« Dossier 137 », « Pompei, sotto le nuvole », « Running Man »... Nos critiques cinéma de la semaine

Notre sélection cinéma de la semaine du 17 novembre 2025.
LTD/Fanny de Gouville/ Météore Films/ Ross Ferguson/2025 PARAMOUNT PICTURES

Notre sélection cinéma de la semaine du 17 novembre 2025.
LTD/Fanny de Gouville/ Météore Films/ Ross Ferguson/2025 PARAMOUNT PICTURES

Et dire que certains pensent que le cinéma français refuse de s’intéresser frontalement aux réalités sociales et politiques actuelles… Une semaine après la sortie des Braises de -Thomas Kruithof, qui dépeignait Virginie Efira en pasionaria des Gilets jaunes, c’est au tour de Dominik Moll de se pencher sur les violences répressives en temps de crise sociale, avec son nouveau film, Dossier 137, et après le très remarqué La Nuit du 12, histoire d’un féminicide non résolu.
Il ne s’agit plus cette fois d’une enquête qui piétine mais au contraire de la reconstitution quasi documentaire d’un dossier établi à la suite de brutalités de policiers survenues en marge d’une manifestation parisienne des Gilets jaunes.
Avec son coscénariste Gilles Marchand, Dominik Moll s’est employé à retranscrire le parcours semé d’embûches emprunté par Stéphanie Bertrand, alias Léa Drucker, laquelle incarne à la perfection une inspectrice de l’IGPN, la police des polices. Ils décrivent minutieusement le quotidien tant professionnel qu’intime de ce personnage au visage la plupart du temps impassible, comme s’il s’agissait de nous le rendre ni trop proche ni trop lointain.
Le film se tient en permanence sur le fil du rasoir, exactement comme son héroïne : sans cesse partagée entre son statut de « traître » pour ses collègues et de « complice » passive pour la famille d’un manifestant atteint à la tête par un tir LBD à deux pas des Champs-Élysées.
La divulgation récente de vidéos relatives à des violences perpétrées par les gendarmes lors des manifestations de Sainte-Soline ne peut que renforcer l’actualité brûlante de Dossier 137. Et on sait gré alors à ses auteurs de ne pas penser à notre place, de laisser à chaque spectateur le soin de se faire sa propre opinion à travers cette œuvre de fiction aussi documentée et complexe que redoutablement efficace.
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Naples, le Vésuve, les champs Phlégréens… Dans cette métropole, les nuages sont parfois bas et lourds. Trois millions de résidents se savent assis sur l’un des volcans les plus actifs au monde. Cette conscience tantôt fière, tantôt inquiète inspire au maître du documentaire italien Gianfranco Rosi (Sacro GRA, Fuocoammare, Notturno, In viaggio) une somptueuse errance en noir et blanc à l’écoute des archéologues qui étudient les sous-sols magiques de l’agglomération, mais aussi des pompiers répondant aux appels d’habitants terrorisés à la moindre activité sismique, d’enfants du cru apprenant leur histoire ou de marins de passage…
À travers eux, pas à pas, il révèle une terre antique de tout temps instable et poreuse au reste du monde, comme on le découvre au détour de traces inattendues laissées par les récentes guerres de Syrie et d’Ukraine. De toute beauté, minutieusement monté avec des détours dans les réserves de musées ou dans les tunnels du métro jusqu’aux quartiers périphériques, le film explore avec sensualité la temporalité d’exception de Naples, son inconscient bouillonnant et poétique, chargé en Histoire, fumerolles et rêveries dystopiques.

