Une adaptation d'un roman noir américain, un cauchemar brésilien, une lutte des classes et des genres en milieu hostile... Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 9 février 2026.
Aucun autre choix, de Park Chan-wook (4⭐/5)
Un roman américain très noir écrit par Donald Westlake, puis une première adaptation pour l’écran signée Costa-Gavras, et maintenant une nouvelle adaptation réalisée par le Coréen Park Chan-wook, auteur en son temps du très marquant et remarqué Old Boy (grand prix du jury à Cannes en 2004). Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Couperet (Rivages, 1998) recèle une matière dramaturgique des plus riches.
Imaginez un instant un cadre au chômage qui décide d’éliminer purement et simplement ses concurrents sur une offre d’emploi. Muni de ce synopsis aussi limpide que définitif, Costa-Gavras, avec son film du même nom en 2005, faisait coup double : il offrait à José Garcia ce qui est encore aujourd’hui son meilleur rôle au cinéma, tout en livrant une remarquable lecture politique du roman. Vingt ans après, la barre était donc très haute pour Park Chan-wook, qui devait impérativement se démarquer, sans pour autant trahir la singularité du propos et son indéniable modernité.
Résultat : une tragédie qui revendique et le burlesque et le grotesque et s’intitule Aucun autre choix, histoire d’enfoncer un peu plus le clou de l’inéluctable. Et de fait, sur l’air déchirant du Concerto pour piano no. 23 de Mozart, une implacable machine se met en place. Vendre sa maison, donner ses chiens, changer de voiture et s’enfermer jour et nuit ou presque dans une serre pour devenir l’équivalent d’un « homme-plante » : rien n’est épargné au héros malheureux, tandis que sa famille semble se déliter au rythme de sa propre désintégration sociale.
You Man-su, c’est son nom, se révèle être un piètre tueur, comme il se doit. Ses meurtres ou ses tentatives sont la plupart du temps pitoyables et le film vire alors à la fable gore. Mais on est bien loin de la plate application d’une liste de gens à tuer, tendance Kill Bill. Park Chan-wook délaisse à plusieurs reprises ce chemin balisé pour approfondir le portrait de son héros et de ses futures victimes, en détailler l’environnement social et dresser le portrait d’une famille au bord du gouffre.
Enfin, il est question de cette société capitaliste coréenne qui broie ses salariés, juste le temps de rendre les machines de plus en plus autonomes. Les images glaçantes d’immenses espaces mécanisés et déshumanisés accentuent les aspects parfaitement dérisoires et conformistes du personnage principal. Ce dernier s’accroche à des codes d’honneur ridicules, à son statut de père de famille ou bien encore à cette industrie papetière qui semble représenter tout pour lui. En cela également, le film retrouve parfaitement la noirceur du polar de Westlake.
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ℹ️ Aucun autre choix, de Park Chan-wook, avec Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon, Lee Sung-min. 2 h 19. Sortie mercredi.
Les Voyages de Tereza, de Gabriel Mascaro (5⭐/5)
Au Brésil, dans un futur proche, les plus de 80 ans sont envoyés manu militari dans des colonies afin de favoriser le renouvellement économique et la prospérité du pays. C’est dans ce pur cauchemar que nous plonge d’abord le film du cinéaste brésilien Gabriel Mascaro, à travers le portrait de Tereza (Denise Weinberg, tout simplement fabuleuse), une femme qui refuse de partir sans savoir accompli son rêve de toujours : prendre l’avion. Le cinéaste aurait pu s’en tenir à cette dimension horrifique et dérouler un récit convenu.
Mais le caractère pour le moins rugueux de Tereza empêche tout pathos et tout sentimentalisme facile. Ses rencontres successives avec des personnes qui lui tendent ou non la main se passent plus ou moins bien, au gré de ses humeurs, de ses envies et d’une détermination sans limite. Le cinéaste déploie alors une mise en scène proprement envoûtante qui magnifie la luxuriante nature amazonienne autant que les méandres d’un fleuve omniprésent qui symbolise l’appel du large et le mouvement permanent de la vie contre les forces mortifères de l’enfermement.
