Changement climatique : Miquelon face au déplacement de sa population

Le village de Miquelon, menacé par la montée des eaux, vu d'avion.
LTD/Patrice TERRAZ/Divergence

Le village de Miquelon, menacé par la montée des eaux, vu d'avion.
LTD/Patrice TERRAZ/Divergence
Le destin de Miquelon, île de 600 habitants, posée au large du Canada, bascule un mois de septembre 2022, lorsque l’ouragan Fiona, menace de la frapper de plein fouet. Finalement, il n’en sera presque rien. Mais dans l’esprit des habitants, c’est un revirement qui s’établit : le déplacement de la population, envisagée depuis de nombreuses années, ne peut plus attendre.
Car, dès 2014, le sujet du devenir de Miquelon est pris en compte par l’État. En visite sur l’île, le président de la République d’alors, François Hollande, annonce la mise en place d’un Plan de Prévention des risques littoraux (PPRL) avec, comme conséquence, celle de ne plus permettre de nouvelles constructions. La décision passe mal auprès de la population… Jusqu’à ce que Fiona vienne tout bouleverser.
« Par le passé, les tempêtes tropicales qui pouvaient atteindre Miquelon perdaient de la force. Mais une eau à 20 degrés n’a pas ralenti Fiona. À la dernière minute, Fiona a dévié à l’ouest, vers le Canada », évitant ainsi, de peu, la submersion marine des habitations, se rappelle Franck Detcheverry, le maire de la commune. Un maire élu non pas en mars 2020, comme ses homologues, mais en septembre de la même année : difficile, en effet, de trouver un candidat prêt à assumer le déplacement, devenu inéluctable, de ses concitoyens.
D’autant que Miquelon possède des particularités : les habitations se situent à un niveau de la mer compris entre zéro et trois mètres, et sont, historiquement, à 70 %, auto-construites. Pour convaincre quiconque de vendre son bien, il faut beaucoup de communication, de réunions publiques, et opter pour le volontariat.
À projet spécial, financement spécifique. D’autant que le déplacement de la population vers la zone naturelle choisie pour accueillir le nouveau village, située plus en hauteur – à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer –, exige de nombreux aménagements. 1,5 million d’euros ont ainsi été alloués à l’ingénierie, échelonnée sur 3 ans, après modification du plan local d’urbanisme. Par ailleurs, 4,5 millions d’euros ont été consacrés à l’extension des réseaux d’eau, d’électricité, de télécommunications…. Car, qui dit zone naturelle, dit tout à imaginer, à dessiner, à aménager. Un chantier titanesque qui n’est pas encore achevé.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Pour l’heure, neuf maisons ont été achetées, pour 3,3 millions d’euros. Dix autres devraient l’être en 2026. Mais Franck Detcheverry alerte : « Nous avons besoin d’un financement pluri-annuel pour la période 2027-2030, afin de viabiliser les terrains ». Si la mairie gère le financement venu du Fonds Barnier, le processus, pour le rachat des habitations, est établi avec les services de l’État, via un compromis de vente qui échelonne le paiement en trois échéances, dont une dès que la nouvelle habitation est livrée. « Nous devions définir de nouvelles méthodes et, surtout, faire en sorte que les habitants n’aient pas envie de quitter l’île définitivement », explique encore le maire.
De cette situation qu’aucun autre territoire français ne connaît, Miquelon tire des leçons, et l’occasion de se doter d’équipements dont elle ne disposait pas forcément auparavant. « Les déchets représentent une vraie problématique. Nous avons créé un centre de récupération des matériaux. Bientôt, nous disposerons également d’une recyclerie ». En sus des nouvelles habitations, le village crée une zone refuge, un bâtiment capable de recueillir 200 à 300 personnes, en cas de tempête ou d’ouragan dévastateur. Il aura la double fonction d’être service de secours et salle des fêtes.
Pour en financer les travaux, la ville vend son actuelle salle des fêtes à l’État. « Le concours d’architecture sera bientôt lancé », annonce le maire. Qui est bien conscient que Miquelon « fait cas d’école ». Pour preuve, le Grand Paris Aménagement a fait part de son intérêt. De cette situation extraordinaire à plus d’un titre, Miquelon en fait aussi un vecteur d’attractivité, presque malgré elle.
À lire également
« Nous avons construit une boulangerie, nous avons des projets pour la filière pêche. Nous sommes également contactés pour accueillir un datacenter », énumère Franck Detcheverry. De quoi redonner du baume au cœur de ce territoire ultra-marin, devenu un laboratoire de l’adaptation au changement climatique. Car le déplacement est un processus qui devrait durer de longues années, près de 50 ans.