Printemps de Bourges : dans les coulisses du festival défricheur de talents

Eric Mandel

Eddy de Pretto en concert au Printemps de Bourges.
LTD/Sandrine Marty/Hans Lucas

Eric Mandel

Eddy de Pretto en concert au Printemps de Bourges.
LTD/Sandrine Marty/Hans Lucas
C'est un festival dans le festival. Un rendez-vous incontournable pour les professionnels du secteur musical et une formidable vitrine pour artistes émergents. Lancé en 1985 par Daniel Colling et Maurice Frot, les pères fondateurs du Printemps de Bourges, le tremplin Les Inouïs (anciennement Les Découvertes) aura servi de rampe de lancement à plusieurs générations de musiciens et musiciennes à l'aube de leur carrière.
Citons La Mano Negra, Les Têtes Raides, Faudel, Juliette, Zebda Jeanne Cherhal, Christine and The Queens, Feu ! Chatterton, Gojira, Zaho de Sagazan... Liste non exhaustive. « Je n'ai pas loupé une seule édition en vingt ans, confirme Matthieu -Tessier, président de Warner Chappell Music France, l'une des trois majors de l'industrie musicale. C'est le seul festival qui dispose d'un maillage territorial aussi poussé et décentralisé avec ses antennes régionales pour favoriser l'émergence de jeunes talents. »
Comme chaque année, la cuvée des Inouïs s'annonce riche en surprises avec 32 artistes sélectionnés dans toute la France pour se produire devant le jury présidé par Eddy de Pretto, lauréat de l'édition 2017.
« L'impact a été immédiat en matière de curiosité médiatique, dit le chanteur. J'avais été vu, tamponné par le label Printemps de Bourges. J'étais déjà signé en maison de disques, mais j'ai pu enregistrer mon premier EP dans la foulée. »

Raphaël Herrerias, moitié du tandem Terrenoire, confirme l'effet « accélérateur de carrière » des Inouïs : « Même si nous n'avons pas remporté l'un des trois prix, le simple fait de figurer dans la sélection finale était déjà une victoire. Tout s'est enclenché très vite, nous avons eu des dates de concerts, trouvé un éditeur, un tourneur, puis une maison de disques. »
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Pour décrocher le Graal d'une sélection à Bourges, les postulants doivent franchir un parcours d'étapes drastique. Sur les 4 000 candidats, une petite trentaine seulement seront sélectionnés pour jouer durant le festival berrichon. La première session d'écrémage se déroule dès le mois d'octobre avec un appel à candidatures lancé dans toute la France métropolitaine, les territoires d'outre-mer, ainsi que le Québec et la Belgique.
Condition requise : avoir enregistré trois titres et présenter une courte biographie. Les 28 antennes régionales des Inouïs procèdent alors à une présélection sur écoute de simples maquettes. Les 150 artistes retenus devront ensuite se produire sur scène lors de concerts gratuits organisés en régions sous l'œil de jurys locaux. « On ne cherche pas la prestation parfaite mais le potentiel, on veut savoir si un groupe dont on a aimé la musique est capable de se produire pendant trente minutes à Bourges », souligne Rita Sa Rego, directrice des Inouïs. Pour les heureux finalistes commence alors l'épreuve de vérité, celle du live, devant un parterre majoritairement composé de professionnels de la filière musicale (éditeurs, programmateurs, labels...) à l'affût de la perle rare.
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Eddy de Pretto garde un souvenir amusé de son passage aux Inouïs : « C'est un tremplin particulièrement difficile. On est observés, scrutés, jugés, pas forcément encouragés, à la différence d'un concert classique. » Rita Sa Rego confirme : « Les pros ne viennent pas pour faire la fête mais pour détecter les talents de demain, et ils ne veulent pas se les faire voler par d'autres. »
L'ambiance s'est nettement réchauffée ces quatre dernières années avec la mise en place de la « Classe verte », un stage de structuration professionnelle organisée pendant le festival. « Avant ce dispositif, les artistes Inouïs venaient pour leur concert et ils repartaient le lendemain, explique la directrice. Avec la Classe verte, ils restent toute la semaine à Bourges, ils assistent à tous les concerts. Avec 50 jeunes artistes dans la salle, c'est une autre atmosphère. »
Le temps du festival, ces musiciens bénéficient également d'un accompagnement personnalisé. Au menu : master class, ateliers, speed datings avec des professionnels du secteur musical... « Nous ne sommes pas un centre de formation, précise Rita Sa Rego. On propose un tour d'horizon des contrats, on leur apprend à se présenter, comment se constituer un réseau. Durant leur passage à Bourges, les artistes Inouïs vont rencontrer beaucoup de pros, recevoir des propositions. Nous donnons des clés, des outils, une connaissance pour leur permettre de faire les bons choix. »
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Deux cent mille festivaliers attendus, une centaine de concerts quasiment complets... Cette 49e édition du Printemps de Bourges qui débute mardi 15 avril et se termine dimanche 20 avril s'annonce déjà comme une réussite en matière de fréquentation.
Comme à son habitude, l'équipe du festival a concocté une programmation savamment dosée entre une poignée de têtes d'affiche, des talents consacrés et des découvertes. Parmi les temps forts de cette semaine riche en décibels, les concerts de Michel Polnareff, Jean-Louis Aubert, Clara Luciani, Fatboy Slim...
Fidèle à sa vocation, le festival berrichon fait également la part belle à la nouvelle génération, toutes esthétiques musicales confondues - 60 % des festivaliers ont moins de 25 ans et 70 % des artistes programmés n'ont qu'un seul album à leur actif.
La scène rap sera largement représentée (Kalash, Vald, Tiakola, Favé...), la chanson également (Solann, Jeanne Cherhal, Terrenoire, Yael Naim, Barbara Pravi). Très attendus également, les concerts de Last Train et de The Limiñanas, deux fleurons du rock français réunis au palais d'Auron vendredi soir.
À découvrir également, les « Créations » de Bourges. Le palais gothique Jacques-Cœur accueillera les soirées Vers les lueurs : des concerts acoustiques à la bougie avec Yael Naim, Emily Loizeau... Très attendue également, La Voix des femmes, pour célébrer les 50 ans de la disparition d'Oum Kalthoum, avec Camélia Jordana, Natacha Atlas, Souad Massi. Sans oublier Toute Première Fois, pour fêter les 40 ans des Inouïs (lire ci-contre). À voir à Bourges et nulle part ailleurs.
Eric Mandel