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ÉconomieUnion européenne

Peer Steinbrück, un anti-Merkel si merkelien

Romaric Godin

Publié le 01 octobre 2012 à 16:02 - Mis à jour le 01 octobre 2012 à 16:15

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Le candidat du SPD est dans ses propos bien moins prudent que la chancelière. Mais sa politique pourrait ne pas être très distincte de celle d'Angela Merkel.

C'était en juillet 2007. Tout fraîchement élu, Nicolas Sarkozy est à l'apogée de sa gloire et se rend à son premier conseil européen à Bruxelles. La crise est en gestation, mais elle n'est pas dans l'air. Le nouveau président français se sent tout puissant. Il pérore contre la BCE qui renâcle à baisser ses taux et annonce sa volonté d'imposer un bouclier fiscal, quoi qu'il en coûte aux finances publiques. Dans la capitale belge, il se fait rapidement rabroué par le ministre allemand des Finances, un certain Peer Steinbrück, qui lui rappelle que la BCE est indépendante et que la France s'est engagée à réduire son déficit. Ce rappel met le président français en rage. « Pour qui se prend-il, celui-là, pour me parler sur ce ton ? », explose-t-il. Il demande à Angela Merkel de désavouer publiquement son ministre, ce qu'elle a bien garde de faire.

Un expert qui parle fort

Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy n'est plus président de la République française et Peer Steinbrück est, depuis vendredi candidat du SPD à la chancellerie pour remplacer Angela Merkel. Mais l'anecdote en dit long sur la personnalité de cet homme peu connu en France. Economiste, Peer Steinbrück est un social-démocrate comme on aime à se l'imaginer en France : responsable, modéré, orthodoxe sur le plan monétaire. Mais son caractère est aussi différent de celui d'Angela Merkel qu'il est possible de l'imaginer. Autant la chancelière louvoie, se cache, ne craint pas la contradiction tant qu'elle peut arriver à son but, autant son ancien ministre des Finances n'est pas du genre à cacher ses emportements. En 2009, il avait mis toute la Suisse en émoi par ses propos où, sur le dossier fiscal, il se comparaît au « septième de cavalerie » chargé de chasser les « indiens » helvétique. La première tâche du nouveau candidat sera sans doute de savoir doser ses emportements.

Vrai bourgeois

Mais c'est aussi ce qui a déterminé le choix de Peer Steinbrück comme candidat : une personnalité tranchante avec la figure toujours un peu grise de la chancelière et également son caractère très centriste, d'économiste sérieux. Une façon de reconquérir ce centre qui avait fait la force du SPD et qui l'a abandonné en 2005. Peer Steinbrück est pour cela la personnalité rêvée. A la différence de Gerhard Schröder, il est un vrai bourgeois, fils d'un architecte hambourgeois et descendant d'une des plus grandes familles bancaires de la Prusse impériale, les Delbrück. Une ironie de l'histoire veut qu'un de ses lointains ancêtres, Adelbert Delbrück, ait participé en 1870 à la fondation de la Deutsche Bank, aujourd'hui la bête noire de l'ancien ministre des finances.

Profil rassurant

Peer Steinbrück a donc un profil rassurant pour les centristes allemands. C'est d'abord un « expert » ayant fait l'essentiel de sa carrière dans les cabinets des ministres SPD au niveau fédéral et régional. En 2005, sèchement battu dans le Land de Rhénanie du Nord Westphalie dont il était ministre président, il met en avant ses qualités techniques pour prendre le ministère des Finances du premier gouvernement Merkel. Malgré des personnalités très différentes, les deux s'entendent à merveille et mettent sur pied la TVA sociale en 2007 et l'allongement à 67 ans en 2030 de l'âge de départ à la retraite. Peer Steinbrück est l'artisan de la première consolidation budgétaire allemande. Son mot d'ordre est alors « wir schaffen die Null », « nous arriverons à l'équilibre ! ». A son grand regret et non sans résistance, la crise le contraint à abandonner cette objectif. Mais il a été un des artisans de la règle d'or fédérale en juillet 2009. Il a, après la sévère défaite du SPD deux mois plus tard, écumé les conférences internationales pour lesquels il sera grassement payé.

Barre à gauche

Derrière son aspect bourru, Peer Steinbrück est un authentique pragmatique. En 2008, il a ainsi abandonné son orthodoxie budgétaire pour concocter deux plans de relance inefficaces, mais qui ont su rétablir l'équilibre. Et pour gagner la candidature du SPD, il a su séduire la gauche du parti qui, pendant longtemps voyait en elle un « scénario de l'horreur. » Il a su ainsi insister sur son caractère de redresseur de torts face à la Suisse sur le sujet de la fraude fiscal. Fort opportunément, il a publié voici une semaine un texte peu audacieux de réforme du système bancaire qui lui a permis d'achever de séduire la gauche du SPD. Et ce lundi, il a rudement attaqué le gouvernement Merkel, « le pire de l'histoire de la république fédérale. »

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Gageure

C'est que la tâche de Peer Steinbrück, qui a perdu lourdement en 2008 en Rhénanie du Nord Westphalie, la seule campagne d'importance qu'il ait mené directement, sera des plus rudes. L'annonce de sa candidature n'a pas fait l'effet d'un électrochoc. Selon Bild am Sonntag de dimanche, le SPD reste encore dix points derrière la CDU dans les intentions de vote. 63 % des Allemands ne croient pas qu'il puisse devenir chancelier et seulement 37 % d'entre eux voteraient pour lui en cas d'élections directes (46 % pour Angela Merkel). Les Verts, les alliés traditionnels du SPD, sont en petite forme. Ils peinent à convaincre cet électorat mobile, incertain qui avait voté libéral en 2009 avant d'abandonner le SPD et de se laisser tenter par les Pirates. Peer Steinbrück, par sa critique du gouvernement, ses appels à la justice fiscale et à l'apaisement sur le dossier européen (il a jugé lundi qu'on pouvait bien donner deux ans de plus aux Grecs) entend séduire cet électorat. Mais sa marge de man?uvre est étroite : s'il durcit trop son discours, il risque de s'aliéner cet électorat centriste qui se reconnaît tant dans la chancelière. Il ne devra pas oublier son côté merkelien, mais ne devra pas tomber comme son prédécesseur Frank-Walter Steinmeier dans une opposition de façade. Bref, une gageure.

Pas de changement à attendre en Europe

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Une chose est certaine : il ne faudra pas juger d'une éventuelle politique de Peer Steinbrück à l'aune de sa campagne. Si les socialistes français imaginent qu'ils pourront s'en faire un allié pour construire l'« Europe sociale-démocrate » dont ils rêvent, ils se trompent lourdement. La vision de Steinbrück est, en réalité, très proche de celle d'Angela Merkel et, sur certains points, comme l'équilibre budgétaire, encore plus affirmée. Durant le débat européen, il n'a jamais critiqué la chancelière ouvertement. Il a été un des plus fervent partisan du vote du pacte budgétaire. Sur les Eurobonds, il n'a finalement accepté le principe que sous des conditions draconiennes. Bref, un Steinbrück chancelier risque de ne pas modifier radicalement l'orientation de l'Allemagne en Europe. D'autant plus que s'il parvient à ce poste - option difficile à croire aujourd'hui - il y a fort à parier que ce sera dans le cadre d'une grande coalition. Bref, le couple Hollande-Steinbrück ressemblerait sans doute plus au très distant duo Schmidt-Mitterrand qu'au couple fusionnel Kohl-Mitterrand.

Romaric Godin

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