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"La fusion d'Euronext et de Deutsche Börse est la meilleure des options"

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Publié le 16 mai 2006 à 07:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:56

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Alain Dupuis, analyste chez Oddo Securities, estime qu'un rapprochement entre Euronext et Deutsche Börse présenterait un avantage stratégique et économique réel. Euronext n'a, selon lui, pas renoncé à cette fusion. Par ailleurs, il considère que les événements en cours dans le secteur des places de marchés ne sont que le début d'une vaste consolidation.

latribune.fr- Comment interprétez-vous la demande faite par Euronext à ses actionnaires le 3 mai de prendre du recul par rapport à une fusion avec Deutsche Börse?

Alain Dupuis- Cette annonce, comme celle de l'arrêt des discussions avec le LSE, est destinée à offrir une plus grande marge de manoeuvre à Euronext. En fait, dans la déclaration d'Euronext, il n'a jamais été question de s'opposer à la fusion avec Deutsche Börse. Euronext indique tout simplement qu'il continue à discuter avec l'Allemand et d'autres places.

Dans le détail, Euronext doit soumettre une résolution à son assemblée générale - à la demande d'un fonds actionnaire - stipulant que Deutsche Börse est la meilleure des options en termes de rapprochement pour Euronext. Or, il n'est pas certain aujourd'hui que ce soit le cas. Il est par exemple tout à fait envisageable de voir une offre plus importante faite par le Nyse... C'est ce qui explique qu'Euronext ait demandé à ses actionnaires de ne pas voter pour cette résolution.

L'assemblée générale risque d'être houleuse...

Pas nécessairement. Car si Euronext prend cette position, contre cette résolution, c'est qu'il peut compter sur bon nombre de votes, notamment après les pactes d'actionnaires signés par les banques et la CDC, ainsi qu'un autre bloc composé de sociétés françaises. Il est manifeste qu'Euronext se sent de taille à contrer des fonds actionnaires "activistes". En outre, le groupe s'est laissé - à nouveau - une marge de manoeuvre pour pouvoir convaincre le maximum d'actionnaires, en avançant la date de publication de son résultat trimestriel d'une quinzaine de jours.

C'est-à-dire?

La date de publication d'un résultat est précédée d'une période de "black-out" qui interdit toute communication financière. Or, en avançant sa publication au 9 mai, Euronext pourra communiquer auprès des actionnaires à sa guise avant l'assemblée générale. Ce qui n'était pas le cas précédemment, lorsque le résultat était prévu pour le 23 mai - jour de l'assemblée générale.

Les Allemands avaient affiché leur volonté de se rapprocher d'Euronext. Le fait que ce denier continuer de "réfléchir" et de discuter avec d'autres ne risque-t-il pas de faire blocage?

Non. Le vrai blocage pourrait venir des actionnaires et des utilisateurs des places de marché. Or, ces utilisateurs (qui sont les banques et les entreprises, notamment), sont globalement pour une telle fusion. Car ils sont conscients du fait que jusqu'à présent la consolidation des places de marché à travers le modèle européen Euronext a permis une réduction des tarifs de l'ordre de 30%. Tout le monde est ainsi conscient qu'une fusion des places Deutsche Börse et Euronext serait une bonne chose. En revanche, les actionnaires et utilisateurs des services de ces places veulent que ce rapprochement se fasse dans certaines conditions...

Concernant le LSE, pensez-vous qu'Euronext ait complètement arrêté de penser à une fusion?

Euronext a indiqué avoir renoncé au LSE, officiellement... mais dans les faits, ils continuent de discuter ensemble! Cela s'explique par le fait qu'en prenant des distances avec le LSE, Euronext évite les lourdes contraintes légales imposées par le régulateur britannique. Le fait de discuter officiellement avec le LSE les bloquait au final dans leurs choix stratégiques.

C'est ce qui se passe avec le Nasdaq, notamment. Le Nasdaq, qui a fait officiellement le choix d'annoncer l'abandon de son intérêt pour le LSE, doit respecter un délai de 6 mois avant de pouvoir lancer à nouveau une offre. Ou alors, il doit attendre qu'une contre offre soit lancée pour pouvoir proposer un rachat du LSE. Euronext se trouve pour sa part dans une situation plus confortable et peut continuer à discuter discrètement avec la place britannique.

Les places de marché américaines feront-elles partie de la consolidation du secteur?

Oui, tant le Nasdaq que le Nyse. Dans le cas du Nyse, qui a intégré la plate-forme Archipelago, le groupe avait annoncé son souhait de se diversifier, aux Etats-Unis mais aussi en Europe. En Europe, il avait cité le LSE, Euronext et Deutsche Börse. Ce sont des modèles diversifiés qui permettraient au Nyse de se positionner notamment sur les produits dérivés, secteur où il n'est pas présent.

Dans tous les cas, quelle est la fusion qui aurait le plus de sens pour Euronext?

D'un point de vue industriel, c'est le rapprochement avec la Deutsche Börse. L'objet d'une fusion est de réduire des coûts et d'offrir des tarifs plus compétitifs aux clients. Dans cette optique-là, Deutsche Börse est la meilleure des options. Même s'il est vrai qu'un rapprochement avec le LSE serait très simple à réaliser, puisqu'Euronext est déjà présent outre-Manche. Enfin, dans les cas d'un rapprochement avec un Américain, une fusion serait sans doute plus intéressante pour eux que pour Euronext, et les synergies seraient difficiles à trouver.

La consolidation du secteur des places de marchés peut-elle se poursuivre par la suite?

Tout à fait. Les manoeuvres d'approches auxquelles nous assistons aujourd'hui ne sont qu'un début. Il y a une logique évidente à marier les plates-formes. Et si le rapprochement d'Euronext et de la Deutsche Börse se fait, des places de petite taille comme Madrid et Milan seront totalement isolées. Enfin, au niveau mondial, on peut imaginer que la place de marché de Tokyo, qui n'est pas encore cotée, pourrait faire partie également de ce mouvement de consolidation, à terme.

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