Trois beaux livres pour redécouvrir Marilyn Monroe à travers ses photos iconiques

Marilyn Monroe, de son vrai nom Norma Jean Baker, est née il y a 100 ans.
LTD/Elliott Erwitt LLC

Marilyn Monroe, de son vrai nom Norma Jean Baker, est née il y a 100 ans.
LTD/Elliott Erwitt LLC
Il n’est pas besoin d’être Marilynolâtre pour succomber. Dès les premières pages, on s’est surprise à rapprocher le livre pour mieux saisir l’étonnement d’une paupière, la mélancolie d’un tombé d’épaule, l’abandon d’un regard, la lumière d’une bouche ; on est allé jusqu’à toucher le rebondi satiné d’une joue qui « scintille presque sous le maquillage », selon les mots de Catherine Deneuve.
On n’était pas sûre, pourtant, du mariage Monroe-Deneuve. La bourgeoise intimidante qui a vénérablement fêté ses 82 ans chargée de commenter la vie, tragiquement écourtée, du plus grand sex-symbol de l’histoire du cinéma. Celle qui donne tout, devant chaque objectif, et celle qui retient tout, quitte à passer pour glacée-glaçante.
L’une jouait la meneuse de revues (Les hommes préfèrent les blondes) quand l’autre s’adonnait à la valse de Vienne (Mayerling). « Deux femmes, deux époques, deux continents et, à première vue, presque rien qui les rapproche », relève en préambule le collectionneur Sébastien Cauchon, qui a eu la belle idée de proposer à Catherine Deneuve de se prêter à cet exercice d’admiration.
Car ça fonctionne ! Mieux encore : par le truchement d’un homme (de goût) et d’une centaine de photos merveilleusement choisies par lui, les deux femmes se font du bien. C’est comme si la reine Catherine s’attendrissait au contact de la générosité de l’ange blond d’Hollywood. D’ailleurs elle ne se lasse pas de souligner la « douceur » de Marilyn. Ainsi explique-t-elle le fait que ce soit la seule actrice dont elle ait accroché un portrait à son mur : « Il y a quand même chez elle une grande douceur. Chez Marilyn la beauté est une chose très accueillante. » Foi de beauté froide !
Plus loin, en vis-à-vis d’un cliché mythique où Marilyn prend la pose sexyssime qui l’a faite entrer dans la légende – yeux mi-clos, bouche entrouverte –, Deneuve insiste : « Il y a une certaine douceur qui perce derrière la sophistication. »
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La « douceur » de Deneuve, elle, affleure dans les métaphores culinaires que lui inspire Marilyn : « Dès qu’elle apparaît à l’image il y a quelque chose qui semble jaillir de l’écran. C’est un tout : la qualité de la peau, le regard, sa voix, c’est une espèce de… barbe à papa ! » Et de justifier cette image inattendue : « Il y a quelque chose de cet ordre, une douceur sucrée, une certaine légèreté, une sorte d’évidence, même sa façon de se mouvoir… »
Cent-une pages plus tard, Catherine Deneuve troquera l’image de la barbe à papa pour celle du… gnocchi, en commentant l’une des rares photos de profil de Marilyn : « Il paraît qu’elle ne s’aimait pas sous cet angle, à cause de son nez. Son petit nez rond que j’aime tant, si mignon, comme un gnocchi… Adorable. À croquer ! »
Qui eût cru que la seule vue de Marilyn ferait jaillir des geysers de tendresse deneuvienne ? À s’émouvoir de la sorte, la grande dame du cinéma français en devient touchante, « adorable », elle aussi, notamment lorsqu’elle compare sa Marilyn chérie à « une églantine. »
Mais attention, le livre n’est pas gnan-gnan. Deneuve ne serait pas Deneuve si elle se contentait de s’extasier ; très souvent elle quitte la posture de groupie pour poser un regard de connaisseuse, presque technique, sur le savoir-se-faire-aimer de Marilyn.
En contre-point d’un cliché d’avril 1953 où la diva pose pour les essais de costumes de Comment épouser un millionnaire vêtue d’une mini-mini-robe lamée, une jambe légèrement de biais devant l’autre, offrant ainsi à l’objectif son galbe plus-que-parfait, un bras superbement relevé et l’autre main posée sur la broche soulignant ses hanches, l’héroïne de Belle de jour remarque : « Pour être aussi belle, il faut quand même savoir se placer à une certaine distance de l’objectif lorsque vous êtes photographiée en contre-plongée. » Chez Deneuve, l’admiration va du chaud au froid. Ça n’en est que plus réjouissant.