Le cinéaste britannique Edgar Wright le confie sans détour : il a toujours voulu adapter cette histoire qui le fascine depuis l’adolescence. Au roman de Stephen King (1982) déjà porté à l’écran en 1987 avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle-titre, il a donc décidé de rester fidèle, à ses péripéties comme à son ton – à l’inverse du film avec « Schwarzy », plus librement adapté.
Dans un avenir proche, une seule organisation, le « Network », contrôle et dirige toutes les dimensions de la société. Ben Richards (Glen Powell), père d’une fillette gravement souffrante, s’inscrit en désespoir de cause au Running Man, une émission de télé-réalité où il doit échapper à des tueurs surentraînés. Chaque jour de survie lui rapporte de l’argent, et un montant astronomique lui est promis s’il survit un mois entier. Une « chance » unique pour cet homme qui nourrit une rage extrême envers cette société totalitaire et ultra-inégalitaire.
Les thèmes du roman de Stephen King, autrefois lointaine anticipation, relèvent à peine de la fiction dans Running Man. -Voyeurisme morbide, ultracapitalisme, deepfakes et délation, médiatisation et monétisation à outrance, abrutissement des masses… À l’évocation du grand N rouge sur le toit du QG du Network, qui pourrait rappeler aux mauvais esprits celui de Netflix, Edgar Wright lâche un rire sonore : « Ce n’est que le signe du Network, je ne sais pas ce que vous insinuez… Ce que je peux dire, c’est que la fiction dystopique permet au cinéma de genre de s’amuser tout en s’approchant au mieux de la réalité.
Dans Running Man, il n’y a pas vraiment de technologie qui n’existe pas déjà. C’est un avenir proche, légèrement différent. » Le réalisateur a fait le choix de ne pas dater l’époque de son Running Man ; celui de Stephen King se déroulait, lui… en 2025. Ludique, explosif et satirique, Running Man sait aussi se montrer épique en multipliant les décors soignés, détaillés et, comme dans le thriller horrifique de Wright Last Night in Soho (2021), photographiés avec passion avant leur embrasement.
Mais le cinéaste veut avant tout filmer l’humanité ordinaire et ses héros cabossés, véritable fil rouge de sa filmographie éclectique (depuis Shaun of the Dead, en 2004). On ne décroche ainsi jamais de ce personnage, piégé par un producteur cynique (Josh Brolin) et traqué par une meute d’assassins renseignés par la population.
Qui mieux que l’acteur Glen Powell, sourire ravageur ou regard noir selon la circonstance, musculature et réparties saillantes, pour l’incarner, en sublimer la rage et assurer la performance physique dans des séquences à la violence cathartique ? Après Top Gun – Maverick, suivi d’un quasi-rôle principal dans le film catastrophe Twisters, l’acteur enfile avec ce film explosif le costume d’un nouvel action hero de Hollywood. Et il lui va à ravir.

« Quoi de neuf, Coppola ? » aurait-on envie de dire pour présenter cette rétrospective consacrée à l’immense cinéaste américain. Soit sept chefs-d’œuvre à voir ou revoir sur grand écran, dont un inédit au cinéma (Dementia 13, son premier film, réalisé en 1963), deux Palmes d’or (Conversation secrète et Apocalypse Now dans son ultime version) et quatre autres films tous dignes d’intérêt (Coup de cœur, Outsiders, Tucker et Twixt).
On mesure ainsi combien le cinéma de Coppola constitue à travers des films pourtant fort différents un formidable portrait des États-Unis. Qu’il s’agisse pour lui de décrire la guerre extérieure, la sécurité et la paranoïa intérieures, le génie industriel ou bien encore la jeunesse « inadaptée », par exemple. Le tout dans une remarquable diversité de genres qui va de la comédie musicale au film d’horreur, en passant par le biopic et le thriller. À noter que la plupart de ces films sortent également en version restaurée en Blu-ray chez Pathé.

2025 aura vu la naissance de deux actrices stars américaines devenues cinéastes : Kristen Stewart avec The Chronology of Water et Scarlett Johansson. Cette dernière signe Eleanor the Great, présenté au dernier Festival de Cannes dans la section Un certain regard. Ayant décidé d’emblée de ne pas figurer au casting de son premier film, elle a confié le rôle-titre à une actrice âgée de 94 ans, June Squibb. Soit l’histoire de l’extravertie Eleanor qui, de retour
à New York après le décès de Bessie, sa meilleure amie, s’approprie sans vergogne son passé et son statut de rescapée des camps de la mort nazis.
Et cette imposture la met sur le chemin de Nina, étudiante en proie au mal de vivre qui devient sa confidente et son miroir moral. Scarlett Johansson raconte cette histoire à bas bruit, modestement, trop modestement serait-on tenté de dire au regard des enjeux et des questions qu’elle peut soulever. Reste l’indéniable performance de l’actrice principale. Comme souvent, le casting et la direction d’acteurs s’avèrent le principal atout d’un film réalisé par une « consœur ».

Prolongeant L’Attente, son court-métrage récompensé par un césar en 2024, Alice Douard raconte avec Des preuves d’amour la relation entre Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Monia Chokri), un couple au féminin qui attend la naissance de son premier enfant. La loi Taubira vient d’être votée : c’est Nadia qui est enceinte et c’est Céline qui l’adoptera, avec pour elle la nécessité administrative de rassembler quinze lettres de ses proches attestant qu’elle désire bel et bien cet enfant et qu’elle sera capable de s’en occuper.
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Loin du film à thèse ou du docu-fiction, Des preuves d’amour étonne et séduit par sa complexité et sa capacité à restituer des réalités mouvantes. Incarnée à la perfection par Noémie Lvovsky en double de la grande pianiste Martha Argerich, la mère de Céline apporte ainsi une dimension singulière à l’histoire. Tout comme les doutes qui assaillent alternativement les deux futures mères. Alice Douard réussit le petit miracle d’un film aussi politique que délicat et poétique.