« Dites-lui que je l’aime », Fuori, Bardot… Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol et Alexis Campion

Comment sonder la mémoire au cinéma ? Notre sélection.
LTD/Escazal Films
Aurélien Cabrol et Alexis Campion

Comment sonder la mémoire au cinéma ? Notre sélection.
LTD/Escazal Films
Dites-lui que je l’aime était le magnifique titre de l’un des plus beaux films – adaptation d’un roman de Patricia Highsmith – réalisés par Claude Miller, avec Miou-Miou, Dominique Laffin et Gérard Depardieu dans les rôles principaux. Puis ce fut celui d’un livre écrit par la députée Clémentine Autain sur sa mère disparue, l’actrice Dominique Laffin.
C’est désormais un film de Romane Bohringer qui, après L’Amour flou en 2018, coréalisé avec Philippe Rebbot, poursuit ainsi l’exploration de sa vie intime et familiale. Cette fois, elle trace un parallèle entre sa propre mère qui l’a abandonnée à l’âge de 9 mois et celle de Clémentine Autain, morte alors que sa fille n’avait que 11 ans.
Deux personnalités maternelles à la fois fortes et absentes, deux destins de filles en manque de mère, quatre portraits qui en ressortent pour dire les colères, les frustrations, les incompréhensions mais aussi les élans du cœur. On ne saurait douter un instant de l’absolue sincérité de Romane Bohringer et de Clémentine Autain, embarquée à son tour dans l’aventure.

Elles disent leur part de vérité à travers des récits intimes qui trouveront forcément un écho dans d’autres destinées. L’entreprise vacille cependant parfois dans un protocole compassionnel qui est évidemment le danger de tout film documentaire intime. Fallait-il à ce point mêler les deux histoires, au risque de charger la barque des sentiments ?
En 1980, à Rome, Goliarda Sapienza n’arrive pas à faire publier le roman sur lequel elle vient de travailler dix ans, L’Art de la joie, qui ne paraîtra qu’après sa mort. Sans argent ni espoir, elle commet un vol qui lui vaut d’être incarcérée dans la plus grande prison pour femmes d’Italie… Elle s’y lie d’amitié avec Roberta, une junkie qui pourrait être sa fille (Matilda De Angelis, une révélation), et d’autres délinquantes.
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De cet épisode dont Sapienza a détaillé les paradoxes et enchantements dans deux livres publiés de son vivant (L’Université de Rebibbia et Les Certitudes du doute), le réalisateur Mario Martone tire ce film dont le grand rôle est tenu par Valeria Golino. Intellectuelle en roue libre, comédienne devenue écrivaine, Sapienza apparaît ici vulnérable, souvent découragée faute de reconnaissance, mais inspirée par l’esprit de sororité partagé avec ses copines de galère.

Imprégné de l’atmosphère de liberté, d’errance, de révolte et de mal-être reliant ces femmes entre elles, Fuori enchaîne flash-back et séquences appliquées sans donner le sentiment de trop savoir où il va. Ni d’être sûr de ce qu’il veut nous révéler du cheminement singulier de Sapienza en tant qu’artiste et femme. C’est sa limite mais aussi son charme, au fil d’une reconstitution indolente, un peu proprette certes, plaisante au tempo de ces femmes sans illusions, blessées mais avant tout libres et lumineuses.
Évidemment on croit tout connaître de Brigitte Bardot. Évidemment on se trompe. Mais Bardot, le documentaire réalisé par Alain Berliner et Elora Thevenet, a-t-il vraiment vocation a nous apprendre quelque chose sur l’une des premières icônes du cinéma français ? On peut en douter car il s’agit bel et bien d’un portrait autorisé par la star de 91 ans, qui a même accepté d’y parler à condition de ne pas être filmée de face.

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Très sagement alors le film déroule le fil d’une vie pas comme les autres et d’une carrière stoppée net en plein vol par l’intéressée elle-même et manifestement sans l’ombre d’un regret. Agrémenté d’un habillage dessiné qu’on peut juger superflu, le portrait (on serait tenté d’écrire l’autoportrait) ne peut certes passer sous silence les déceptions artistiques (pour un Godard sublime, combien de films médiocres…) et les polémiques liées à des prises de position politiques extrémistes malaisantes. Mais le mythe Bardot dans sa complexité méritait assurément mieux que ce panégyrique.
Aurélien Cabrol et Alexis Campion