Convoquant la magie de l’univers brésilien, il fait d’un simple escargot croisé à deux reprises l’instrument d’une incroyable poésie hallucinatoire. S’ouvrant par la description d’une société carcérale, Les Voyages de Tereza prend son envol au profit d’une humanité qui fait chaud au cœur.
ℹ️ Les Voyages de Tereza, de Gabriel Mascaro, avec Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarras, Adanilo. 1 h 27. Sortie mercredi.
Urchin, de Harris Dickinson (4⭐/5)
Mannequin ridicule chez Ruben Östlund dans Sans filtre, entre autres, le comédien britannique Harris Dickinson signe avec Urchin son premier film en tant que réalisateur. « Urchin » signifie « oursin », mais c’est plutôt un cactus que Mike, le personnage principal du film et zonard londonien impénitent, offre à son assistante sociale. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître tant le nouveau cinéaste déploie avec habileté des registres très différents, depuis le drame social presque convenu jusqu’à la pure comédie, en abordant également les rivages de la romance à l’état brut, sans oublier quelques séquences aux intonations psychédéliques pour le moins surprenantes.
Ainsi va Urchin, entre réalisme et onirisme, songes et mensonges, autour d’un antihéros aussi attachant qu’agaçant. À force de chercher l’oursin du titre, on finit par le trouver et c’est bien lui qu’incarne Franck Dillane à la perfection dans un premier film qui augure bien de la suite.
ℹ️ Urchin, de Harris Dickinson, avec Franck Diliane, Megan Northam, Harris Dickinson, Amr Waked. 1 h 39. Sortie mercredi.
Send Help, de Sam Raimi (3⭐/5)
Dans Send Help, Linda (Rachel McAdams), analyste financière, est la risée de sa direction. Son quotidien n’est qu’une longue frustration qu’elle noie dans le vin blanc et devant l’émission Survivor. Mais quand le jet qui l’emmène à Bangkok s’écrase en mer, et qu’elle se retrouve alors en tête à tête avec son odieux patron (Dylan O’Brien) sur une île a priori déserte, le rapport de force va s’inverser. Le retour de Sam Raimi à la comédie horrifique est une gourmandise savoureuse, dans la tradition de son cinéma de « sale gosse ».
Avec cette lutte des classes et des genres en milieu hostile, il permet à Rachel McAdams de déployer tout son talent dans une métamorphose violente et jubilatoire. D’humiliée à tortionnaire, de proie à super-prédatrice, Linda opère une transformation vertigineuse à l’instar du récit : d’abord vraisemblable et poli, Send Help fait craquer sa bienséance dans un débordement d’hémoglobine, multipliant les contre-pieds et effets de mise en scène chéris par le réalisateur, jusqu’à l’absurde et ad nauseam. À déguster donc comme il a été fait, sans aucune modération et au mépris joyeux du risque d’indigestion…
ℹ️ Send Help, de Sam Raimi, avec Rachel McAdams, Dylan O’Brien, Edyll Ismail, Xavier Samuel et Chris Pang. 1 h 54. Sortie mercredi.
Les Dimanches, d’Alauda Ruiz de Azúa (3⭐/5)
Second long-métrage de Alauda Ruiz de Azúa, une réalisatrice espagnole surtout connue pour sa série Querer, Les Dimanches aborde frontalement la question de la vocation religieuse et de son acceptation notamment familiale. « Tu veux t’enfermer avec des vieilles », dit ainsi un père veuf à sa fille aînée, Ainara, lorsqu’elle lui demande l’autorisation de faire un premier séjour d’observation au sein du couvent de son lycée.
On ne peut reprocher au film la délicatesse et la complexité avec lesquelles il souhaite rendre compte de cet événement. L’incompréhension de la famille va de pair avec la détermination de la jeune fille. Les uns multiplient les arguments tandis qu’elle leur oppose sa foi sans rien évoquer d’autre. C’est la description de ce séisme familial qui fait l’intérêt majeur du film. Et la réalisatrice semble nous dire alors « à chacun ses raisons ». Soit une conclusion que l’on peut estimer trop prudente.
ℹ️ Les Dimanches, d’Alauda Ruiz de Azúa, avec Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujín, Nagore Aramburu, Miguel Garcés. 1 h 58. Sortie mercredi.