étaient accordé les dirigeants européens, faute de mieux, en novembre a expiré. Sans qu?il n?ait servi à rien. Mais ceci devient un leitmotiv de la politique européenne, qu?il s?agisse de la crise européenne, de la défense ou du budget : on se contente de gagner du temps pour, en réalité, mieux en perdre puisque le délai consenti ne sert nullement à dégager une solution, mais à dégager un compromis qui permettra de gagner à nouveau du temps.

Un délai pour rien

Aussi ce délai n?aura-t-il que bien peu servi à rapprocher les positions des uns et des autres sur la question budgétaire. David Cameron, le Premier ministre britannique, réclame toujours une réduction des dépenses. L?annonce d?un possible référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l?Union européenne (UE) n?a certes pas émoussé sa détermination. Bien au contraire : il met ses partenaires face à ses responsabilités. Veulent-ils maintenir Londres dans l?Europe ? Ou, plus prosaïquement, empêcher un précédent fâcheux de se produire ? Alors, ils devront céder aux exigences du locataire du 10, Downing Street. En face, France et Italie restent déterminées à ne pas céder sur ce que souhaiteraient atteindre les Britanniques, les Danois ou les Autrichiens : la PAC et les fonds de cohésion. Au point que François Hollande et Mario Monti ont clairement indiqué qu?on était encore loin d?un accord.

Berlin à la clé

Bref, la guerre de positions se poursuit. Encore une fois, la clé de la situation se trouvera à Berlin. Seule la chancelière est capable de faire pencher la balance d?un côté ou de l?autre ou bien de forger un compromis. L?Allemagne avait tancé à l?automne David Cameron sur son chantage au « Brexit » avant de s?allier objectivement avec Londres pour bloquer les prétentions franco-italiennes. En réalité, l?incertitude concernant les négociations sur le budget européen révèle surtout l?incertitude de la position allemande.

Proximité germano-britannique

En réalité, l?Allemagne a une position très proche de celle de Londres. Officiellement, elle réclame de limiter à 1 % du PIB européen les dépenses, soit à 960 milliards d?euros pour la période 2014-2020. Londres voudrait un peu moins encore, mais les objectifs sont les mêmes. Il s?agit d?appliquer les recettes actuellement en ?uvre dans la zone euro aux institutions européennes. « A une époque où les déficits nationaux affichent des chiffres élevés, et où beaucoup de pays réduisent leurs dépenses, celles de l?Union européenne doivent l?être de même », analyse l?institut IW de Cologne, proche du patronat allemand.

L?Europe, zone de compétition interne

David Cameron et Angela Merkel sont en réalité d?accord sur un point : l?Union européenne ne doit pas soutenir des secteurs non concurrentiels et ne doit pas devenir une « union de transferts. » Réduire la PAC (politique agricole commune) qui subventionne une agriculture non compétitive et entamer les fonds de cohésion qui aident aux développements de certaines régions par des transferts sont donc deux objectifs sur lesquels les gouvernements britannique et allemand peuvent se mettre d?accord. L?Europe deviendrait alors une vraie zone où jouerait pleinement la concurrence. Si l?agriculture française veut survivre, elle devra s?adapter par une industrialisation accrue. Ce qu?a fait l?agriculture allemande, par exemple. Evidemment, ceci aura un coût social. Mais ne nous dit-on pas justement que les politiques d?ajustements budgétaires des pays du sud de la zone euro sont indispensables malgré leur coût social ?

Nouvelle architecture

Si Berlin décide de s?allier sur un dossier aussi important à Londres, c?est une nouvelle architecture de l?Union européenne qui sera alors établie. La fonction de l?administration bruxelloise sera alors exclusivement de s?assurer que la compétition se déroule sans accroc et que les dépenses publiques sont limitées dans les Etats membres pour ne pas nuire à cette compétition. Le « fédéralisme » tant vanté par certains comme « l?unique solution à la crise » serait donc un fédéralisme sans solidarité, ou avec une solidarité a minima. Ce serait un fédéralisme budgétaire qui permettrait simplement de conserver les avantages des uns, par exemple des Britanniques dans la finance ou des Allemands dans les biens d?équipement. En réalité, ce ne serait donc pas une fédération. Même si, en Allemagne, la solidarité interne ne va pas toujours de soi?

Dosage

Evidemment, l?occasion est alléchante pour Angela Merkel de se débarrasser du poids de cette PAC qui agace depuis toujours les gouvernements allemands, mais que l?on tolérait au nom de la sacro-sainte « amitié franco-allemande. » Reste à savoir si Berlin signera l?arrêt de mort de cette dernière en soutenant Londres. Ce ne sera sans doute pas le cas, car, en Europe, les décisions sont rarement tranchées. Sans compter qu?Angela Merkel va hésiter à mettre Mario Monti en difficulté avant les élections des 25 et 26 février prochain. Il y aura sans doute, in fine, un compromis. Mais tout sera dans le dosage. Si l?on a plus de potion anglaise que de potion française dans le mélange final, ce sera un signe clair de la future orientation allemande. On notera, en tout cas, qu?un allié proche de l?Allemagne comme les Pays-Bas a récemment, par la voix de son Premier ministre Mark Rutte, pris des positions très proches de celles de David Cameron en réclamant plus de « flexibilité » dans l?Union européenne et dans l?adhésion à l?UE.

