Retraites, la bonne méthode. L’édito de Lucie Robequain

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Le gouvernement attaque enfin les choses par le bon bout : plutôt que de parler retraites, parlons travail. Plutôt que contrainte, envie. C’est dans cet esprit que le ministre Jean-Pierre Farandou lancera vendredi la conférence sur le travail et les retraites avec l’ensemble des partenaires sociaux – la CGT semblant même prête à revenir dans le jeu une fois passée la mobilisation du 2 décembre.
Le dernier psychodrame sur la réforme des retraites doit ainsi servir de leçon : il faut en finir avec cette discussion stérile sur l’âge légal de départ, et cette idée que le calendrier doit être le même pour tous. Il faut bâtir les conditions d’une retraite à la carte où chacun décide de son départ en fonction de son parcours et de ses besoins financiers. Il faut se demander, surtout, pourquoi les salariés sont si pressés de quitter le monde du travail.
Les causes sont connues mais n’ont jamais été totalement traitées : on sait par exemple qu’ils sont plus exposés à la pénibilité que leurs voisins européens (travail de nuit, tâches répétitives, bruit, chaleur, etc.). L’intensification du travail, accentuée par la mise en place des 35 heures, joue à plein elle aussi. On pourrait, enfin, écrire des pages sur le management à la française, cette culture du petit chef qui tend à infantiliser les salariés quand ceux-ci aspirent à toujours plus d’autonomie.
Il est évidemment essentiel que les Français travaillent plus longtemps. Leur « espérance de retraite » (le temps qu’ils vivent en moyenne après avoir quitté leur emploi) atteint presque vingt ans, un record en Europe et certainement dans le monde. Mais cette révolution ne se fera pas au forceps : voilà vingt ans que les gouvernements successifs s’y emploient, sans succès.
Pour réussir, il faut que les Français aient envie de prolonger leur vie active et y trouvent du sens. Pourquoi tant d’entre eux considèrent-ils la retraite comme une délivrance ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux à juger le travail comme « très important » dans leur vie ? Ils ne sont plus que 21 % contre 60 % en 1990 ! Pourquoi ne se projettent-ils plus au-delà de 62 ans ?
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Le bon angle d’attaque est celui-là… et celui de la jeunesse. Il est sidérant de voir à quel point cette génération reste impassible à l’immense injustice qui lui est faite : elle paiera nos retraites en différé – par la dette – et n’est elle-même pas sûre de percevoir des pensions décentes dans quarante ans !
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En Allemagne, les jeunes ont décidé de se rebeller. Une petite vingtaine de députés conservateurs de moins de 35 ans, soutenus par autant d’économistes et par le patronat, protestent contre la volonté du gouvernement de garantir à tous les retraités une pension équivalente à la moitié de leur salaire (48 %). « C’est un fardeau énorme pour la jeune génération », estime leur chef de file, Pascal Reddig, qui refuse de voter le projet de loi. On aurait aimé que de jeunes députés français s’affranchissent de leurs aînés et incarnent, eux aussi, l’avenir du pays.