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Le départ du président de Vinci salué par le marché

La Tribune

Publié le 03 juin 2006 à 12:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 18:18

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Le départ d'Antoine Zacharias, patron du groupe français de BTP et de concessions, est uninamiment salué par la Bourse. Désavoué hier par son conseil d'administration qui a refusé de révoquer le directeur général, Xavier Huillard, le président du groupe sort par la petite porte, payant également le prix de ses énormes rémunérations.

L'éviction du président de Vinci est une première. "Je me réjouis qu'un certain nombre d'administrateurs aient pris leur responsabilité mais je m'étonne tout de même que 40% d'entre eux aient continué à prendre la défense d'un patron si soucieux de ses rémunérations", remarque Fabrice Rémon, associé chez le cabinet de défense des actionnaires Deminor, interrogé par latribune.fr. Il souligne également le courage dont a fait preuve Xavier Huillard en révélant le pot aux roses. "Il a pris le risque d'être black-listé par un certain establishment. C'est une bonne chose que cela ait fonctionné. Il est en plus maintenant associé à une image d'intégrité", explique-t-il. Fabrice Rémon reconnaît cependant le travail qui a été fait par Antoine Zacharias à la direction du groupe. "Mais cela ne justifie pas son comportement et les primes et rémunérations excessives. Il ne faut pas oublier qu'il a juste fait son travail!"

Même la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est déclarée enthousiasmée par cette décision, vendredi matin au micro de RTL. "Quand j'ai appris la décision du conseil d'administration de Vinci, je me suis dit formidable, le système de gouvernance tel que le préconise le Medef a fonctionné", a-t-elle déclaré, en soulignant que cette affaire lui "soulevait le coeur". "La rémunération des dirigeants doit se faire en bonne gestion, il ne doit pas y avoir d'excès", a-t-elle martelé, en affirmant que des cas tels que Vinci étaient "rarissimes."

La guerre des chefs au sommet de Vinci s'est donc achevée hier sur un coup de théâtre. Antoine Zacharias, l'emblématique patron du groupe depuis dix ans, a en effet été contraint de démissionner de ses fonctions de président du conseil d'administration. Par ici la sortie! Le conseil d'administration a voté, dès les premières minutes du conseil, à 9 voix sur 16, pour le maintien de Xavier Huillard comme directeur général. Devant cet affront - le président réclamait la tête de son dauphin depuis plusieurs jours - Antoine Zacharias a préféré se retirer. Selon la version officielle, "Antoine Zacharias, dès l'ouverture du conseil d'administration de Vinci, a spontanément remis sa démission dans l'intérêt du groupe", a indiqué Vinci dans un communiqué.

Corporate governance améliorée

Les réactions ne ce sont pas faites attendre. Ce vendredi, la Bourse salue le départ d'Antoine Zacharias. A la clôture, le titre bondit de 4,37% à 75,25 euros. "Nous espérons que cela sera le début d'une amélioration de la corporate governance chez Vinci. Nous pensons qu'Antoine Zacharias a eu trop de facilité à conserver le contrôle de la société même après son départ de la direction opérationnelle", commentent des analystes de JP Morgan. "Il y a des perspectives pour une amélioration du management" d'un groupe qui "dispose d'actifs de haute qualité", ajoutent-ils, dans une note à leurs clients.

Xavier Huillard bénéficie d'un sentiment favorable de la part des investisseurs, mais après le départ d'Antoine Zacharias "il devra faire face à deux défis, maintenir la cohésion du management opérationnel et faire preuve de ses talents en matière de stratégie", estiment les analystes de la Société Générale. "Xavier Huillard, 51 ans, a fait l'ensemble de sa carrière dans le secteur du BTP dont 10 ans au sein de Vinci. Avant de prendre la direction opérationnelle du groupe en 2006, il y a largement fait ses preuves", rappelle Oddo Securities. "Sa révocation aurait affaibli l'image de Vinci auprès des investisseurs, beaucoup plus sensibles aujourd'hui que par le passé aux problèmes de gouvernance d'entreprise", a commenté un courtier parisien, dans une note à ses clients.

Rémunération excessive

Il faut dire que la bataille commençait à sérieusement déraper. Antoine Zacharias accusait Xavier Huillard de ne pas avoir fait la preuve des qualités de management et de décision nécessaires. S'appuyant sur la forte légitimité qu'il tire d'avoir fait de Vinci, en dix ans, un leader européen, Antoine Zacharias a voulu imposer comme nouveau directeur général Alain Dinin, PDG du groupe de promotion immobilière Nexity et administrateur de Vinci. Sa nomination devait s'accompagner d'une opération capitalistique entre Vinci et Nexity, ce qui a fait sérieusement tousser les administrateurs du groupe de BTP.

Parallèlement, Xavier Huillard a engagé une redoutable contre-offensive contre son ex-mentor, dont il a dénoncé, dans un courrier adressé aux membres du conseil et révélé jeudi par Le Parisien, le goût immodéré pour l'argent. Déjà fort d'un plantureux matelas de stock-options et d'une prime de 13 millions versée à l'occasion de sa prise de recul de la direction générale du groupe, Antoine Zacharias aurait aussi voulu qu'une prime de 8 millions lui soit versée au titre de la reprise des Autoroutes du Sud de la France. Gratification à laquelle s'ajoute la rénovation coûteuse d'un hôtel particulier parisien destiné à abriter ses bureaux alors que le siège social du groupe se trouve en banlieue.

La montée des tensions avait amené Alain Dinin à décliner la proposition. Pour remplacer Antoine Zacharias, les administrateurs du groupe de BTP ont donc opté pour la nomination d'Yves-Thibault de Silguy, actuel directeur général de Suez et lui-même administrateur de Vinci. Ancien ambassadeur et "sherpa" d'Edouard Balladur durant les réunions du G7, ce parfait diplomate a le profil idéal pour ressouder un groupe ébranlé par des semaines de conflit ouvert et de tensions. L'homme va se consacrer à plein temps à son poste et devrait quitter Suez. Bernard Val, président de Vinci Concessions et Bernard Huvelin, administrateur aujourd'hui en retraite du groupe, ont été élus vice-présidents.

La Tribune

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