Ce qui est certain, c?est que ce qui sortira de ces négociations ouvrira la voie à l?Europe de demain. Et si le duo Berlin-Londres pèse plus lourd que le « couple » franco-allemand, alors l?espoir d?une Europe « fédérale » ne sera plus qu?une utopie. Tant pis pour ceux qui ont cru qu?Angela Merkel était une « fédéraliste »?

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Commentaires
a écrit le 09/02/2013 à 14:00 :
tant mieux,mme.Merkel esr très nettement plus compétente que prétentieux hollande !
a écrit le 06/02/2013 à 11:30 :
Quelle claire synthèse ! Le foirail européen n'a pas d'autre fonction qu'un maquignonnage d'antagonismes.
Nous avons l'exemple des ethnies ou nations qui s'épuisent à la guerre en épuisant leurs adversaires ; sans être de véritables terroristes ! Cf notre exemple algérien. De Gaule avait raison ; quelle folie nous a pris de prétendre unifier 27 ou même 17 pays autant différenciés ? Soit disant parce qu'on ne croyait pas à une union à six ?
Alors, ne pouvait-on pas entamer une étape à trois ou quatre ?
a écrit le 06/02/2013 à 8:10 :
La Russie a interdit, à partir du 4 février 2013, les importations de viandes réfrigérées en provenance des Etats-Unis et d'Allemagne
L'interdiction des fournitures de viandes réfrigérées de volaille, de boeuf et de porc d'Allemagne tient à la diffusion du virus Schmallenberg dans ce pays et à l'inefficacité des garanties du service vétérinaire allemand. /L
Trouvé ce matin dans la presse
Réponse de le 06/02/2013 à 9:15 :
Quel rapport avec l'article?
a écrit le 05/02/2013 à 6:46 :
Moi President je renegocierai les traites avec Angela .!..!!!.!.!.!!