« Elle avait besoin de la photographie, et la photographie avait besoin d’elle », écrit Rachel Syme dans l’introduction de ce monumental et magnifique album. Marilyn Monroe – Le livre officiel du centenaire raconte avant tout les rencontres de la star avec les photographes et plus particulièrement dix-sept d’entre eux dont Sam Shaw, Richard Avedon ou Henri Cartier-Bresson.
Des premiers clichés de la brunette souriante aux dernières photos récemment redécouvertes d’une Marilyn radieuse publiées deux jours avant sa mort, on comprend que si sa photogénie était rare et qu’elle était belle évidemment, « ce qui séduisait les gens, c’est la manière dont Marilyn savait se faire prendre en photo ; elle avait cette faculté rare de paraître, au moins sur les images fixes, à la fois entièrement spontanée et incroyablement sophistiquée », comme l’explique la journaliste du New Yorker.
Le livre regroupe des photos publicitaires, de tournage, ainsi que de presse. La star savait utiliser ces médias qu’elle captivait non seulement par l’image mais également par les mots. « Elle était excellente en interview. Elle était très vive, spirituelle, réactive ; le rêve de tout intervieweur », évoque le journaliste de l’Associated Press Bob Thomas. À chaque personne qui tend un objectif vers elle, la star accorde quelque chose de particulier. « Norma Jeane avait l’air d’un ange… envoyé exprès pour moi ! »
C’est une rencontre quasi mystique que raconte André de Dienes. Il a 32 ans quand il rencontre la jeune femme de 13 ans sa cadette. Il demande en mariage la jolie brune, qui accepte pour finalement ne pas donner suite. Elle le recontacte quatre ans plus tard, devenue blonde et connue. À travers les photos qu’il prend d’elle à ce moment-là, il réussit à capturer un peu de la jeune fille qui l’avait tant bouleversé quelques années plus tôt.
La photojournaliste Eve Arnold va, elle, photographier la star pendant dix ans. Quand elles font connaissance en 1954, la photographe vient de connaître un grand succès avec des photos de Marlene Dietrich. L’actrice américaine lui glisse : « Si vous avez pu faire ça avec elle, imaginez ce que vous pourrez faire avec moi ! »
Parmi les clichés chéris par l’actrice, ceux qu’Eve Arnold prend sur le tournage des Désaxés dans le Nevada. Ils sont neuf de l’agence Magnum à couvrir ce tournage, dont Elliott Erwitt et Henri Cartier-Bresson. On retrouve aussi, bien sûr, les clichés de Sam Shaw sur le tournage de Sept Ans de réflexion et l’envolée de la robe blanche au-dessus de la grille de métro. Le photographe estimait que, au-delà de tout, Marylin représentait la liberté. Et c’est bien de liberté que ce livre-hommage donne un aperçu lumineux.

Du col en renard qu’elle portait dans Les Désaxés (1961), son dernier film, à la réplique de la robe de soie moulante tout en strass qu’elle arborait le 19 mai 1962 à New York pour chanter « happy birthday, Mr President ! » devant John Kennedy (pour vous replonger dans l’ambiance, deux écouteurs sont à disposition), les effets personnels de la star, présentés comme autant de reliques, sont peut-être les pièces les plus émouvantes de l’exposition « Marilyn Monroe : 100 ans ! » à la Cinémathèque*.
Si les vitrines n’éludent pas l’image de la célèbre blonde, souvent cantonnée au rôle de sex-symbol de l’Amérique des années 1950 (en couverture du premier numéro de Playboy (décembre 1953) ou dénudée au dos de cartes à jouer), le parcours présente également de nombreuses photographies de tournage, rarement montrées. Celles-ci témoignent du travail de composition de la comédienne, de l’intensité de ses performances et de la manière dont elle savait jouer de son image.
Bien sûr, les extraits des films les plus connus tournent en boucle, à commencer par la scène de la robe blanche soulevée par un courant d’air au-dessus de la bouche de métro dans Sept Ans de réflexion (1955) de Billy Wilder qui ouvre le bal. Jusqu’à son implacable jeu de rôle face à l’inoubliable duo de travestis Tony Curtis et Jack Lemmon dans Certains l’aiment chaud (1959).
L’exposition ne s’attarde pas sur les débats sans fin autour des circonstances de la mort de Marilyn Monroe, dans la nuit du 4 au 5 août 1962. Elle préfère mettre en lumière l’héritage qu’elle a laissé dans l’univers des stars contemporaines, comme en témoigne une spectaculaire projection vidéo sur triple écran réunissant Madonna (Material Girl), Beyoncé ou encore plusieurs drag-queens. Le plus bel hommage à Marilyn est peut-être celui que lui rend Pier Paolo Pasolini dans son poème filmé La Rage (1963) : « Tu as emporté ta beauté. Elle a disparu comme de la poussière d’or. »
ℹ️ 51, rue de Bercy (Paris 12e), jusqu’au 26 juillet.
🎟️ Plein tarif : 14 euros. 18-25 ans : 11 euros.
Informations sur www.cinematheque.fr
