Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 16 février 2026.
Un pays jamais oublié 4⭐/5
Soixante ans après leur départ du Vietnam et leur arrivée en France, les membres d’une même famille reviennent, films super-huit à l’appui, sur un passé où s’entremêlent souvenirs heureux et douloureux, saveurs douces, amères, sucrées et salées à la fois. C’est le grand pari réussi par la réalisatrice de ce très beau documentaire, Anne-Solenne Hatte, l’une des petites-filles de cette tribu fondé par un couple de grands-parents exceptionnels.
Lui a tenté de sauver son pays natal des affres de la guerre civile, elle a trouvé dans la cuisine le moyen non pas d’effacer le passé mais de le faire revivre autrement et surtout ailleurs. On croise ainsi la grande histoire tragique et celle d’un restaurant qui a tout bonnement lancé la cuisine asiatique en France, si l’on en croit le magazine Gault et Millau de l’époque. Interrogeant, entre autres, son aïeule, sa mère, ses tantes, oncles et cousins, multipliant les émouvantes archives familiales, la réalisatrice, partie prenante de ce travail de mémoire, fait œuvre utile.
Son film, joliment intitulé Saveurs d’exil, n’hésite pas à montrer l’émotion que suscite forcément l’évocation d’un pays jamais oublié, mais également l’élaboration des plats qui ont traversé le temps. Le film ne cesse ainsi d’osciller entre hier et aujourd’hui, en portant une mélancolie assumée que viennent atténuer en douceur la gourmandise et la convivialité. Comme si l’exil avait aussi la saveur réconfortante du présent.
🎞️ Saveurs d’exil, d’Anne-Solenne Hatte. 1h11. Sortie le 18 février.
Maigret et Denis Podalydès 4⭐/5
Maigret adapté sur grand écran, c’est déjà une longue histoire qui a commencé au début du cinéma parlant, en 1932, avec La Nuit du carrefour, un film mineur mais estimable du grand Jean Renoir. Depuis, on a vu de tout, le pire comme le meilleur. Le film de Pascal Bonitzer, Maigret et le mort amoureux (adapté du roman de Georges Simenon Maigret et les vieillards, 1960) se positionne allègrement sur le haut du panier, en mêlant avec brio fidélité et pas de côté.
À l’instar de la première image du film, qui montre un personnage massif aux côtés du fluet Denis Podalydès, lequel incarne malgré tout et à la perfection le fameux commissaire avec son chapeau, sa pipe, ses bières, sans oublier son épouse cordon-bleu. Qui a donc pu tuer de plusieurs balles un diplomate à la retraite vivant avec sa dame de compagnie ? Panique au Quai d’Orsay et remous familiaux autour d’une singulière vie privée connue de tous.
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Comme dans le roman, Maigret fait donc le tour des protagonistes en leur rendant visite. Jusqu’au coup de théâtre final qui au cinéma diffère quelque peu de celui imaginé par Simenon sans en être vraiment éloigné. Bonitzer parvient parfaitement à rendre l’atmosphère étrange d’une enquête où les non-dits l’emportent sur le reste. Le tout porté par une distribution des plus réjouissantes, à la hauteur de Podalydès, avec en tête les fabuleuses Anne Alvaro, Dominique Reymond, Julia Faure et les impeccables Micha Lescot, Olivier Rabourdin et Laurent Poitrenaux. Un pur régal de cinéma.
🎞️ Maigret et le mort amoureux, de Pascal Bonitzer, avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Dominique Reymond. 1h20. Sortie le 18 février.
Célébration joyeuse des différences 4⭐/5
Le Mystérieux Regard du flamant rose : avec le titre de son premier long-métrage (prix Un certain regard à Cannes l’an passé), le cinéaste chilien remporte haut la main le trophée de l’originalité et de la singularité.
Mais comment pourrait-il en être autrement alors qu’il s’agit pour lui de raconter la vie quotidienne au sein d’un cabaret queer situé en plein désert d’Atacama (Chili) ? Le tout pour parler de l’épidémie de sida dans les années 1980, alors qu’au sein de ce lieu baroque à souhait se répand la légende d’une maladie foudroyante qui se transmettrait par le… regard !
Mais ce qui aurait pu prendre la tournure d’une chronique d’autant plus tragique que renforcée par l’homophobie ambiante vire au contraire à la célébration joyeuse et apaisée des différences. Et c’est à travers le regard parfois crédule, parfois farouche de Lidia, 11 ans, que nous assistons à ce conte tout à la fois cruel, tendre et magique.
🎞️ Le Mystérieux Regard du flamant rose, de Diego Céspedes, avec Tamara Cortés, Matías Catalán, Paula Dinamarca. 1h44. Sortie le 18 février.
Agents de la balle 4⭐/5
Pour ceux qui sont étanches à la chose, le sport reste la toile de fond. Le propos du réalisateur, Anthony Marciano (Les Gamins, Play), est que le travail finit par payer si on croit en son étoile. Facile ? Peut-être, mais si c’est vrai, que c’est bien fait et que ça fait du bien… Le duo Zadi-Quenard est au poil pour incarner cette drôle d’amitié qui résiste au temps. Et pour ceux qui sont sensibles à la discipline, l’univers basket est très crédible, y compris balle en main.
🎞️ Le Rêve américain, d’Anthony Mariano, avec Jean-Pascal Zadi, Raphaël Quenard, Olga Mouak. 2h01. Sortie mercredi.