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OPINION. « Santé mondiale : En finir avec le « cliché tropical » Pourquoi l’Europe doit investir autrement en Afrique »

Par Pr. Xavier Jouven, cardiologue à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (Paris) ; Pr. Ibrahima Bara Diop, cardiologue à l’Hôpital Fann de Dakar (Sénégal) ; Dr. Anneliese Depoux, cofondatrice de l’Alliance Santé planétaire et Pr. Roland N’Guetta, cardiologue à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan (Côte d’Ivoire)*

Publié le 11 mai 2026 à 08:30

De gauche à droite : Xavier Jouven - Anneliese Depoux - Roland N’Guetta - Ibrahima Bara Diop

De gauche à droite : Xavier Jouven - Anneliese Depoux - Roland N’Guetta - Ibrahima Bara Diop

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La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

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À la veille de l’ouverture au Kenya de l’Africa Forward Summit, quatre professeurs français et africains appellent les Européens à investir autrement dans le continent noir.

« À Nairobi, où se tient cette semaine l’Africa Forward Summit, quinze jours à peine après le Sommet mondial de la santé régional, un signal fort est envoyé : l’Afrique est aujourd’hui au cœur des recompositions de l’agenda sanitaire mondial.

Depuis des décennies, la santé mondiale repose sur une représentation implicite, celle d’une Afrique dominée par les maladies infectieuses, la faim et les urgences sanitaires. Cette vision a structuré les politiques, orienté les financements, et façonné les instruments d’intervention. Mais elle est aujourd’hui dépassée.

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En Afrique, comme ailleurs, les maladies non transmissibles (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, entre autres) constituent désormais le principal fardeau sanitaire. L’hypertension artérielle est devenue la première cause de mortalité sur le continent.

D’ici à 2050, le nombre de personnes vivant avec le diabète pourrait être multiplié par quatre. Ces maladies progressent sous l’effet de transformations accélérées (avec une croissance beaucoup rapide que celles qu’a connues le continent européen, par exemple) : urbanisation massive, sédentarisation accrue des modes de vie, exposition croissante à la pollution atmosphérique, transition nutritionnelle vers des aliments ultra-transformés.

D’ici à 2050, le nombre de personnes vivant avec le diabète pourrait être multiplié par quatre.

Les MNT coexistent avec les maladies infectieuses, créant une double charge sanitaire qui redéfinit les besoins des systèmes de santé.

Et pourtant, les financements internationaux restent massivement orientés vers les maladies infectieuses. Les maladies non transmissibles ne reçoivent qu’environ 5 % des financements internationaux.

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 Ce décalage alimente, côté africain, un sentiment croissant d’incompréhension, voire de défiance : celui d’un système global qui continue de financer les maladies que le Nord redoute, plutôt que celles qui structurent réellement les trajectoires de santé locales.

Ce que certains qualifient encore de « priorités globales » apparaît désormais, au mieux, comme une vision réductrice, au pire, comme une forme persistante de paternalisme.

La santé mondiale ne peut plus être pensée sans l’Afrique, ni surtout à sa place.

En 2023, l’Appel de Dakar sur les maladies non transmissibles, porté par des chercheurs et décideurs africains, a posé les bases d’un changement de paradigme : la santé mondiale ne peut plus être pensée sans l’Afrique, ni surtout à sa place. Cet appel ne formule pas seulement un diagnostic, il propose une direction ; replacer la production des connaissances, la définition des priorités et l’élaboration des politiques au cœur de cadres africains.

Car la question n’est pas seulement celle des maladies, elle est celle des outils. Les systèmes de santé africains ont été historiquement conçus pour répondre à des pathologies aiguës. Ils sont aujourd’hui confrontés à des maladies chroniques, qui nécessitent un suivi au long cours, des stratégies de prévention et des systèmes de surveillance robustes.

Comprendre les transformations en Afrique

Les instruments de la recherche et de l’action publique restent largement inadaptés, structurés en projets de court terme, ils peinent à saisir des dynamiques qui s’inscrivent dans le temps et dans les territoires.

Le moment est venu de changer d’échelle. Comprendre les transformations en cours suppose de passer d’une approche par facteurs de risque à une approche par trajectoires de risque qui prend en compte les expositions cumulatives, environnementales, sociales et sanitaires.

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Cela suppose donc de se doter d’infrastructures de recherche adaptées : des cohortes longitudinales capables de suivre les populations dans le temps, de documenter l’impact du climat, des modes de vie ou des environnements urbains, et de tester des interventions pertinentes. L’enjeu est aussi de rendre effectif l’accès à la prévention, au diagnostic et aux traitements pour la majorité des patients. 

Recherche et prévention à l'échelle régionale

Face à ce constat, il est nécessaire que l’Afrique puisse se doter d’une véritable architecture dédiée à la recherche et à la prévention des MNT. Mais cette réponse ne peut être strictement nationale, il est peu probable que chaque pays puisse, seul, se doter d’infrastructures complètes dans les trois décennies à venir.

Une approche réaliste consiste donc à structurer la recherche à l’échelle régionale. C’est dans cette perspective que se dessine une proposition concrète : le développement d’un réseau de trois instituts panafricains de recherche, répartis à l’échelle régionale (Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale ou australe), permettant de mutualiser les ressources, d’ancrer la production scientifique dans les territoires et de structurer des réponses adaptées. Un premier projet pilote est déjà en cours à Dakar, soutenu par les autorités sénégalaises.

Le temps est venu d’en finir avec le cliché tropicaliste et de décoloniser la santé globale. 

La santé mondiale est en train de changer de nature, et, dans ce système, l’Afrique n’est pas en périphérie, elle est au centre. Depuis le désengagement américain de l’aide au développement en Afrique, pour l’Europe, et pour la France en particulier, il y a une opportunité de se positionner sur cet enjeu, non seulement pour répondre à une réalité sanitaire majeure, mais aussi pour refonder les partenariats avec l’Afrique sur des bases renouvelées, fondées sur la co-construction. Le temps est venu d’en finir avec le cliché tropicaliste et de décoloniser la santé globale. »

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*Prof. Xavier Jouven, Directeur de l’Institut de Santé Globale Paris Cité et cofondateur de l’African Research Network for Non-Communicable Diseases (ARN-ncd), cardiologue à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (Paris)

Prof. Ibrahima Bara Diop, cofondateur de l’African Research Network for Non-Communicable Diseases (ARN-ncd), cardiologue à l’Hôpital Fann de Dakar (Sénégal)

Dr. Anneliese Depoux, chercheure à l’Institut de Santé Globale Paris Cité et au LIEPP, Sciences Po & Université Paris Cité, cofondatrice de l’Alliance Santé planétaire

Prof. Roland N’Guetta, directeur exécutif de l’African Research Network for Non-Communicable Diseases (ARN-ncd), cardiologue à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan (Côte d’Ivoire)

Par Pr. Xavier Jouven, cardiologue à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (Paris) ; Pr. Ibrahima Bara Diop, cardiologue à l’Hôpital Fann de Dakar (Sénégal) ; Dr. Anneliese Depoux, cofondatrice de l’Alliance Santé planétaire et Pr. Roland N’Guetta, cardiologue à l’Institut de Cardiologie d’Abidjan (Côte d’Ivoire)*

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