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ÉconomieUnion européenne

Dans 100 jours, les Allemands votent : les forces en présence et les scénarios possibles

Romaric Godin

Publié le 14 juin 2013 à 10:18 - Mis à jour le 14 juin 2013 à 10:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Les Allemands renouvellent leur parlement le 22 septembre prochain. Une élection capitale pour l'Union européenne. Si Angela Merkel semble aujourd'hui avoir toutes les chances de l'emporter, l'ampleur de sa victoire et la nature de la coalition qu'elle pourrait devoir constituer auront des conséquences déterminantes.

Dans 100 jours ce vendredi, le 22 septembre prochain, 61,8 millions d'électeurs allemands seront invités à renouveler le Bundestag, le parlement de la République fédérale. Une élection importante pour l'Allemagne, mais aussi pour l'ensemble de l'Europe tant la crise a donné du poids à la première économie d'Europe dans la prise de décision au niveau continental. Rappelons ainsi que chaque aide nouvelle du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) doit faire l'objet d'un vote du Bundestag. De plus, la nouvelle coalition gouvernementale issue des urnes donnera sans doute le ton de la future orientation de l'Europe et de la zone euro.

Comment fonctionne le vote ?

Le dimanche 22 septembre, chaque électeur disposera sur son bulletin de vote de deux voix, correspondant aux deux systèmes électoraux qui caractérisent l'élection au Bundestag. La première voix concerne la circonscription électorale où est inscrit l'électeur. Il existe en tout 299 circonscriptions (Wahlkreise). Dans chacune d'entre elles se déroule un scrutin uninominal majoritaire à un tour, semblable au système en vigueur au Royaume-Uni pour l'élection aux Communes. Le premier candidat arrivé en tête est élu.

L'électeur dispose cependant d'une seconde voix qui concerne, elle, une élection au scrutin de liste proportionnel. Pour disposer d'élus à ce scrutin, une liste doit avoir obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés ou 3 mandats directs. Le nombre d'élus est alors calculé selon la méthode dite de Sainte-Laguë par Länder sur la base de 598 sièges pour l'ensemble du Bundestag. Néanmoins, les élus selon la première méthode le restent, quel que soit le nombre d'élus obtenus à la proportionnelle. Il peut donc arriver que certains partis gagnent des sièges supplémentaires lorsque leur score à la proportionnelle leur accorde moins d'élus que le scrutin majoritaire. En 2009, le Bundestag comptait ainsi 622 élus au lieu des 598 prévus. Les 24 sièges supplémentaires (« Überhangmandate ») ont tous été accordés à la CDU ou à la CSU.

En juillet 2012, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a jugé ce système inconstitutionnel lorsque le nombre de mandats supplémentaires dépasse 15 sièges. La loi a été modifiée et elle prévoit de compenser au niveau national les mandats supplémentaires dès le premier d'entre eux pour que le Bundestag reflète le plus fidèlement possible la répartition des « secondes voix. » Cette nouvelle règle pourrait porter le nombre de députés à 650, voire 700.

Quels sont les partis en lice et quelles sont leurs chances ?

L'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel se présente dans tous les Länder, sauf en Bavière où elle cède la place à l'Union Chrétienne-Sociale (CSU). Les deux partis, connus en Allemagne, sous le nom d'Union, sont largement en tête des sondages, portés par la popularité de la Chancelière. Les quatre derniers sondages place l'Union en tête entre 40 % et 42 % des voix, contre 33,8 % aux élections de 2009. Un score supérieur à 40 % serait une première depuis 1994. En tout cas, l'Union sera sans doute le pivot de la future coalition et il y a fort à parier, si les choses restent en l'état, qu'Angela Merkel demeure chancelière.