Moi President je vais avaler tout ce que les autres vont me demander!
a écrit le 05/02/2013 à 4:01 :
En tant qu'allemand et fonctionnaire je me dis que pour le moment, grâce a nôtre excédent de la balance commerciale de 16 Milliards PAR MOIS en moyenne et ceci depuis plus de 10 ans. Nous profitons plus que quiconque de l'UE et de l'Union Monétaire, ceci aux dépens des pays moins favorisés que nous. Les quelques petits milliards que l'Allemagne doit verser à Bruxelles tous les ans ne sont rien par rapport à l'excèdent commercial que nous réalisons grâce à cette petite cotisation. Excèdent commercial énorme qui nous permet d'exporter nôtre chômage vers les pays de l'union monétaire économiquement plus faibles et qui, a cause des traités imposés à l'UE et surtout à l'Union Monétaire par l'axe franco-allemand, ne peuvent ni empêcher ni taxer l'avalanche de produits Made in Germany, Made in China, Made in Korea, etc., etc., qui étouffe et empêche leurs propres économies de se développer. Les bénéfices ainsi réalisés dans les pays sur-endettés, y compris la Grèce et la France étant souvent réinvestis par nos grandes entreprises hors de la Zone Euro, souvent dans les pays de l'ancien bloc soviétiques que nous sommes en train de coloniser d'ailleurs en rachetant tout ce qui est privatisé, ce qui va nous donner le contrôle économique sur ces pays. Que la Grèce, l'Espagne, le Portugal et autres affichent un chômage des jeunes qui dépasse déjà les 50% n'intéresse ni M Weidmann, ni M Sarrazin, ni ma pomme, et Merkel s'en balance, en fait cela nous arrange, nous récupérons ainsi l'élite de ces pays, puisque nous manquons de jeunes hautement qualifiés. Quand à M Klaus Regling, qui se dit inquiet pour l'Italie (production industrielle en baisse de plus de 25% depuis 2007), croyez moi, c'est bien le dernier des soucis des Allemands. L'Italie est destinée à faire partie du tiers monde à plus ou moins brève échéance, la France également mais à très long terme. Les accords UE ne garantissent pas une qualité de vie similaires dans les pays de l'Union Monétaire, le fait que les pays pauvres deviennent toujours plus pauvres et les pays riches toujours plus riches le prouve. Une sorte de néocolonialisme en somme. Et qui nous empêchera de quitter ce cirque qu'est l'UE, une fois que nous aurons reconquis en en prenant le contrôle économique, les « Ostgebiete » perdus après la deuxième guerre mondiale? Déjà une bonne partie de ces territoires est au main du gros capital allemand.
Réponse de le 05/02/2013 à 7:03 :
Certes, mais l'histoire s'écrit plutôt en regardant devant, cette fois-ci. Que tout celà soit vrai montre bien qu'il n'y a plus trop à attendre pour donner une configuration moins nationale à une construction tjrs en devenir: et à notre connaissance les Allemands n'y ont pas renonçé ils finiront par le comprendre si la coalition actuelle subit le même sort qu'aux assemblées régionales.Et ne dites pas que l'Allemagne veut revivre son passé!
Réponse de le 05/02/2013 à 7:52 :
@ pasd'accord
Si, l'Allemagne veut revivre son passé, mais seulwmwnt la bonne partie de son passé.
Ils croient pouvoir y arriver en faisant plus attention cette fois.
J'espére qu'il y aura de nouveau quelqu'un capable de l'empecher.
Nous ne voulons pas d'Europe allemande mais une Allemagne éuropéenne ou pas d'Allemagne du tout en Europe.
Die weiße Rose
a écrit le 05/02/2013 à 1:12 :
Bye bye l'idée européenne!!! Mais si on révise la PAC, et que l'on touche beaucoup moins que le niveau de notre contribution, la France doit exiger un rabais comme les anglais. Y a pas de raison...
Réponse de le 05/02/2013 à 9:40 :
On touche toujours moins que notre contribution. La France est un contributeur net (21 milliards pour 13 milliars laborieusement récupérés). Il est urgent de sortir de l'euro/l'ue avant qu'il ne soit trop tard. Un site pour comprendre : www.u-p-r.fr
a écrit le 05/02/2013 à 1:11 :
J?ai été travailler en Angleterre et je trouve que le travail y est plus facile même si l?activité est plus importante? les français sont les plus mauvais de toute l?Europe pour ce qui est de l?anglais, encore une défaillance du système éducatif, cher payé pour aucun résultat. L?ETA NE FAIT PAS SON TRAVAIL, si ce n?est entraver la société.
a écrit le 04/02/2013 à 23:52 :
Les allemands decideront ce que nous accepterons qu'ils decident.
a écrit le 04/02/2013 à 19:49 :
Eh bien les français ne pourront s'en prendre qu'à eux mêmes, non? depuis tant d'année que Berlin attend un signe qui ne vient jamais.......de Paris.
a écrit le 04/02/2013 à 18:52 :
Quelle bonne idee que de s'unir pour se mener une guerre de competitivite sans merci....On nous a vendu une europe social,culturel,des peuples,ca sera finalement une europe des nomenklaturats,grands patrons,une monarchie taille xxl.
Le retour du terrorisme inter europeen(brigade rouge etcetc) va reapparaitre,merci a angela,cameron et bruxelles
a écrit le 04/02/2013 à 17:59 :
Marrant le 4ème reich qui se dessine à l'horizon...
Réponse de le 06/02/2013 à 9:18 :
Avec une alliance Londres Berlin? Vous êtes bon en histoire vous!
a écrit le 04/02/2013 à 17:59 :
La politique politicienne tue tout.
a écrit le 04/02/2013 à 17:53 :
Si Berlin s'allie avec Londres, j'espère que Merkel a bien conscience qu'on s'oriente vers une Europe "on-demand" où chacun prend ce qu'il veut et rejette le reste. Au revoir le rêve européen Bref, il n'y aura plus d'Europe et on va se faire distancer à tout point de vue par l'Asie et l'Amérique.

Un point qui est vrai: il faut réviser la PAC. C'est un sujet primordial. Je ne suis absolument pas spécialiste, mais je pense que la PAC doit servir à moderniser l'agriculture tout en étant éco-responsable. Difficile à faire....
a écrit le 04/02/2013 à 17:38 :
La PAC ne doit rien à la "sacro sainte amitié franco allemande" mais au contraire est une mesure négociée et prise en contrepartie de l'ouverture des frontières aux produits industriels de l'Allemagne. Le secteur agricole étant structurellement non compétitif face au reste du monde. Ces négociations ont beau jeu d'être dénoncées par les puissants du moment et les tenants du libre échange ou du marché unique, L'Europe a perdu le caractère communautaire et se focalise uniquement sur le chacun pour soi. Il serait donc, dans cette perspective, judicieux de laisser se produire un blocage jusqu'à la sortie de la GB ou à un retour à une négociation plus équilibrée. La PAC est l?élément le plus flagrant de la disparition graduelle des mesures d'équilibrage en échange de l'ouverture des marchés. Les pays comme l'Italie et l'Espagne, en position de faiblesse conjoncturelle contribuent plus que la GB pour l'Italie et un peu moins pour l'Espagne devraient pouvoir faire entendre leur voix un peu plus fort. Les Pays Bas ne représentent que la moitié de l'Espagne, sans parler des danois. L'importance que veulent prendre les pays qui ne sont pas attaqués aujourd'hui sur leur dette est démesurée par rapport à leur importance en Europe. Les pays du sud, dénigrés ouvertement sous le nom de PIIGS ou de "club med" ne devraient pas hésiter à réagir fortement, ils en ont la capacité économique.
a écrit le 04/02/2013 à 16:58 :
Charmants, ces deux "énarques"! qui font la pluie et le beau temps! sortons les parapluies!!

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