Cartier, Van Cleef & Arpels, Dior... La fièvre de l’or s'empare des grandes maisons de joaillerie

Boucles d'oreilles et collier Catene en or rose_Collection 2022 par Pomellato.
LTD / Pomellato

Boucles d'oreilles et collier Catene en or rose_Collection 2022 par Pomellato.
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C’est un phénomène qui ne se dément pas. Dans les périodes troublées, l’or retrouve tout son pouvoir d’attraction. « Notre époque n’échappe pas à la règle, confirme Vincent Meylan, grand spécialiste de l’univers de la joaillerie. Le métal précieux connaît un regain d’intérêt depuis 2020, et la tendance s’accélère avec des volumes d’achat en forte croissance depuis l’an passé. Et si le prix de l’or a grimpé durant cette période, son ascension ne devrait pas s’arrêter là. Il est donc encore temps d’investir, tout en cédant à ses désirs. »
Conseil d’autant plus facile à suivre que les maisons joaillières profitent de la période pour multiplier les créations de pièces ultra-désirables qui célèbrent à la fois leur histoire, leur créativité et les prouesses de leurs artisans d’exception.
La preuve avec la maison Bulgari, qui a lancé en janvier Bulgari Eternal, inspiré d’un bracelet imaginé en 1942 dont le motif s’illumine du contraste des ors jaune et rose. Hommage à la technique de tressage des paniers gréco-romains, ce design entrelacé prend le nom de Vimini, « osier » en italien.

Il se réinvente désormais à travers cinq créations joaillières, notamment un bracelet aux allures de vague dorée, dont les éléments en forme de parallélogramme sont maintenus par des maillons invisibles. « J’ai imaginé cette collection en gardant cette pièce d’archive à l’esprit, captivée par son attrait intemporel, assure Lucia Silvestri, directrice de la création de Bulgari. J’ai été fascinée par sa géométrie et les nuances chaudes de l’or, que nous avons interprétées avec une sensibilité moderne. »
Dans une même démarche, Pomellato a conçu la collection Catene en s’inspirant de la pièce la plus emblématique de la maison, imaginée par Pino Rabolini en 1967. Celui-ci libéra alors la chaîne en or de son rôle secondaire pour en faire un bijou à part entière, composé de maillons polis et reliés à la main. Dans le droit fil de ces chaînes historiques, la collection réunit bagues, bracelets et colliers auxquels des formes sculpturales infusent une toute nouvelle puissance.
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Si certaines maisons décident de réinventer les formes, d’autres choisissent de les décliner. Van Cleef, qui s’apprête à fêter les 20 ans de sa collection Perlée, lance par exemple une série de bagues en version trois rangs. Les sphères précieuses, façonnées en or jaune, rose ou blanc, révèlent le miroitement qui signe la collection, amplifié par un travail de mise au jour en nids d’abeille au dos des pièces qui permet à la lumière d’irradier le métal précieux.
Tout aussi inspiré, Cartier a lancé une nouvelle édition de son bracelet Clou, imaginé en 1971 à New York par le designer Aldo Cipullo. La version contemporaine en reprend les codes ; pureté des lignes avec ce jonc d’or pur, fermoir dissimulé qui ouvre deux arcs de cercle avec, d’un côté, une pointe en losange et de l’autre une tête de clou.

Pour 2026, l’un des arcs et la tête du clou s’enrichissent de diamants sertis inversés, sublimant l’origine fonctionnelle de la pièce.
Dans le même esprit, la maison Dinh Van décline son iconique Maillon inspiré des chaînes de la place de l’Opéra à Paris. Jamais pensé comme un détail technique mais comme une œuvre en soi, il se fait à la fois fermoir, chaîne et motif.

« Le travail de l’or se distingue ici par un polissage miroir qui confère à la surface une brillance parfaite, précise Astrid de Montlivault, sa directrice générale. Ce rendu exige un savoir-faire d’une extrême précision et un métal d’une qualité irréprochable. » La version 2026 du bijou se pare d’une perle montée sur un axe en or jaune, faisant écho à la bague Deux Perles signée Jean Dinh Van pour Pierre Cardin en 1967.

Réinventer sans trahir, c’est aussi la maxime de Chanel avec la manchette de la collection Coco Crush qui décline l’esprit maison – carrés d’or galbés empruntés au matelassé du sac 2.55, incises tracées dans le métal, sensualité des festons et cet or beige dont l’alliage exclusif célèbre le potentiel d’innovation de Chanel mais aussi sa fondatrice, qui en avait fait sa couleur emblématique.
Passionnée également par l’héritage, Victoire de Castellane, directrice artistique de la joaillerie de Dior, rend hommage au cannage qui habillait les chaises Napoléon III du salon de Christian Dior lors de son premier défilé en 1947. Celui-ci se déploie désormais sur les bagues, boucles d’oreilles et bracelets de la collection My Dior, qui révèlent une maille composée d’un enchevêtrement de fils d’or tissés avec d’infinies combinaisons. L’or toujours, en majesté…

On connaît votre passion pour le diamant, mais vous avez fêté les 20 ans de Messika avec une collection tournée vers l’or. Pour quelles raisons ?
Le diamant a toujours été au cœur de mon langage créatif, mais j’avais envie d’ouvrir un nouveau chapitre, d’explorer une nouvelle expression. Dans Moderniste, l’or n’est pas un simple support mais une matière sculptée et expressive. J’ai imaginé des pièces comme des formes architecturales, des sculptures intimes que l’on porte contre soi. L’or permet cette exploration, sans renoncer à la présence du diamant, qui intensifie la lumière et l’éclat de la matière.
Cette collection est inspirée par l’héritage moderniste : pourquoi cette référence ?
Le modernisme a transformé notre rapport à la forme, il a mis fin à l’ornementation gratuite pour se recentrer sur la ligne pure, l’équilibre des proportions. C’est ce qui m’a inspirée pour cette collection. En travaillant l’or, j’ai cherché à créer une esthétique faite de rigueur et de contraste, avec une géométrie qui apporte le mouvement. Très proches des aspirations modernistes, ces pièces sont aussi ancrées dans l’époque, pensées pour être portées et incarnées.
Combien de pièces avez-vous pensées pour cette collection ?
Moderniste se décline autour du bracelet signature avec des bagues, des boucles d’oreilles, des colliers ; le tout poli, brossé ou pavé. Elle est pensée pour se développer, son vocabulaire de formes autour de l’or offre un terrain riche pour de futures créations.