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Le Parti Social-démocrate (SPD) devrait demeurer en deuxième position et améliorer légèrement son score par rapport aux 23 % obtenus en 2009 qui constituait son niveau le plus bas de l'après-guerre. Néanmoins, le SPD n'est guère vaillant. Son candidat Peer Steinbrück, ancien ministre des Finances d'Angela Merkel (2005-2009), ne parvient pas à convaincre. Les sondages lui accordent entre 24 % et 28 % des intentions de vote. Son programme, favorable aux euro-obligations, à la relance et à la taxation des plus riches, parfois influencé par le programme de François Hollande, est jugé par les observateurs « très à gauche » et peine à séduire les électeurs traditionnel du SPD.

Les Verts pourraient être les grands vainqueurs de cette élection. En 2009, ils avaient déjà obtenu un score historiquement haut, pour la première fois supérieur à 10 % (10,7 %). Depuis, ils ont poursuivi leur progression, grâce au ralliement d'une partie des classes moyennes urbaines. Mais les intentions de vote se tassent : les sondages leur accordent désormais 13 à 14 % des intentions de vote.

Les Verts bénéficient de la conscience écologique d'une partie de la population qui s'est cristallisée sur certains projets comme le projet ferroviaire Stuttgart 21 qui, en 2011, a donné lieu à des manifestations géantes. Mais leur programme, qui prévoit de fortes hausses d'impôts, a effrayé plus d'un électeur. Le parti reste fortement divisé entre une aile gauche encore forte et radicalisée et une aile droite qui prône l'accès aux responsabilités et appelle à la modération.

Le parti libéral FDP a été le grand vainqueur de l'élection de 2009 avec un score record de 14,6 % des voix. Une campagne très agressive, réclamant des baisses d'impôts massives avait su séduire une partie de l'électorat. Mais, allié à l'Union, le FDP a dû revenir sur ses promesses devant les réalités de l'exercice du pouvoir. Il s'en est suivi un recul spectaculaire dans les sondages.

Aujourd'hui, les Libéraux ne sont pas certains d'avoir des élus, ce qui constituerait une première depuis 1949. Les intentions de vote évoluent entre 4 % et 5 %, c'est-à-dire à un niveau très proche de la limite des 5 % nécessaires à l'entrée au parlement. Méfiance cependant : lors des élections régionales de Basse-Saxe en janvier, le FDP était donné par les sondages à 4 % et il a réalisé finalement 8,6 % des voix.

Die Linke, le parti de gauche qui regroupe l'ancien parti unique de l'ex-RDA et les dissidents de gauche du SPD de l'ouest, avait réalisé en 2009 un score élevé de 11,9 %. Il devrait reculer nettement en septembre, les sondages le voyant entre 6 % et 9 %. Le parti souffre notamment à l'ouest du quasi-retrait d'Oskar Lafontaine qui avait réussi à implanter Die Linke dans des régions traditionnellement acquise au SPD.

Par ailleurs, il est divisé entre son aile « réaliste », composés d'anciens de l'ex-parti unique de l'est, et des élus de l'ouest, plus extrémistes. Le problème de Die Linke, c'est son isolement politique au niveau fédéral, même s'il participe aux coalitions gouvernementales avec le SPD dans deux Länder de l'est : le Brandebourg et Berlin.

Parmi les autres partis, l'extrême-droite reste divisée et a peu de chance de réaliser un score important, sauf dans quelques-uns de ses bastions habituels à l'est. Elle est par ailleurs discréditée par l'affaire du terrorisme néo-nazi qui a traumatisé le pays. En revanche, le parti Pirate, qui prône la liberté sur Internet, a eu un moment de gloire entre 2011 et 2012, en obtenant des sièges dans plusieurs élections régionales (Berlin, Sarre, Schleswig-Holstein et Rhénanie du Nord Westphalie). Un temps, on lui a accordé jusqu'à 12 % des intentions de vote. Mais le peu de consistance de son programme a fait retomber le soufflé : les sondages ne lui accordent plus que 2 % à 3 % des voix, soit un niveau proche de celui de 2009 (2 %). Il ne devrait pas entrer au Bundestag.

