« La Femme de ménage » : Le best-seller adapté au cinéma qui a tout nettoyé sur son passage

La Femme de ménage, de Paul Feig, avec Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Indiana Elle. 2 h 11. Sortie mercredi.
LTD/Daniel McFadden/Lionsgate

La Femme de ménage, de Paul Feig, avec Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Indiana Elle. 2 h 11. Sortie mercredi.
LTD/Daniel McFadden/Lionsgate
Mercredi dernier, les lectrices se pressent dans le froid de décembre. Sourire aux lèvres, cette quarantaine de chanceuses – toutes fans du roman La Femme de ménage – participe à un book club inédit : une avant-première du film éponyme qui sort en salles ce 24 décembre et un échange avec l’influenceuse Lena Situations, lectrice elle aussi du best-seller de Freida McFadden. Deux années après la parution française de son premier livre, la folie McFadden ne s’essouffle pas.
Au total, ce sont 35 millions de livres vendus à travers le monde dont 7,4 millions d’exemplaires, tous titres confondus, rien que pour la France. La Femme de ménage est ici le livre le plus vendu en 2024 et les cinq des sept titres de la mystérieuse Bostonienne trustent encore avant les fêtes le haut du classement des meilleures ventes en 2025 selon GfK.
À titre de comparaison, la série Cinquante Nuances de Grey d’E.L. James a atteint des chiffres similaires en dix ans. De quoi rendre fou quand on sait que La Femme de ménage était originellement autopublié. « De telles ventes en un temps aussi court, c’est vraiment inédit à l’échelle de l’édition française. Je n’ai jamais connu ça », souligne Hélène Fiamma, directrice de J’ai lu où paraissent les versions poche des titres de Freida McFadden.
D’ailleurs, sur Internet, les rumeurs vont bon train à propos de l’identité de la nouvelle star, entretenues par le flou de sa présentation officielle qui se résume à « une médecin de Boston spécialisée dans les lésions cérébrales » vivant avec « son mari et son chat noir dans une grande maison face à l’océan ». Elle écrit sous pseudo et ne répond pas aux interviews. De quoi nourrir un nombre infini de discussions sur le forum Reddit. « Je ne crois pas que c’est une vraie personne. C’est une IA », « C’est cette docteure italienne. Même bouche, même nez, même structure faciale », « Et si elle était un homme, en fait ? »… les réseaux s’enflamment.
Alors, comment expliquer ce phénomène ? Un monde parfait aux accents de secrets à la Desperate Housewifes, un peu de vengeance entre femmes et un cocktail narratif franchement efficace qui reprend les codes du feuilleton – chapitres courts et cliffhangers à profusion – la recette du fameux page-turner que l’éditeur vous promet de dévorer « en moins de deux heures ».
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À cela s’ajoute le plaisir de la série, La Femme de ménage se déclinant en trois tomes suivis de trois autres titres avec des personnages différents mais à l’univers similaire. Tous sont encore cette semaine dans les meilleures ventes, selon le magazine professionnel Livres Hebdo. « On retrouve clairement les mêmes ressorts qu’une série Netflix à succès, les phénomènes de renversement, le suspense, analyse Olivier Bessard Banquy, professeur spécialiste de l’édition contemporaine. Ce sont des ingrédients qui peuvent plaire aussi bien aux lecteurs classiques qu’à ceux qui ne lisent pas. »

« Dès le début on veut savoir la suite, témoigne Nandy, lectrice aguerrie de 27 ans, fan de Guillaume Musso, Mélissa Da Costa ou encore Michelle Obama. Même la fin du premier tome n’en est pas vraiment une et donne envie de lire immédiatement le prochain. » La Femme de ménage, elle l’a découvert sur les réseaux sociaux : « Le livre était dans toutes les stories. Plus je le voyais, plus je me disais “il faut que je le lise !” » C’est l’influenceuse Brune chocolat qui l’a finalement décidée.
Et pour d’autres lectrices ce sera Nabilla, Lena Situations, donc, ou encore Leacoff – toute plus de 1 million d’abonnés au compteur – qui les ont incitées acheter le volume avec cet œil qui vous scrute à travers le trou d’une serrure en couverture, devenu un incontournable des réseaux sociaux. D’ailleurs, s’il fonctionnait correctement par boucheà-oreille à sa sortie en 2023, ce n’est qu’à l’été 2024 que la série a connu un « choc exponentiel », précise Hélène Fiamma, période à laquelle les influenceuses se sont emparées du titre.
« Il y a une évolution profonde qui tend à reléguer les circuits traditionnels de prescription comme les journalistes ou la librairie indépendante au rôle de figurants et à mettre les influenceurs au premier plan », explique Olivier Bessard Banquy. Des réseaux alternatifs faits de plateformes d’écriture, d’autoédition et de réseaux sociaux dont les preuves de réussite ne cessent de se multiplier (Sarah Rivens, Colleen Hoover, toutes les deux plus de 1 million d’exemplaires vendus).
De là à influencer la création éditoriale ? « C’est sûr que les plateformes d’écriture comme Wattpad ou les succès d’autoédition sont scrutées par tout le monde », affirme Hélène Fiamma. « Ces livres ovni sortis de nulle part disparaîtront comme ils sont arrivés, silencieusement, pronostique Olivier Bessard Banquy. La Femme de ménage va devenir un prototype et créer sur sa route un sillage de productions sérielles comme on a pu le voir avec la new romance »
L’universitaire entrevoit une avalanche de thrillers domestiques, ces polars qui se déroulent dans la sphère intime. Déjà, chez les éditeurs, de Hachette à Gallimard, on prévoit une montée en puissance du genre et on fouille les listes des agents étrangers pour repérer le futur Femme de ménage.

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Le grand ménage de Noël 4⭐/5
Lorsque la jeune Millie (Sydney Sweeney) se présente à la porte de la riche demeure de la famille Winchester pour en devenir la nouvelle femme de ménage, elle espère que son passé trouble restera enfoui. Mais face à Nina Winchester (Amanda Seyfried), incarnation parfaite de la desperate housewife tendance psychotique, à son mari trop idéal Andrew (Brandon Sklenar) et à leur petite peste de fille Cecelia (Indiana Elle), ce que Millie cache va vite passer au second plan… Il fallait pour adapter au cinéma le best-seller mondial La Femme de ménage une équipe de choc. À la réalisation, on retrouve donc Paul Feig, metteur en scène du formidable Mes meilleures amies (2011), diablement efficace au moment de combiner comédie, triangle amoureux et même horreur dans un thriller psychologique acide. Devant sa caméra, Sydney Sweeney et tout particulièrement Amanda Seyfried – modèle de lâcher-prise et de justesse – se montrent à leur avantage dans un duo féminin énergique et riche en nuances. L’étrangeté jouissive de La Femme de ménage fait vite craquer son vernis de respectabilité pimpante : jouant avec malice des clichés sur l’hystérie féminine autant que des codes artistiques des fictions girly, ce film trompeur fait bien mieux que les retourner quand sa terrible vérité, révélée dans un jeu de massacre, dévoile une intelligence thématique précieuse. Un thriller réussi qui plaira aux lecteurs du roman et aux non-initiés, parfait pour s’offrir rires et frissons pendant la période des fêtes.
La Femme de ménage, de Paul Feig, avec Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Indiana Elle. 2 h 11. Sortie mercredi.