Enfin, créé en mai à grand coup de trompettes médiatiques par des économistes et des chefs d'entreprise, le parti Alternative für Deutschland (AfD) défend un programme de sortie de l'euro de l'Allemagne. Un sondage avait indiqué que 23 % des Allemands « pourraient voter » pour lui. Mais ce nouveau parti n'a pas réussi à convaincre alors que la politique européenne d'Angela Merkel est désormais très populaire. Son programme manque du reste de clarté sur les modalités et les conséquences de l'abandon de l'euro. AfD, donnée à 2 % ou 3 % des voix, a peu de chance d'entrer au Bundestag en septembre.

Quelles sont les coalitions possibles ?

A priori, les coalitions sont déterminées par deux éléments : la forte avance de l'Union et l'impossibilité d'une coalition « de toutes les gauches » regroupant Verts, SPD et Die Linke en raison de l'ostracisme dont fait l'objet ce dernier parti. Un dernier élément sera déterminant : l'entrée au non du FDP au Bundestag. Quatre grands scénarios sont envisageables, plus ou moins crédible.

Scénario 1 : une grande coalition

Si le FDP n'entre pas au parlement, la CDU ne pourra pas gouverner seule. Mais l'alliance SPD-Verts a de grandes chances de ne pas disposer non plus de la majorité absolue. Et comme ces deux partis ne veulent pas s'allier avec Die Linke, il ne restera pas d'autres options qu'une alliance entre la CDU et le SPD, comme en 1966 et en 2005. Cette « grande coalition » dirigée par Angela Merkel sera cependant beaucoup plus déséquilibrée qu'en 2005 où les deux partis avaient fait jeu égal. Néanmoins, on peut imaginer une légère inflexion dans le domaine européen. En politique intérieure, il n'est pas certain que cette grande coalition mène une politique très active. Probabilité  : 70 %.

Scénario 2 : la coalition actuelle est reconduite

Si le FDP entre au Bundestag, l'actuelle coalition Union-FDP pourrait dépasser l'ensemble des forces de gauche. Il faudrait encore cependant que le score des deux partis de droite s'améliore légèrement. Mais on a vu que celui du FDP est peut-être sous-estimé dans les sondages. Dans ce cas, Angela Merkel sortirait renforcée dans sa politique actuelle. Dans le domaine européen, elle maintiendrait sans doute le cap d'une austérité « mesurée. » Probabilité : 15 %.

Scénario 3 : les Verts entrent en scène

Angela Merkel caresse depuis plusieurs années l'idée d'une alliance avec les Verts qui a plusieurs avantages : moderniser son image et couper l'alliance traditionnelle avec le SPD. Ces alliances ont déjà fonctionné au niveau municipal ou des Länder, plutôt avec succès. On peut imaginer une coalition Verts-Union à deux, voire une coalition à trois avec les Libéraux si l'actuelle coalition n'a pas la majorité. Cette « coalition Jamaïque » (d'après les couleurs du drapeau de l'île caraïbe noir-jaune-vert) a existé en Sarre entre 2009 et 2012. Pour le moment, les Verts refusent officiellement cette idée et leur programme est peu compatible avec l'Union, mais le résultat des élections peut changer cette décision. Probabilité  : 10 %.

Scénario 4 : Victoire de la gauche

Refusant toute alliance avec Die Linke, les Verts et le SPD n'envisagent pour le moment de ne s'allier qu'entre eux et de renouveler la coalition qui a gouverné entre 1998 et 2005. Mais ils devront réaliser une campagne exceptionnelle pour inverser la tendance et progresser afin d'obtenir la majorité absolue. Or, la tendance n'est pas réellement favorable pour l'instant. Une victoire de cette coalition serait une vraie surprise. Probabilité : 9 %.

Scénario 5 : le « cartel des gauches »

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Les trois partis de gauche pourraient être majoritaires au Bundestag le 22 septembre si le FDP n'entre pas au parlement. Si le SPD et les Verts veulent réellement chasser du pouvoir Angela Merkel, ils peuvent s'allier à Die Linke, malgré leurs promesses. Mais ce serait un choc outre-Rhin. La gestion de cette coalition serait, du reste, malaisée voire impossible, tant les programmes sont divergents. Probabilité : 1 %.

Romaric Godin

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